Star Trek Voyager
Saison Virtuelle 9
9.25 Renaissance
Dernière mise à jour :14 novembre 2003
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9.25 couverture 'Renaissance'
NOUVEAU: Couverture en français
Episode 9.25 - RENAISSANCE
Par: Julia et Tania (staj_stvoy@excite.com)
Version française: Laurent (stvoyager@free.fr)

Note: Star Trek: Voyager, personnages et autres produits dérivés sont des marques déposées de Paramount Pictures. Aucune infraction aux droits d'auteurs de Paramount voulue. La Saison 8 virtuelle de Voyager (Voyager Virtual Season 8, VS8) est une entreprise à but non lucrative. L'histoire est propriété de son auteur. Pas de reproduction sans sa permission.

"Janeway doit décider de son futur tandis qu'un ennemi sort de l'ombre."
 
C'était une magnifique journée d'été, sans un nuage à l'horizon. Un petit courant souffla dans la brise vive, suspendu dans les airs pendant quelques secondes avant de redescendre lentement jusqu'aux eaux situées en dessous. N'ayant rien à emporter au loin, le courant d'air fit doucement onduler la surface de l'eau.
Les eaux du Lac George étaient aussi bleues que le ciel clair qui les surmontait, des teintes si semblables que seule la longue ligne de collines éloignées permettait de définir l'horizon. Le grand réservoir d'eau demeurait immobile, réfléchissant parfaitement la vue surplombante.
Catherine Janeway descendait lentement à pas mesurés le quai, s'accrochant aux bras qui lui entouraient les épaules. "Est-ce vraiment nécessaire ?"
Chakotay sourit et se pencha en avant pour s'assurer qu'elle ne pouvait rien voir à travers ses mains qui lui couvraient les yeux. "Oui."
"Pourquoi ne peux-tu pas simplement me dire de quoi il s'agit ?"
"Tu verras", répondit-il, appréciant chaque minute de torture qu'endurait son insatiable curiosité. Ils atteignirent le bout du quai et Chakotay attendit quelques secondes avant de retirer lentement ses mains des yeux de Catherine. "Je sais que ton anniversaire n'est pas avant la semaine prochaine, mais puisque que nous sommes revenus à San Francisco, j'ai décidé de le fêter un peu en avance."
Elle cilla plusieurs fois des yeux pour s'adapter à la lumière qui se réfléchissait dans l'eau. Après quelques secondes, ses yeux focalisèrent et elle vit le petit voilier attaché au bout du quai. Elle s'exclama. "Oh ! Chakotay..."
"J'ai pensé qu'il était temps d'essayer pour de vrai et non de se contenter du programme holographique."
"C'est à moi ?"
Il hocha la tête. "Tout à toi."
Ses yeux scintillaient d'excitation. Elle fit un pas en avant pour faire courir sa main le long du garde-fou du navire. Elle marcha lentement sur toute sa longueur, notant chaque détail, mais s'immobilisa quand elle découvrit les lettres arrondies peintes sur la proue. Elle se tourna lentement pour faire face à Chakotay, l'expression saisie.
"Désormais, tu auras toujours ton propre Voyager à commander", sourit-il.
Elle secoua la tête, incrédule. "Il est parfait."
"Tout le mérite ne me revient pas entièrement. C'est B'Elanna qui m'en a donné l'idée."
"Il faudra qu'on l'emmène faire un tour avant que nous repartions."
Il la rejoignit et lui prit la main, l'attirant loin du bateau pour qu'elle lui fasse face. "Pas si vite." Elle fronça les sourcils. "Il y a deux conditions à cela."
"Ah ?"
"D'abord, tu devras me prendre comme Premier Compagnon."
"Je n'en voudrais aucun autre. Quelle est la seconde ?"
Il sourit. "Aucune tentative de fraternisation ne sera autorisée."
Elle fit un pas en avant et entoura ses bras autour de son cou, puis l'embrassa. Après cette étreinte, elle sourit. "Marché conclu."
 
***
 
Très loin de la paix du Lac George, une silhouette rôdait dans le noir. Des bruits de mouvements mécaniques résonnaient sans fin. Des plaques de métal claquèrent les unes contre les autres suivant un rythme régulier. Le son se fit de plus en plus fort puis diminua lentement. Un rayon laser transperçait occasionnellement l'obscurité de la pièce, illuminant brièvement le visage d'Ankin Rotor.
Un sourire sadique s'élargit sur son visage tandis que l'énergie continuait d'affluer en lui. Il accumulait les drones à une vitesse incroyable. Bientôt, très bientôt, le Constructif entier serait sous son contrôle. Ils ne seraient rien d'autre qu'une extension de son esprit, de son corps. Rien de plus que du carburant. Et à ce moment-là, il serait temps... Temps pour lui de faire un pas de plus vers la fin. Vers son destin.
 
***
 
De joyeux rires s'entendaient dans l'air calme en provenance d'un ferry naviguant paresseusement sur les eaux du Lac George. A bord se trouvait une grande partie des membres d'équipage du Voyager, accompagnés de leurs amis et familles. Ils avaient tous fait leur réservation et se trouvaient aujourd'hui sur le pont supérieur du bateau pour assister à un événement très spécial, le second anniversaire de Miral Paris.
Comme toutes les petites filles de deux ans, Miral était aussi active qu'à son habitude. Elle courait à toute allure sur le pont avec ses petites jambes, allant d'un groupe d'adultes en pleine conversation à un autre. Aucun d'entre eux, naturellement, ne s'en offusquait, et chacun interrompait sa conversation pour tourner toute son attention vers Miral. C'était, après tout, son anniversaire.
"Salut, Miral." Chakotay était la nouvelle victime de Miral. Comme les autres, il reporta son attention vers l'enfant un quart-Klingonne et trois-quarts Humaine qui se tenait devant lui. Elle s'accrochait à sa jambe gauche, tirant sur le tissu de son pantalon brun. "Qu'est ce qu'il y a ?"
Voyant son père approcher, Miral émit un cri enjoué et se réfugia derrière Chakotay, pépiant de plus belle au fur et à mesure que Tom se rapprochait.
"Miral", commençant Tom d'un ton paternel. "Tu sais que tu n'es pas sensée te trouver là." Miral se rapetissa encore plus derrière Chakotay en émettant un rire, jouissant de ce jeu de cache-cache qu'elle venait juste d'inventer. "Qui est-ce qui te cherche ?" dit-il en s'abaissant jusqu'à son niveau pour la tirer de derrière Chakotay, la remontant dans ses bras.
Il vit B'Elanna au bout du ferry, fouillant le pont d'un air exaspéré. "Ah ! Te voilà", dit-elle en s'avançant jusqu'à eux, visiblement hors d'haleine. "Jeune fille, je t'ai dit de rester où je pouvais te voir."
"Visite bateau", insista Miral. "M'ennuie dans la chambre."
"Elle est un petit peu trop rapide pour toi, B'Elanna ?" demanda Tom en reposant Miral à terre sur le pont. Heureusement pour la santé de Tom, B'Elanna n'eut le temps que d'un regard glacial avant de devoir repartir à la chasse à sa fille repartie explorer le pont.
"Elle courra le marathon de l'Académie de Starfleet d'ici peu", commenta Chakotay.
Tom sourit tout en secouant la tête. "Je n'ai jamais eu l'occasion de vous le demander. Comment était Nouvelle Terre ? Telle que vous l'aviez laissée ?"
"Je suis heureux d'être retourné là-bas. Cela a ravivé de nombreux souvenirs."
"Vous savez, vous ne nous avez jamais vraiment raconté ce qui s'est passé entre vous et le Capitaine durant tous ces mois. L'équipage entier avait des doutes quand vous êtes revenus à bord du vaisseau." Chakotay sourit, mais ne répondit rien. "Bien sûr", continua Tom avec bravoure, "vous n'avez jamais eu à nous dire ce qui s'était passé. Nous le savions tous."
"Ah ?"
"Nous avions tous notre idée en ce temps-là. Je pense que nous avions assez bien mis le doigt sur ce qui s'était passé, vu ce qui s'est développé après toutes ces années", le taquina Tom.
Chakotay gloussa doucement, mais ne répondit pas. Après un moment de silence, Tom soupira profondément. "Cette période de permission, toute cette inaction... Cela commence à me fatiguer. Je ferais pratiquement n'importe quoi pour avoir à nouveau un peu d'excitation."
Chakotay sourit et regarda Tom, les sourcils levés. "Attention à ce que vous souhaitez, Tom. Vous pourriez bien l'obtenir."
 
***
 
Se penchant contre la balustrade du ferry, Seven of Nine contemplait les eaux calmes dans le sillage arrière du bateau, appréciant la compagnie du Docteur.
"Merveilleux, n'est-ce pas ?" dit-il. "Les couleurs, l'aspect glacé de l'eau, le sable des berges ondulé comme du marbre... Il y a tant de contrastes de couleurs et de textures." Le Docteur fixa la vue qui s'étendait devant lui, stockant certainement les images dans sa matrice pour une utilisation future.
Seven nota son enthousiasme pour tous les détails qui les entouraient. "Cela ferait une belle oeuvre d'art."
Le Docteur hocha la tête. "Oui, je le pense aussi." Inspiré par une idée en regardant la scène qui s'étalait devant lui, son visage s'illumina. "Je pourrais peut-être inclure quelques perroquets ou d'autres oiseaux tropicaux pour ajouter une petite touche de couleur, peut-être un peu de rouge. Je pourrais rendre tout cela plus... majestueux."
Seven lui sourit. "Cela pourrait sembler majestueux, mais cela ne serait pas très véridique. Il n'y a aucun oiseau en vue, et même s'il y en avait, je doute qu'ils soient tropicaux."
"L'art est une question d'originalité et d'inspiration, Seven."
Seven eut un sourire affecté. "Je suppose que les perroquets et les oiseaux tropicaux ne seront pas gênés de changer d'habitat géographique juste pour votre tableau."
En dépit de son désir d'échanger des plaisanteries avec lui, le HMU ressentit qu'il se cachait quelque chose sous la surface. "Seven... Est-ce que tout va bien ?"
Elle regarda de nouveau la surface de l'eau, mal à l'aise. Avant d'avoir eu le temps de parler, Miral vint les interrompre. "Kado !" annonça-t-elle, claquant joyeusement dans ses mains.
Seven leva un sourcil, mais elle était visiblement heureuse de cette interruption. "Je doute que vos parents vous aient donné la permission d'errer seule sur le navire, Miral."
Miral regarda par-dessus son épaule et pointa du doigt B'Elanna, qui s'était arrêtée pour discuter avec Mike Ayala. "Maman occupée." Elle se retourna vers le couple et s'avança, saisissant leurs mains pour les tirer vers elle. "Kado mainnant."
Le Docteur extirpa sa main de la sienne. "Nous serons justes derrière toi", la rassura-t-il.
Normalement, Miral n'aurait pas été satisfaite sans les avoir tirés tout du long jusqu'à l'intérieur, mais elle aperçut le Capitaine Janeway plus loin sur le bateau. "Tatie Catrine ! Kado !" Elle poussa un cri aigu en abandonnant le Docteur et Seven pour courir sur le pont.
L'hologramme se tourna vers sa compagne, un sourcil levé pour indiquer qu'il n'avait pas oublié qu'elle n'avait pas répondu à sa question.
"Tout va bien Schmullus", le rassura Seven d'un air absent tout en regardant Miral être prise à bras par l'impatiente Capitaine Janeway. La douleur du rejet d'Harry à sa proposition de mariage était encore trop fraîche à ses yeux pour trouver le moindre réconfort en partageant cela avec le Docteur. Elle gardait le regard fixé sur la scène de bonheur qui se jouait devant elle.
Une partie de la mélancolie de Seven disparut en regardant Tom se glisser derrière sa fille préoccupée, qui était encore bien installée dans les bras de sa marraine. Une soudaine rafale de chatouilles à la taille de la petite fille la fit se tortiller dans les bras de Catherine. B'Elanna apparut par surprise derrière son mari et plaqua les bras de Tom sur ses flancs, tandis que Catherine portait Miral où elle pourrait le mieux chatouiller son père. Tom leur donna un grand spectacle en se tordant de rire avant que les trois femmes ne décident que le pilote hors pair en avait subi suffisamment et se dirigent vers la cabine pour la séance anticipée des cadeaux.
Un enfant représentait un lien incassable entre deux personnes. Un lien plus fort que le mariage, que le devoir ou même l'assimilation. Le regard de Seven replongea dans les vagues, perdue dans ses pensées à nouveau.
Le Docteur n'était pas sûr de savoir s'il croyait vraiment que son amie allait aussi bien qu'elle le déclarait, mais ce n'était peut-être pour l'instant pas le moment de persévérer. "Nous devrions nous diriger vers l'intérieur, Seven. Nous ne voudrions pas retarder l'ouverture des cadeaux de Miral."
Seven acquiesça à sa suggestion. Les deux amis quittèrent le pont et se dirigèrent à l'intérieur du ferry où les célébrations d'anniversaire devaient se tenir.
 
***
 
L'Amiral Ross regardait par la fenêtre, embrassant le paysage de San Francisco. Ses yeux se portèrent sur le pont du Golden Gate et les eaux qui coulaient dessous. En cet instant précis, avec la tonne de travail qu'il avait à faire, il aurait aimé être en train de voguer sous ce pont comme il le faisait normalement par les clairs après-midi d'automne.
Ross laissa cette pensée de côté et revint à son travail en s'appuyant contre le siège qu'il occupait depuis tant d'années. Il sourit à l'intention de son compagnon. "Toutes mes excuses, Warren. Ce boulot m'épuise. J'ai tendance à me perdre dans mes pensées, parfois."
L'Amiral Hayes lui sourit et croisa les bras, s'asseyant de l'autre côté du bureau. "Je connais ça."
"De quoi parlions-nous ?"
"Vous aviez commencé à me parler du Capitaine Janeway."
"Oui, le Capitaine Janeway." Ross se pencha en avant et se servit un verre d'eau à la carafe posée sur son bureau. Il fit un signe à l'Amiral Hayes, qui déclina son offre d'un geste de la main. "Quelle est votre opinion, Amiral ?"
"Sur le Capitaine ?"
"Oui."
"Je pense avoir déjà clairement exprimé mon opinion par le passé."
Ross sourit. "Redites-le-moi."
"Je pense que c'est un officier exceptionnel et un commandant doué, en dépit de plusieurs décisions plutôt... discutables de sa part."
Le verre d'eau resta un certain temps dans les mains de Ross, ses doigts frottant sa surface tandis que des pensées errantes lui traversaient l'esprit. Il posa le verre sur la table, puis s'inclina de nouveau dans son fauteuil. "Je vais recommander le Capitaine Janeway pour une promotion au rang d'amirale."
"Je vois", fit Hayes, évasif.
Les yeux de Ross dérivèrent de Hayes vers la fenêtre. Il s'était attendu à cette froide réaction. "Pensez-y, Warren. Elle servirait bien Starfleet en tant qu'amirale. Pendant les sept années qu'elle a passé dans le Quadrant Delta, elle était déjà devenue plus qu'un simple capitaine de vaisseau. Elle était le seul Officier de Starfleet à soixante-dix mille années-lumière et elle a réussi à revenir sur Terre en un seul morceau. Elle avait eu plus d'expérience de terrain en neuf ans que la plupart des officiers de Starfleet dans toute leur carrière."
Ce n'était pas une surprise pour Hayes que Ross veuille récompenser les efforts de Janeway par une promotion au rang d'amirale, après la façon dont il avait aidé l'équipage du Voyager au cours du procès qui avait suivi leur premier retour. "Je suis d'accord sur le fait que le Capitaine Janeway a une très grande expérience et a été un bon ambassadeur de Starfleet quand elle était dans le Quadrant Delta..."
"Mais ?"
"Mais nous ne pouvons pas oublier qu'il y a un an, elle est passée en cour martiale pour certaines de ses actions dans le Quadrant Delta. Pensez-vous qu'elle mérite cette promotion ?"
Ross fit une pause. "Je ne pense pas que quiconque puisse nier qu'elle a fait ce qui était nécessaire pour son vaisseau et son équipage. Elle est peut-être passée en cour martiale, mais je sais que certains la verront comme un grand atout pour Starfleet et la Fédération. Je connais assurément quelques amiraux qui verront les choses comme je les vois... Même si ce n'est pas votre cas, Warren."
Hayes remua sur son siège. "Quelques personnes ne la verront pas aussi morale que cela. Un officier de Starfleet a des règles et des protocoles à observer. Elle les a bafoués."
"Oui, oui. Et nous savons tous vos sentiments quant à son association avec le Maquis."
"Je... J'ai peut-être eu tort à ce propos."
"Ah ?" fit Ross, agréablement surpris.
"J'en ai vu assez sur elle et sur son équipage pour me convaincre que sa confiance en eux était tout à fait justifiée. Je ne comprends toujours pas pourquoi elle ne les a pas enfermés en cellule dès le départ... Mais il semble que le Voyager n'ait pas eu à pâtir de cette décision."
"Bien au contraire, dirais-je même, si on en croit l'évaluation de l'équipage."
Hayes grommela, l'air grincheux. "Si vous croyez qu'elle n'était pas subjective quand il s'agissait d'eux, William, vous êtes plus naïf que je ne le croyais."
"Si vous pensez qu'un capitaine peut passer huit ans isolé avec un aussi petit équipage et ne pas être subjectif, Warren, alors c'est vous, le naïf", rétorqua Ross avec un petit sourire.
Hayes grogna. "Je suppose qu'elle doit voir en eux quelque chose que le reste d'entre nous ne voit pas." Il soupira. "Et ce n'est pas à moi de la juger. Starfleet l'a déjà fait. Dans les mêmes circonstances, j'aurais peut-être fait la même chose et peut-être même modifié encore plus les règles qu'elle ne l'a fait. Mais ne vous méprenez pas", continua-t-il alors que Ross commençait à dire quelque chose. "Vous allez avoir du mal avec ce dossier, William. La recommander pour une promotion si tôt après une cour martiale complète..."
"...Ne sera pas la chose la plus simple que j'ai fait", finit Ross. "Je sais, je sais. Mais j'aime les défis. De plus, je ne pense pas que vous donniez assez de crédit au Capitaine Janeway. Elle a bien plus de supporters que vous ne le pensez... Surtout après avoir gagné pratiquement seule la guerre contre les Sernaix et démasqué la Section 31 en un seul coup. Ajoutez à cela le fait qu'elle et son équipage sont revenus du Quadrant Delta avec plus de nouvelles technologies et de secrets que Starfleet n'en avait vus depuis des décennies, et enfin sa propulsion dans les médias... Il pourrait ne pas être aussi difficile de la promouvoir amirale que vous le pensez."
Hayes gloussa. "Vous tenez un bon argument, Amiral."
"Cela signifie-t-il que j'ai votre soutien ?"
Hayes hocha la tête. "Vous pouvez compter sur moi." Il se leva pour partir, mais s'arrêta sur le pas de la porte. "Vous avez raison sur un point, William."
"Lequel ?"
Hayes sourit d'un air désabusé. "Il ne sera pas aussi difficile que nous l'anticipons de faire obtenir une promotion au Capitaine Janeway. Ce qui sera difficile, ce sera de la lui faire accepter. Je ne pense pas qu'elle abandonnera son vaisseau et son équipage aussi facilement."
"Alors nous avons une dure mission devant nous, non ?"
Hayes secoua la tête. "Vous m'avez demandé mon soutien, et vous l'avez. Mais ne me demandez pas de tenter l'impossible. Vous devrez vous débrouiller tout seul pour la convaincre de l'accepter."
Ross gloussa doucement quand les portes glissèrent en se refermant derrière l'Amiral Hayes, puis fit pivoter son fauteuil pour replonger à nouveau son regard dans la baie de San Francisco.
 
***
 
Miral s'assit sur le sol, frappant dans ses mains avec excitation devant la pile de boîtes aux couleurs éclatantes. Bien que ce ne soit que son deuxième anniversaire, elle connaissait déjà très bien cette partie de la tradition. Avant de s'y jeter, elle prit un moment pour étudier les boîtes, essayant de décider par laquelle commencer.
"Vas-y, Miral, prends-en un", l'encourageant Harry. "Ils sont tous à toi."
Miral explora la pièce de ses yeux bruns, voyant tous ces regards adorateurs posés sur elle tandis que tous attendaient qu'elle saisisse son premier présent. L'impatience qu'elle sentait dans son coeur n'était plus supportable. Elle n'allait pas les décevoir en les faisant attendre plus longtemps. Elle examina chacune des boîtes enrobées de motifs et de rubans colorés, les fixant comme si elle essayait de voir à travers. Bien sûr, elle n'avait pas ce genre de pouvoir. Et pourtant, dans son esprit, elle avait déjà séparé celles qu'elle ouvrirait en premier et celles qu'elle allait ouvrir en dernier.
"Chérie, par lequel vas-tu commencer ?" demanda Tom à sa fille en se penchant par-dessus sa tête. Miral prit une boîte rectangulaire de couleur abricot. "Ah ! , le cadeau orange. Bon choix." Tom retourna l'étiquette du cadeau. "Il vient de ton grand-père Owen."
"Papy O'enn !" s'exclama Miral, excitée. Aussi jeune fut-elle, elle fit des plus attention, déballant délicatement le présent. Les morceaux de scotch étaient doucement retirés avec patience, un par un, sans déchirer cruellement le papier comme le faisaient la plupart des enfants de deux ans.
Tom et B'Elanna regardèrent leur fille ouvrir lentement la boîte. Pensant qu'elle avait quelques petits problèmes pour l'ouvrir, ils s'avancèrent tous deux pour l'aider, mais en furent stoppés net quand elle balaya l'air de ses bras en fronçant les sourcils d'agacement. "A moi. Mes kados."
La famille et les amis qui observaient la scène éclatèrent de rire. Tom battit en retraire, plaçant ses mains devant sa poitrine en guise de reddition. "D'accord, d'accord", gloussa-t-il. "C'est toi qui ouvres, chérie."
Miral n'avait pas besoin que son père le lui dise. Elle continuait son jeu d'ouverture. Même si cela prenait un certain temps, elle adorait cela. Elle aimait le suspens, sachant qu'après tout, elle allait être surprise. Finalement, après quelques minutes à chercher dans tous les sens chaque petit bout de scotch, elle décida qu'elle les avait tous retirés. Il n'y avait plus qu'à saisir l'intérieur et tirer. Miral saisit l'emballage, cette fois-ci avec empressement, jetant le morceau de papier sans importance de côté.
Une boîte noire apparut. Elle était simple et n'avait aucun plastique transparent pour qu'elle puisse voir à l'intérieur. Confuse de ce qu'elle avait devant elle, Miral pencha légèrement la tête de côté et fronça les sourcils de surprise. "C'est quoi ?" demanda-t-elle, ne comprenant pas à quoi servait cette mystérieuse boîte.
"Non, non, Miral", expliqua B'Elanna en riant gentiment. "Ouvre là, il y a quelque chose dedans."
Les yeux de Miral s'illuminèrent et elle se mit à tâtonner impatiemment le couvercle. Elle finit par le défaire, le posa sur le côté et plongea les deux mains dans la boîte pour en retirer une petite navette télécommandée. Elle poussa des petits cris de joie et la leva à bout de bras pour la montrer à tout le monde.
"Qu'est-ce qu'on dit, Miral ?" demanda Tom.
Miral frappa dans ses mains en signe d'appréciation du cadeau.
"Meci papy O'enn."
Elle saisit la commande de la navette, fronçant les sourcils en essayant d'y comprendre quelque chose aux boutons et au levier de commande.
Tom s'avança jusqu'à elle et la lui prit des mains. "Tu vois, Miral, ça, c'est ce que tu dois utiliser pour faire voler la navette. Ce bouton-là, c'est pour démarrer le moteur." Les nacelles miniatures se mirent à briller quand Tom posa l'engin sur le sol. Il continua sa démonstration en montrant à Miral le reste des contrôles. "Tu appuies sur ce bouton-là pour la faire décoller et voler..."
"Owen, vous êtes sûr que Miral est assez vieille pour jouer avec ce jouet ?" demanda B'Elanna.
"Sûr qu'elle est assez vieille ?" s'exclama Tom avant que son père puisse répondre. "Celui-là est pour descendre... Celui-là pour aller à gauche... Celui-là à droite... Tiens, regarde." Tom commença à faire voler la navette en gardant les commandes devant les yeux de Miral.
Elle regarda son père et les contrôles très consciencieusement, mais petit à petit, la télécommande s'éloignait de plus en plus loin d'elle.
"Tom", fit Owen sur un ton moqueur. "J'ai apporté ce jouet à ma petite-fille, pas à mon grand fils."
Tom, l'air penaud, rendit les commandes à Miral, la lâchant dès qu'il fut certain qu'elle les avait bien en mains. La navette frôla les têtes de plus d'un invité avant de revenir vers Miral qui la fit descendre lentement jusqu'au sol dans un atterrissage en douceur.
"Elle fait ça le plus naturellement du monde", observa le Capitaine Janeway.
"Tel père, telle fille", répondit Tom.
Ayant fini avec la navette pour le moment, Miral attrapa avidement le cadeau suivant et entreprit de l'ouvrir méticuleusement pendant que B'Elanna retirait la carte de sous ses mains. "Celui-là est de..." Elle leva un sourcil, amusée. "Oncle Schmullus ?"
Miral stoppa ses efforts pour ouvrir le présent et releva la tête. "Shuss ? C'est qui, Shuss ?"
Il y eut un bruissement étouffé dans la pièce. Le Docteur soupira et fit un pas en avant, se baissant au niveau de Miral. "C'est moi", dit-il avec un sourire.
Elle ouvrit de grands yeux. "T'es pas Shuss, t'es le Docteur."
"Et bien, je..." Sa voix se perdit, il était incapable de trouver une explication sur son choix de nom adaptée à une petite fille de deux ans. "Tu peux m'appeler Docteur si tu veux."
Miral ouvrait toujours de grands yeux, comme si ce qu'il venait de dire était évident, puis revint à son cadeau. Elle tira victorieusement sur le couvercle de la boîte, plongea une main dedans et en retira une seringue hypodermique jouet. Elle garda un moment l'objet devant elle, ébahie, puis elle sourit. "C'est comme à toi!" fit-elle au Docteur.
"Et bien... Ca y ressemble", admit-il, fier de sa réaction.
Continuant, Miral se dirigea immédiatement vers un autre cadeau. Cette fois, elle choisit une grosse boîte bleue garnie de dessins de ballons.
"Je me demande ce qu'il y a dans celle-là, Miral", fit Tom sournoisement quand elle secoua le présent avec curiosité. Excitée comme elle l'était, il l'encouragea à l'ouvrir. "Vite, Miral, ouvre-la. Tu veux que je t'aide, chérie ?"
Elle acquiesça. Même si elle appréciait l'attente qui venait avec le déballage, il était fastidieux de chercher après tous ces bouts de scotch, et les retirer lui faisait mal aux bouts de doigts. De plus, elle avait réussi à déballer deux cadeaux complets toute seule, alors elle n'avait pas besoin de prouver qu'elle pouvait le refaire encore. Avec son aide, ce serait beaucoup plus rapide pour voir ce qu'il y avait dans la boîte.
"Plus qu'un seul bout", fit Tom en enlevant le dernier morceau de scotch. "Voila... Miral, tu es prête ? Celui-là est de moi."
"Pas étonnant que tu aies été si pressé de l'aider, Tom", taquina Chakotay debout à côté de B'Elanna.
Miral retira rapidement le couvercle de la longue boîte rectangulaire. Ses yeux s'élargirent en reconnaissant le contenu. "Comme pour maman pas toucher !"
B'Elanna, qui ne savait pas ce que contenait la boîte, fronça les sourcils. "De quoi, chérie ?"
Les yeux brillants d'excitation, Miral souleva fièrement le bat'leth miniature. "A moi !"
"Tom..." rugit B'Elanna.
Il leva les bras en défense. "Ne t'inquiète pas, les bords sont arrondis et il est parfaitem... Aïe!"
"Padon", fit Miral, Tom se frottant le bras où le bat'leth l'avait accidentellement frappé.
"Je le lui retire", dit B'Elanna avec une grimace en observant Miral s'exercer à des rotations de plus en plus près de la tête de Tom. "Très intelligent, Tom. Tu pourras jouer au bat'leth avec elle, à partir de maintenant."
Le Capitaine Janeway, qui se tenait discrètement auprès d'Owen Paris, regardait la scène le sourire aux lèvres. Lentement, son expression se fit contemplative. Miral était vraiment une enfant extraordinaire, tellement enjouée et éveillée. Cela lui faisait se redemander quel avantage y avait-il à manquer tout cela en n'ayant pas d'enfant.
Pendant les années passées dans le Quadrant Delta, coincée à plus de soixante-dix mille années-lumière de la Terre, la pensée d'avoir des enfants lui était venue plus d'une fois. Sa carrière avait toujours été importante pour elle, mais avant que le contrôle de sa vie ne lui échappe complètement, elle avait considéré avoir des enfants un jour. Elle et Mark en avaient parlé, mais ni l'un ni l'autre n'avaient été pressés de commencer une famille. Ils en avaient parlé comme d'un but dans leur vie.
Mais c'est alors que le Voyager avait été éjecté à l'autre bout de la galaxie... Et tout le reste avait suivi. Ses responsabilités de capitaine avaient été sa priorité. Cependant, elle avait passé plus d'une nuit à ressasser la vie qu'elle avait perdue. Et ces nuits-là, la pensée qu'ils auraient besoin un jour ou l'autre d'un équipage de remplacement l'avait tenue éveillée... C'était bien plus personnel que ça. Sa politique d'isolement par rapport à l'équipage et de toute relation sentimentale avait effacé le problème des enfants, et la plupart du temps, elle avait réussi à simplement occulter la question. Mais parfois, tout cela refaisait surface. Quand Kes avait traversé l'Elogium, à la naissance de Naomi. Lorsque Tom et B'Elanna attendaient leur enfant...
Désormais, ces pensées lui occupaient l'esprit une fois de plus tandis qu'elle s'émerveillait devant l'énergique Miral. Elle n'allait pas en rajeunissant et en avait tout à fait conscience.
Elle sortit de sa rêverie en voyant Miral s'intéresser au cadeau de Chakotay. Elle lui jeta un regard, debout à quelques pas d'elle, et sourit en s'apercevant qu'il était nerveux. Il avait passé plusieurs semaines à travailler sur ce présent, le faisant intégralement de ses mains.
"Celui-là est de Chakotay", annonça Tom à sa fille qui commençait à ouvrir le cadeau.
"Totay !" répéta Miral en retirant le papier. Elle tendit une main à l'intérieur et en retira le cadeau, élargissant les yeux en détaillant ses couleurs vives. "C'est quoi ?" demanda-t-elle en levant l'objet.
"C'est un piège à rêves", expliqua Chakotay. "Tu l'accroches au-dessus de ton lit et il capture tous les mauvais rêves pour ne laisser passer que les bons."
Miral explorait le réseau imbriqué de chaînettes avec les doigts, le visage affichant une expression admirative.
"Regarde, Miral", fit B'Elanna en s'agenouillant près de sa fille, pointant le petit ornement qui pendait du cadre du piège à rêve. "C'est le Voyager." Elle leva la tête vers son vieil ami avec le sourire. "C'est splendide, Chakotay."
Il sourit en remerciements. Par réflexion, il jeta un regard vers Catherine. Attendant d'elle qu'elle lui retourne automatiquement son regard, il la regarda curieusement quand, après quelques secondes, elle n'avait toujours pas tourné la tête dans sa direction. Il n'avait pas remarqué jusque-là le changement inhabituel dans son comportement. Elle paraissait distante et détachée de la fête d'anniversaire, quasiment immobile en regardant fixement derrière Miral, les yeux perdus dans le vague.
Le sourire et l'expression réjouie que Chakotay avait affichés pendant un court moment furent rapidement remplacés par un froncement de sourcils inquiet. Cela ne ressemblait pas à Catherine de se laisser aller à un tel regard fixe. A présent, elle aurait dû le sentir qui la regardait et tourner la tête en affichant ce sourire angélique qui lui faisait chavirer le coeur. Mais elle ne le regarda pas. Elle ne bougea pas d'un pouce, ne remarquant d'ailleurs personne autour d'elle.
La voix de B'Elanna l'interrompit dans ces pensées. "Oh !, regarde, c'est la dernière boîte. Je me demande ce qu'il y a dans celle-là ?" Miral tendit les bras vers la boîte et commença à enlever le papier d'emballage, toute précaution depuis longtemps oubliée. "Voyons voir de qui est-elle", fit B'Elanna en regardant la petite étiquette attachée dans le n¤ud du dessus. "Celui-là est de... Catherine."
Janeway leva soudainement la tête à la mention de son nom, affichant aussitôt un sourire en réalisant d'un coup que toute l'attention se portait sur elle et sur son cadeau. Tandis que son attention revenait au présent, elle sentit les yeux de Chakotay posés sur elle et tourna la tête vers lui. Alarmée par l'expression inquiète sur son visage et réalisant intérieurement qu'elle était restée absente longtemps, elle lui sourit hâtivement et reporta son attention sur Miral, qui était juste en train de retirer son cadeau de la grande boîte.
"Oh ! regarde ça, Miral", fit Harry tandis que l'ours en peluche émergeait de la boîte. "Il est plus gros que toi."
Miral poussa un petit cri d'extase. C'était comme d'avoir un nouvel ami, tout doux et câlin. Elle le posa immédiatement devant elle et le fixa des yeux pendant quelques secondes avant de le saisir dans ses bras et de le serrer fort contre elle.
"Maintenant", fit B'Elanna en se relevant, "qui veut du gâteau ?"
"Moimoimoi", cria Miral, sautant sur ses pieds pour pousser tout le monde en courant vers le buffet.
Tandis que la foule se dispersait en petits groupes occupés en conversations anodines en attendant d'avoir du gâteau, Chakotay se dirigea vers Janeway, une fois de plus replongée dans sa propre rêverie. "Un franc pour tes pensées ?"
Elle se tourna vers lui, alarmée, et sourit après quelques secondes. "Désolé, je n'accepte pas les monnaies antiques", blagua-t-elle.
Il gloussa. "Miral semble s'amuser."
Une feinte, pensa-t-elle. Il voulait en venir quelque part, elle le savait. "Oui, en effet."
Il jeta un oeil vers Tom, B'Elanna et Miral. Quand il se retourna vers Catherine, il vit qu'elle avait suivi son regard. "Une bien belle famille."
Et voilà. Comment avait-il donc bien pu réussir à comprendre ce qui la distrayait ? Son joyeux sourire s'évapora lentement quand elle devint sérieuse sous son regard inquisiteur. Janeway prit une profonde inspiration, rassembla ses pensées, pensant à la manière dont elle allait lui répondre. "Regarder Miral a ramené certaines pensées à la surface", admit-elle.
Il hocha la tête, l'encourageant silencieusement à poursuivre.
"C'est ma vie. Je suis dans un superbe endroit, en ce moment. Ma carrière, mon vaisseau, mon équipage..." Elle sourit sincèrement. "Et pour couronner le tout, je t'ai, toi."
"Mais quelque chose te manque."
Janeway acquiesça. "Je n'arrive pas à m'imaginer en autre chose qu'un capitaine de Starfleet... et cela ne permet pas de commencer une famille."
Chakotay secoua la tête, pas d'accord avec son raisonnement. "Tu n'as pas besoin d'abandonner tout cela. Il y a plein d'officiers de Starfleet qui ont une famille."
Elle regarda tout autour d'elle dans la pièce, puis replongea son regard droit dans les yeux bruns de Chakotay. "Je me souviens quand j'étais jeune, mon père était toujours parti pendant des périodes de six semaines, six mois, voir un an. C'était un père merveilleux. Il essayait d'être là dès qu'il le pouvait, assistant à mes récitals, mes compétitions de tennis, mes fêtes d'anniversaire, et il essayait d'être là pour moi quand j'avais besoin d'aide... Mais ça ne suffisait pas. Je ne pourrai pas faire ça. Je ne voudrais pas que mon enfant subisse cela."
"Personne n'a jamais dit que ce serait facile, Catherine."
Elle soupira. "Je sais. Je pense juste que ce n'est pas juste pour un enfant de ne pas être entouré de ses deux parents."
Chakotay prit sa main dans la sienne. "Quoi que tu décides, Catherine, je te suis à cent pour cent."
Elle sourit, rassurée de son soutien, et ils rejoignirent les autres dans la fête.
 
***
 
Les sons résonnaient au hasard à travers le cube Borg. Ils surgirent dans l'obscurité, frappant avec vigueur et consternation, sans avertissement, et de toutes les directions.
Les lumières vacillaient, donnant une allure menaçante à la structure massive qui semblait trompeusement froide et sans vie.
Les drones Borgs avançaient à grands pas sur le sol métallique, concentrés sur leur objectif tandis que les percussions des battements de leurs pieds de métal, sons caractéristiques de leur construction mécanique, et le relâchement de la pression de l'air à chacun de leur mouvement contribuaient au silence effrayant qui imprégnait le décor sombre.
Ankin Rotor surveillait tout avec fascination. Il pouvait voir au travers des yeux de chaque drone en vue, chaque drone de son cube et chaque drone de chaque cube sous son contrôle. Ces extensions de son corps, de son esprit et de sa volonté lui permettaient de se trouver simultanément en d'innombrables endroits. Il était dans les quatre quadrants de la galaxie à la fois. Il pouvait contrôler chaque chose et toute chose d'une simple pensée. C'était ironique, pensait-il en lui-même. En les détruisant, il avait trouvé quelque chose de plus efficace que le Collectif Borg. Toutes les commandes étaient exécutées sans délai, sans question, sans défiance. C'était intoxiquant.
Ses yeux balayèrent l'intérieur du vaisseau tandis qu'il attendait impatiemment. Il inhala profondément, sentant une autre vague de drones tomber sous son contrôle. Il avait attendu ce moment toute sa vie... Pourtant, le peu de temps qu'il restait avant qu'il puisse procéder à la prochaine étape de son plan semblait durer une éternité.
Mais bientôt... Bientôt ce moment viendrait.
 
***
 
"Entrez, Capitaine." Janeway passa la porte et balaya du regard le somptueux bureau. "Prenez un siège", continua l'Amiral Ross, indiquant un fauteuil de l'autre côté de son bureau.
"Merci, Amiral", fit-elle en s'asseyant et croisant les jambes.
"Comment s'est passée votre permission ?" demanda-t-il en faisant le tour de son bureau pour se diriger vers le réplicateur.
"Très reposante."
"Et très méritée, j'en suis sûr. Café noir, exact ?"
Janeway sourit. "Je vois que vous avez fait de petites recherches."
Ross revint à son bureau et posa les deux tasses de café. "J'ai mes sources."
Elle gloussa et absorba une gorgée de café avant de prendre la parole. "J'imagine que vous ne m'avez pas fait venir pour simplement me demander des nouvelles de ma permission."
"Non, en effet", fit Ross. Puis, en venant immédiatement au sujet, il ajouta. "J'ai envoyé une recommandation pour que vous soyez promue au rang d'amirale. La réponse officielle, positive, m'est revenue ce matin."
Elle resta assise sans bouger dans son fauteuil pendant plusieurs secondes, sa tasse de café suspendue à mi-distance de sa bouche. "Je vous demande pardon ?"
Ross sourit. "Je vous offre une promotion."
"Je... Je suis sous le choc", admit-elle d'un air candide. "Pour être honnête, j'avais l'impression que Starfleet n'était pas satisfait de mes performances et aurait préféré me voir partir."
"Ce n'est pas la politique de Starfleet que d'offrir des promotions aux officiers que nous ne voulons plus avoir dans la flotte."
Quand l'information commença à faire son chemin, son esprit se réveilla. Pour quelque raison inconnue, après toutes ses années où elle avait aspiré à devenir amirale, elle ne sentait pas l'excitation qu'elle s'était toujours imaginé ressentir à cette occasion. Au lieu de cela, elle se sentait... et bien, elle ne savait pas ce qu'elle ressentait, mais ça n'avait rien à voir avec cette sensation.
Aussi dynamique que semblait l'être l'Amiral Ross, Janeway pouvait détecter les cernes sombres sous ses yeux, indicateurs du temps qu'il passait probablement loin de chez lui. Elle nota également les piles de tablettes partout dans la pièce. Un bref regard autour d'elle lui révéla qu'il avait au moins cinq fois la taille de son bureau à elle... Mais est-ce que cela en valait vraiment la peine ?
Elle avait rêvé de porter les insignes d'amiral depuis qu'elle avait vu son père dans son uniforme pour la première fois. C'était aujourd'hui sa chance de suivre ses pas... Maintenant, elle devait choisir ce qu'elle allait faire.
La réponse fut instinctive. "J'ai peur de devoir refuser."
Ross se pencha en avant, pas du tout surpris. "Vous semblez plutôt certaine. Štes-vous sûre que vous ne voulez pas prendre plus de temps pour considérer la question ?"
"J'en suis certaine."
"Vous ne pensez pas que vous êtes peut-être un peu imprudente ? Vous pourriez être en train de refuser l'opportunité de toute une vie."
"Est-ce que Starfleet offre des promotions sur des coups de tête, maintenant ?" rétorqua-t-elle calmement.
"Bien sûr que non", admit-il. "Mais nous ne les balançons pas devant tout le monde comme des sucres d'orge non plus."
"Bonne réponse."
Il voyait qu'elle ne lâchait pas prise. "Capitaine, je ne crois pas que vous ayez eu assez de défis", continua-t-il. "C'est la raison pour laquelle je me suis battu pour que vous obteniez cette promotion. Il semble que le reste du Commandement de Starfleet soit d'accord avec moi. Nous en sommes arrivés à la conclusion que les talents que vous avez développés durant vos années de Capitanat sont bien supérieurs à votre rang actuel."
"Merci, Amiral, mais je suis sûre que je ne suis pas le premier capitaine qui ait décidé de rester avec son vaisseau en dépit de l'offre."
"Je crois qu'il est temps pour vous de servir Starfleet en tant qu'amirale", reprit-il. "Et d'assumer les responsabilités qui viennent avec le rang. Vous avez le tempérament et l'expertise dont sont faits les amiraux de Starfleet, il n'y a aucun doute là-dessus."
"Têtu comme un âne, voulez-vous dire ?"
Il gloussa. "La Fédération a plus besoin de vous comme amirale que comme capitaine. Vous nous avez prouvé que vous étiez plus que capable de mener une flotte de vaisseaux et de coordonner un combat, décider de stratégies sur une large échelle, et vous nous avez également prouvé que vous aviez des talents de diplomate. Même têtue comme un âne", ajouta-t-il avec le sourire. "Vous avez fait vos preuves nombre de fois, et avec le temps que vous avez passé dans le Quadrant Delta et dans la Bulle Temporelle, sans mentionner la guerre des Sernaix, il est évident que vous pouvez gérer tout cela en même temps tout en gardant la tête froide sous la pression. Ce sont des atouts précieux pour la Fédération, surtout dans des temps comme nous en vivons actuellement. Nous avons besoin de chefs distingués pour régler certains aspects de Starfleet avec détermination et vous avez ces qualités. Nous vous élevons à ce nouveau niveau à cause de votre ingéniosité.
Un lourd silence tomba dans la pièce. Quand il fut évident que Janeway ne répondrait rien, Ross continua. "Nous avons des trous de ver traversant la moitié de la galaxie, la technologie de transdirtorsion qui nous permet de voyager sur des milliers d'années-lumière en quelques heures. Nous avons des empires entiers qui apparaissent à nos portes et nous avons de plus en plus de problèmes pour gérer ces nouvelles situations. Nous avons besoin de tous les alliés que nous pouvons trouver. Et à nouveau, vous avez tout cela. Vous avez de nombreux contacts et alliés, des alliés qui pourraient être d'une grande aide à la Fédération. Nous avons besoin de vous à la tête pour nous montrer le chemin.
Cette fois, quand Ross fit le silence, le Capitaine Janeway répondit. "Je suis d'accord avec vous, Amiral. Les choses deviennent de plus en plus chaotiques et nous avons besoin d'y apporter des solutions." Avant qu'il ait une chance de dire quoi que ce soit, elle continua. "C'est pourquoi je tiendrai mieux mon rôle en restant là, dehors, dans un vaisseau. Je pense que Starfleet gagnerait plus en ayant ces grandes figures que vous décrivez dehors à faire le boulot plutôt que scotchées derrière un bureau."
"J'ai peur que ce ne soit pas toujours de cette manière que cela fonctionne." Il s'arrêta pour rassembler ses idées et éliminer les raisons potentielles que lui faisait décliner leur offre avec tant de véhémence et de hâte. Même s'il avait supposé que la tâche de la convaincre d'accepter sa promotion serait difficile, il avait pensé qu'elle prendrait un peu plus de temps pour prendre sa décision. "Si vous refusez la promotion parce que vous croyez que vous n'êtes pas qualifiée..." commença Ross, pleinement conscient que cela n'avait rien à voir avec la raison.
"Non, pas du tout", répondit simplement Janeway.
C'était une autre des caractéristiques qu'il admirait en elle. Elle avait confiance en elle. "Alors qu'est-ce que c'est ?"
"Je ne suis pas encore prête à abandonner ma place de capitaine", dit-elle en se mordillant légèrement la lèvre.
"C'est aussi simple que ça ?" demanda-t-il.
"Aussi simple que ça. Il n'y a pas si longtemps que vous autres avez tenté de me coller derrière un bureau." Elle grimaça. "J'apprécie encore ma liberté."
Ross gloussa en lui-même et jeta un coup d'oeil dans son bureau. "Je comprends très bien cela." Il redevint sérieux et se pencha en avant sur ses coudes en la fixant intensément des yeux. "Faites-moi plaisir. Repensez-y à tête reposée. N'écartez pas cette offre si facilement. Tout le monde n'a pas une telle opportunité."
Elle acquiesça. "J'y repenserai."
Ross sourit avec satisfaction et se leva en même temps qu'elle. Il fit le tour de son bureau pour venir lui serrer la main. "Faites-le, Capitaine." Il la regarda partir, et une fois les portes refermées derrière elle, il se rassit et fit pivoter son fauteuil pour faire face à la fenêtre. "Faites-le."
 
***
 
"Inutile."
Ankin Rotor laissa le mot faire son effet avant de se détourner de l'écran placé devant lui. Il fixa des yeux son vieux compagnon, un sourire aux lèvres. "Ironique, tu ne penses pas ?"
Pavriqur ne répondait plus que rarement à ses piques verbales, mais Rotor ne se laissait pas décourager. "C'est l'évaluation qu'aurait fait le Collectif", continua-t-il en reportant de nouveau son attention sur l'écran et la planète qui s'y affichait. "Juste parce qu'ils n'ont ni vaisseau ni technologie." Il refit face à l'autre Sulorien. "Mais ils ne sont pas inutiles. Rien ne l'est. Ils font partie de l'histoire, alors ils doivent faire partie de la fin."
Pavriqur fixait son ancien protégé avec haine. Il y avait longtemps qu'il avait arrêté de dire à Ankin qu'il était fou. Ca ne servait à rien.
"Tout se met en place", dit Rotor, se retournant vers l'écran. Il contempla la planète primitive de classe M sous eux pendant encore quelques secondes avant de commencer à envoyer ses drones à la surface. Il vit à travers leurs yeux les primitifs habitants fuir de peur ou essayer de combattre leurs assaillants. Un à un, ils tombèrent sous le nombre de drones qui arrivaient toujours... Puis ils furent sous le contrôle de Rotor.
Il sourit. Ainsi commençait la fin.
 
***
 
C'était le petit matin. Un homme d'un âge moyen s'assit pour regarder par sa fenêtre la cité en contrebas, le regard triste. Des murs en ruine qui tenaient encore à peine debout, des bâtiments qui étaient effondrés. Cela ne ressemblait plus à une cité, désormais. Ce n'était plus une perspective animée, vivante, faite d'une belle architecture, d'arbres et gens aimables qui occupaient habituellement des rues à cette heure de la journée. Le récent tremblement de terre avait transformé son foyer en à peine plus que quelques piles de débris. Ses yeux le blessaient à cette vue. Ce qu'il regardait n'était pas la perspective avec laquelle il aimait se réveiller chaque matin.
Fatigué de regarder la morne vue, il se détourna de la fenêtre et retourna à sa peinture dans le coin. Même s'il n'avait pas la cité dehors devant les yeux pour l'aider, il allait terminer sa peinture. Toutes les images dont il avait besoin pour le tableau étaient dans sa tête. Le paysage, les structures, les couleurs, tout était encore clair et entier dans son esprit.
L'homme saisit son pinceau et plaça sa palette dans la main gauche pour commencer à peindre. Juste avant de tracer un nouveau trait sur la toile, des bruits de pas à l'extérieur brisèrent sa concentration, effaçant les images dans sa tête.
Assis comme cela et perdu dans ses pensées, il ne réalisait pas que sa main tenant le pinceau n'était qu'à quelques centimètres de la peinture. Sa main glissa, un large trait de peinture couleur lilas raya le tableau. Surpris, il tourna la tête pour voir ce qu'il avait fait et son bras bouscula le verre d'eau qu'il avait placé sur le rebord du cadre.
Des gouttes d'eau de l'éclaboussure tombèrent dessus, glissant lentement sur la peinture en y laissant de longues coulures. La belle peinture sur laquelle il avait passé tant de temps était fichue. L'homme ne pouvait rien faire d'autre que de regarder les dégâts, frustré. Sa cité était détruite et même l'image de la cité qu'il aimait était détruite.
L'homme soupira en jetant de nouveau un oeil derrière lui sur les décombres visibles par la fenêtre. Il soupira encore. Cet endroit pourrait-il un jour redevenir comme il l'avait été ?
Le bruit qu'il avait entendu plus tôt augmenta en volume et il fronça les sourcils. On aurait presque dit que des gens hurlaient. Sa peinture fichue oubliée, il revint à la fenêtre tandis que les voix terrifiées se rapprochaient.
"Qui sont-ils ?"
"D'où sont-ils venus ?"
"Ils sont juste... C'est impossible à croire, ils sont juste apparus... De nulle part !"
"Regardez-les, ils sont hideux."
Les voix furent remplacées par de grands cris d'horreur.
"Que tout le monde court !"
"On n'a plus le temps. Il faut qu'on parte. Laisse ce jouet." Des gémissements d'enfant emplirent l'air.
"Ce sont des monstres !"
Pressé, l'homme courut d'une fenêtre à une autre qui faisait face à une autre rue. Des êtres comme il n'en avait jamais vu auparavant marchaient d'une manière guindée dans la rue devant des gens qui fuyaient terrorisés. Dès que l'un d'entre eux capturait quelqu'un, il portait une main au cou de sa victime qui s'arrêtait immédiatement de combattre.
"Ca ne sert à rien ! Laissez-m..." La voix masculine en détresse fut soudainement coupée nette quand deux tentacules flexibles sectionnèrent ses cordes vocales.
"A l'aide, quelqu'un !" hurla une voix de femme à l'agonie.
Personne ne vint à son aide. Elle était impuissante face au drone Borg qui la surpassait. Elle se jeta en arrière en réponse à une injection dans son cou, les yeux emplis de douleur et de terreur.
La femme leva la tête et vit l'homme qui se tenait à sa fenêtre. Ses yeux se fixèrent sur lui, le priant de descendre pour la sauver des atroces souffrances qu'elle endurait. Priant, priant...
Elle finit par ne plus crier du tout, son énergie totalement drainée hors d'elle. Ses yeux devinrent fixes et elle s'écroula sur le sol quand le drone la relâcha, cherchant sa prochaine victime.
L'homme regardait avec horreur. Il voulait descendre l'aider, la secourir pour l'emmener hors de danger, mais il était immobilisé par la peur. Que pouvait-il faire ? Ces êtres étaient surpuissants.
Ses jambes finirent par lui obéir. Il devait l'aider. Il s'éloigna de la fenêtre, prêt à descendre dans la rue, mais fut arrêté en chemin quand l'un des êtres apparut comme par magie devant lui dans un rayonnement vert.
"D'où... D'où venez-vous ?"
L'être ne répondit pas et s'approcha de lui avec une expression neutre. La terreur qu'il avait observée en bas était maintenant sienne. "Que voulez-vous ?" demanda-t-il, la voix chancelante et le souffle court.
Le drone ne répondit pas à sa question et continua d'avancer.
"Ne... Ne me faites pas de mal", fit-il, sa voix tremblante. "Prenez tout ce que vous voulez, mais... Mais ne me faites pas de mal."
Le drone s'approcha encore, surplombant l'homme. Luttant pour se sauver, il trébucha maladroitement sur ses propres pieds, les jambes tendues sous la peur. "Ne vous approchez pas de moi !" cria-t-il.
Son corps sur le sol était une invitation pour une attaque simple de la part de l'intrus. Quand le Borg se pencha en avant, il vit la porte, tout près. Se ressaisissant, il roula rapidement sur lui-même et se précipita vers la sortie.
Il atteignit la porte, mais ses mains transpiraient et glissèrent sur le bouton de porte. "Ouvre-toi, ouvre-toi, bon sang !" L'homme secoua le bouton férocement, essayant de le forcer à s'ouvrir.
Il entendait les pas de son attaquant se rapprocher. "Ne me touchez pas", fit l'homme en continuant de secouer la porte.
La porte finit par s'ouvrir, mais il était trop tard. Il sentit une sensation de piqûre vive derrière son cou. Puis il ressentit les pensées d'une présence inconnue s'introduire en lui.
Toute pensée, tout contrôle de son corps lui échappèrent rapidement. C'était comme s'il y avait quelqu'un à l'intérieur de lui, le poussant dehors dans un grand abîme obscur sans fond. Il n'avait aucun moyen de se défendre. Tout ce qu'il pouvait faire était tomber et laisser cet intrus inconnu prendre le contrôle de ses mouvements, ses pensées, son corps, sa vie.
L'homme était maintenant l'un d'entre eux.
 
***
 
L'Amiral Ross leva la tête de son travail quand la voix de son assistant lui parvint par l'intercom. "Monsieur ?"
Il se demandait si le Capitaine Janeway avait déjà pris sa décision. "Qu'est-ce que c'est ?"
"L'Amirale Nechayev veut vous voir."
Il soupira. "Faites-la entrer."
Les portes de son bureau glissèrent en s'ouvrant quelques secondes plus tard. "Alynna", l'accueillit-il en se levant, lui indiquant de s'asseoir.
Elle ignora le siège et lui tendit une tablette. "William, nous avons un problème."
"Quel genre de problème ?"
"Starfleet a une équipe d'anthropologues en mission incognito dans le système de Ketral, en dehors des frontières de la Fédération. Ils observaient une civilisation pré-industrielle. Il y a environ six heures, ils ont envoyé un appel de détresse, mais seule la première partie nous est parvenue."
Ross fronça les sourcils en lisant la tablette. "Les Borgs."
"Nous allons devoir y envoyer un vaisseau pour enquêter."
"Le vaisseau de Starfleet le plus proche est à plus d'une semaine de trajet." Il leva la tête vers Nechayev et vit qu'elle avait déjà pensé à la suggestion qu'il s'apprêtait à faire. "Envoyer le Voyager ?"
Elle acquiesça. "Le temps est essentiel et ils ont le seul vaisseau équipé pour cela."
Il hocha la tête en signe d'accord. "Nous lui affecterons son équipage habituel, mais je pense qu'il est probable que le Capitaine Janeway acceptera sa promotion. Pour prendre sa place, je placerai le Capitaine Iversen. Il a beaucoup d'expérience et devrait convenir à cette affectation."
Nechayev hocha la tête. "âmettez les ordres immédiatement. Je veux qu'ils soient au rapport dans les plus brefs délais."
 
***
 
Le trafic affluait sous et sur le pont du Golden Gate, mais Catherine Janeway n'en voyait rien, occupée à fixer des yeux par la fenêtre son appartement des hauteurs.
"Alors ?"
La voix de Chakotay la sortit de ses pensées. Elle se retourna vers l'endroit d'où il l'observait.
"Cela t'aiderait-il d'en parler ?" continua-t-il, les sourcils froncés d'inquiétude.
Elle soupira. Durant les trois jours qui s'étaient écoulés depuis qu'elle était sortie du bureau de l'Amiral Ross, elle était passée de la certitude du refus de la promotion à l'incertitude de faire une erreur. C'était une des décisions les plus difficiles qu'elle ait rencontrée depuis longtemps. Elle était heureuse que l'Amiral Ross n'ait pas accepté sa réponse hâtive. Elle aurait regretté de ne pas y avoir réfléchi sérieusement à tête reposée.
Elle pourrait accomplir de grandes choses en étant amirale... Il y avait tant de défis et tant d'autres niveaux qu'elle pourrait gravir si elle acceptait. Mais cela entrait en conflit avec son attache envers son rang actuel de capitaine et tout ce qui allait avec. Elle laisserait derrière elle tant de personnes dont elle était devenue si proche au fur et à mesure des années. Elle perdrait ce pour quoi elle avait vécu pendant plus d'une décennie.
A première vue, il semblait que devenir amirale lui laisserait du temps pour avoir une vie personnelle. Ou du moins, plus de temps qu'elle n'en avait eu comme capitaine. Mais qu'arriverait-il si s'était encore pire ? Et pour Chakotay ? Pourrait-elle le voir suffisamment ?"
"Catherine ?"
Une fois encore, elle fut tirée de ses pensées. "Je suis désolée", soupira-t-elle, s'asseyant à côté de lui. "Je crois que j'y ai suffisamment réfléchi."
Il sourit. "Visiblement."
"Qu'est-ce que tu en penses ?"
Il réfléchit un moment. "Je ne veux pas décider à ta place... Mais si c'était moi, je n'accepterais pas. J'ai rejoint Starfleet pour l'exploration et l'excitation de la découverte. Štre assis dans un bureau n'est pas un travail que j'imaginerais faire."
"Moi non plus."
"D'un autre côté, avoir une flotte complète sous son commandement... Tu serais capable d'influencer la politique de Starfleet, prendre les décisions... Et nous savons tous comme tu aimes avoir le contrôle", ajouta-t-il avec un sourire de connivence. "Et je sais comme tu le désires depuis longtemps."
"Comme d'habitude, Chakotay, tu as réussi à me laisser plus déroutée qu'avant", fit-elle avec un sourire grimaçant, se penchant en arrière sur son siège. "A chaque fois que je pense avoir pris ma décision..."
"Je suis désolé, Catherine, je ne voulais pas..."
Elle le coupa. "Non, non. Ce n'est pas une mauvaise chose, Chakotay." Elle gloussa discrètement. "Je compte régulièrement sur toi pour faire cela. Je suis heureuse que quelqu'un autour de moi me fasse réfléchir à toutes les options. Même si je donne l'impression de ne pas toujours l'accepter tout le temps, j'apprécie l'importance de ton aide."
"Et bien, j'en suis heureux, dans ce cas."
Janeway scruta un point fixe sur la table qui se trouvait devant eux, l'esprit à nouveau focalisé sur sa décision à prendre. Dans les jours qui suivraient, elle serait de retour au travail et il ne faisait aucun doute que l'Amiral Ross s'attendrait alors à une réponse de sa part.
"Catherine", dit Chakotay pensivement, se penchant en avant, les mains croisées. "Il y a une autre chose que tu devrais considérer."
Janeway releva la tête. "Hein ?"
"Prendre un poste au commandement de Starfleet, en tant qu'amirale... Ce serait un poste plus permanent que de commander un vaisseau stellaire."
Elle prit un moment avant de répondre. "Je serais stationnée sur Terre, selon toute probabilité." Elle soupira. "Mais à moins que tu n'abandonnes ton commandement, je n'aurais pas souvent l'occasion de te voir."
"Je vois que tu y as déjà pensé."
"Je complique sans doute plus les choses que je ne le devrais."
"Tu es dans une situation différente de celle de la plupart des capitaines qui se voient offrir une promotion."
"Ah ?"
"Une décennie t'a été retirée, c'était assez pour changer la vie de n'importe qui. Cela nous a tous affecté. Certains membres d'équipage étaient jeunes et ils ont eu de la chance. Ils sont retournés dans leurs foyers et ont essentiellement retrouvé ce qu'ils avaient quitté. D'autres, comme Tom et B'Elanna, étaient perdus dans leur vie, mais ont trouvé ce qu'ils cherchaient à bord du Voyager. Pour quelques personnes comme toi et moi, le temps était toujours le principal facteur dans notre vie et cela nous a empêchés de réaliser certains buts de notre vie. Nous avons perdu neuf ans à lutter pour rentrer chez nous... Maintenant, nous essayons tous de rattraper tout ce que nous avons perdu. Ce n'est pas facile... Et ce n'est pas une décision facile pour toi. Je le comprends." Janeway sourit. "Fais simplement confiance à ce qui se trouve dans ton coeur. Laisse-le te guider, Catherine."
Elle sourit et reposa sa main sur celle de Chakotay. Elle commençait à lui répondre, mais fut interrompue par la sonnerie d'un terminal, à côté d'eux. Chakotay la regarda et elle lui fit signe d'aller voir quel était le message. Traversant la pièce, il s'assit derrière le bureau et ouvrit le message.
"Qu'y a-t-il ?" demanda Catherine en le voyant froncer les sourcils.
"Ce sont des ordres de Starfleet." Ses yeux s'élargirent et il leva la tête du terminal pour la regarder dans les yeux. "Ce sont les Borgs."
Elle eut le souffle coupé par la surprise et se leva pour le rejoindre au bureau. "En dehors de l'Espace de la Fédération... Appel de détresse..."
"Tu penses que c'est...?"
Elle hocha la tête. "J'ai un mauvais pressentiment. Il se pourrait que ce soit... Attends une minute."
"Quoi ?"
"Voici tes ordres."
"Oui."
Elle se pencha par-dessus son épaule et parcourut le document. "Rien pour moi."
"Ils ne t'ont peut-être pas encore envoyé tes ordres."
"Ils n'enverraient pas les ordres à l'équipage avant ceux de l'Officier de Commandement." Ils se tournèrent pour se regarder dans les yeux. "Starfleet ne m'enverra pas d'ordres."
Elle reporta son attention sur les ordres inscrits à l'écran et son regard se fit plus déterminé que jamais. Il était temps qu'elle choisisse.
 
***
 
Une invasion. Voilà ce que c'était. La puanteur âcre causée par les tirs d'armes et les débris brûlants accablaient l'air frais qui régnait encore une heure avant. Des beuglements et des cris assourdissants résonnaient dans l'air quand les sens rehaussés des citoyens les avertissaient de fuir pour leur sécurité en réalisant que leur défense était complètement inopérante.
Des centaines de drones Borgs envahissaient les cités. Impitoyablement, chacun des êtres biomécaniques marchait au pas, progressant dans leur monde dans toutes les directions, confiants en leurs grands pas et leurs manières.
Un jeune alien, comme beaucoup d'autres, courait dans la forêt pour essayer d'échapper à ses poursuivants. Il courait, son corps jeune quasiment drainé de toute énergie.
Commandées par son esprit, ses jambes lourdes le forcèrent à accélérer l'allure. Il ne voulait plus continuer de jouer ce jeu. Il n'avait jamais voulu jouer à ce jeu.
Il atteignit une clairière proche d'une falaise. Des arbustes verts, des rochers, des cailloux et des précipices l'entouraient. Et pour la première fois depuis plusieurs heures, aucun être aux plaques de métal n'était en vue. Il n'entendait plus non plus le son terrible de leurs pas monotones et cadencés. Il n'entendait plus rien d'autre que le vent soufflant doucement et les chants des oiseaux de la forêt dans le lointain.
Il s'arrêta, haletant légèrement, reprenant son souffle et savourant ce précieux moment de paix. Le moment disparut néanmoins très vite quand il entendit de nouveau les sons de leur pas.
Comment ? Pensa-t-il, frustré. Comment étaient-ils capables de le suivre ainsi sans relâche. Combien étaient-ils donc ?
Il prit une longue inspiration avant de se remettre en route à courir. C'était la seule chose à faire, et c'était sans espoir. Il en distançait un, mais un autre se mettait alors à le poursuivre. Quoi qu'il fasse, quel que soit le nombre de fois où il faisait demi-tour ou changeait de direction, il en rencontrait toujours un autre. Il n'avait jamais rencontré aucun être, aucune race aussi féroce qu'eux.
Bouillant d'une rage interne, il se calma en focalisant sa force et sa détermination pour échapper à ces êtres. Il contourna rapidement un autre groupe d'arbres et se retrouva face à face avec trois autres drones Borgs.
Il se figea d'horreur et battit en retraite, mais en tournant les talons, il vit deux autres drones s'approchant de lui par derrière.
Piégé.
Ils se rapprochèrent de lui pendant qu'il fouillait frénétiquement les alentours du regard pour trouver une voie pour s'échapper. Il n'entendait plus les cris d'agonie venant de la ville proche. Le seul son désormais dans ce silence pesant était les mouvements mécaniques rythmés des drones se rapprochant de lui et son propre souffle lourd.
D'un mouvement rapide, l'un des Borgs le saisit et deux tubulures se plantèrent dans son cou. Il cria à l'agonie quand les tubulures traversèrent sa chair et que les nanosondes commencèrent de s'écouler dans son système sanguin, s'imposant dans le fluide pourpre de ses veines. Il tomba à genoux pendant que son corps commençait à changer petit à petit. Il leva les mains à son visage en sentant les nanosondes se propager sous sa peau.
Sans avertissement, toute pensée individualiste disparut. Piégé comme un prisonnier dans son propre corps, il commença à suivre les ordres d'une seule personne qui contrôlait le Constructif. Comme tant d'autres avant lui capturés par la force, il obéissait à chacun des commandements donnés par Ankin Rotor.
 
***
 
"Nous avons détecté une recrudescence des activités Borgs durant les dernières quarante-huit heures", expliqua l'Amiral Ross devant les officiers du Voyager-A rassemblés dans une salle de conférence des quartiers généraux de Starfleet. "La situation est bien plus sérieuse que nous ne l'avions anticipée." Il se leva de son siège, alla jusqu'à la console murale et appuya sur quelques contrôles pour afficher une carte du quadrant.
"Voici les lieux des attaques rapportées", fit-il en indiquant les nombreux points rouges sur la carte. "Nous ne pouvons qu'imaginer qu'il s'agit du travail du Constructif Borg. Nous vous envoyons pour enquêter sur la première attaque, survenue dans le système de Ketral."
Tandis que Ross continuait d'informer l'équipage, le Capitaine Janeway restait debout discrètement dans le fond de la salle. Elle balaya tristement du regard les gens, emplie d'un sentiment de non-importance. Tous, son équipage, ses amis, sa famille, étaient assis ici, informés de ce qu'ils allaient faire, et elle restait là, debout seule dans le fond de la pièce. Les regards innocents occasionnels que Chakotay jetait dans sa direction ne faisaient rien pour arranger les choses, mais augmentaient au contraire son sentiment d'isolement. Et par-dessus tout, elle était venue sans y être invitée.
Elle reporta son attention sur la réunion au moment où le Capitaine Iversen, son remplacement, prenait la parole. "Savons-nous pourquoi ils font cela ?"
"Nous n'avons toujours pas de confirmation qu'il s'agit bien du Constructif", répondit Ross. "Et nous ne pouvons qu'imaginer les motivations qui le font attaquer ces cibles. La plupart sont des civilisations pré-distorsion, ce qui est inhabituel chez les Borgs."
"Ce ne sont pas des Borgs." Tous les regards se tournèrent vers le Capitaine Janeway. "Du moins, ce ne sont plus les Borgs que nous avons connus", ajouta-t-elle.
"Ils n'essayent pas d'assimiler de technologie ?" demanda Iversen, sceptique.
"Rotor est persuadé que son destin est de mettre un terme à toute vie dans la galaxie."
Iversen leva un sourcil dans ce qui aurait pu être pris pour une expression d'incrédulité. Janeway et lui se regardèrent dans le blanc des yeux et se fixèrent pendant un moment, jusqu'à ce que Chakotay intervienne.
"Savons-nous où ils sont actuellement ?"
Ross se retourna vers l'écran. Avec précaution, ses doigts effleurèrent quelques touches tactiles de la console. Une nouvelle carte fut activée qui faisait apparaître la progression de leurs attaques et leur projection de trajectoire à venir. Il pointa une ligne à trois centimètres de la ligne de frontière du territoire de la Fédération. "Nous pensons qu'ils sont ici, à environ cent années-lumière de l'Espace de la Fédération. C'est beaucoup trop proche pour que nous soyons en sécurité." Il se retourna et fixa des yeux l'équipage. "Je réalise que j'ai interrompu vos permissions sans préavis, mais cette situation est très sérieuse et nous avons besoin de vous rappeler tous. La sécurité de la Fédération entière pourrait bien être en jeu."
Beaucoup dans l'équipage hochèrent la tête en signe d'accord. Il continua. "Vous partirez dès que le Voyager sera prêt. Nous avons toute confiance en vous et savons que vous ferez de votre mieux pour aller jusqu'au bout de votre mission. Vous pouvez disposer."
Tandis que l'équipage commencer à sortir de la pièce, Ross appela. "Capitaine Janeway. Pourriez-vous rester un moment ?"
"C'était mon intention, Amiral", répondit-elle d'un ton neutre en dépassant la foule en direction du devant de la pièce.
Ross attendit que le reste de l'équipage soit sorti avant de commencer à parler. "Je m'excuse pour ne pas vous avoir informé de tout ceci. Tout est arrivé si vite. J'ai affecté Iversen à votre poste dans l'espoir que vous travailleriez ici sur Terre comme amirale.
"Je m'en doutais bien."
"Avez-vous pris votre décision ?"
Elle le regarda dans les yeux avec détermination. "Oui, je l'ai prise."
 
***
 
La passerelle de l'U.S.S. Voyager-A était calme et paisible avant son lancement. Le calme avant la tempête.
Harry Kim se tenait comme à son habitude devant sa station des Opérations. Il effectuait et recommençait sans cesse des analyses, vérifiant que tout était en ordre à bord. Tuvok, de l'autre côté de la passerelle, en faisant autant sur sa console. Tom était assis à sa place habituelle à la navigation et Chakotay était dans son fauteuil de commandement.
"Que savez-vous du Capitaine Iversen ?" demanda Tom en faisant pivoter son siège pour faire face au centre de la passerelle.
"Pas grand chose", répondit Chakotay tout en effectuant une vérification générale des systèmes depuis la console centrale de commandement.
"J'ai consulté son dossier de Starfleet", continua Tom. Il n'a pratiquement aucune expérience contre les Borgs."
"Je suis sûr que Starfleet a choisi le Capitaine Iversen pour remplacer le Capitaine Janeway pour d'excellentes raisons", intervint Tuvok.
"Allons, Tuvok. Pensez-vous réellement qu'il puisse même s'approcher du Capitaine ?" demanda Harry.
"Ca suffit", fit Chakotay. "Starfleet l'a affecté à ce commandement et j'attends de vous que vous le traitiez avec tout le respect dû à un officier de commandement. Est-ce clair ?"
"Oui, Monsieur", répondit Harry.
"Oui, Monsieur", répéta Tom.
Quelques secondes plus tard, ils entendirent le bruissement des portes de l'ascenseur qui commençaient à s'ouvrir, brisant le lourd silence de la passerelle.
"Capitaine sur la passerelle", annonça Tuvok. Tout le monde se leva et se mit au garde à vous en salut de leur nouveau capitaine.
Mais à la place de la grande stature masculine du Capitaine Iversen, c'est la même personne qui avait passé d'innombrables fois ces portes pour prendre le commandement du vaisseau qui entra sur le pont. Elle leur adressa à tous un large sourire et ils lui rendirent la pareille.
Fermement et vaillamment, Catherine Janeway traversa la section supérieure de la passerelle et descendit jusqu'à son fauteuil de capitaine. Ses yeux balayèrent les quatre coins de la pièce en s'arrêtant sur chacun d'entre eux.
"Ca n'aurait pas été la même chose sans vous, Capitaine", lança Tom avec un large sourire depuis la navigation.
"Vous ne pensiez quand même pas que j'allai vous laisser repartir sans moi, n'est-ce pas, Monsieur Paris ?"
"Je ne sais pas", répondit-il. "Ces insignes ont dû être une sacrée tentation."
Elle tourna la tête vers Chakotay et le regarda dans les yeux. "Je ne suis pas encore prête à lâcher ce poste."
Elle refit face à l'avant de la passerelle. "Et bien, qu'attendons-nous ? Nous avons un Constructif Borg à stopper." Chakotay et elle s'installèrent simultanément dans leurs fauteuils.
"Monsieur Paris", fit-elle en croisant les jambes, les bras posés sur ses accoudoirs. "En route."
 
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Ecrit par: Julia et Tania
version française: Laurent
Producteurs: SaRa, MaquisKat et Coral
Remerciements aux différents correcteurs: Kira (version originale), Pascal et Catherine (version française) .

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