Star Trek Voyager
Saison Virtuelle 9
9.23 Terre Neuve, Terre Ferme
Dernière mise à jour :17 octobre 2003
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9.23 couverture 'Terre Neuve, Terre Ferme'
NOUVEAU: Couverture en français
Episode 9.23 - TERRE NEUVE, TERRE FERME
Par: Barbara Watson (samzmom@aol.com)
Version française: Laurent (stvoyager@free.fr)

Note: Star Trek: Voyager, personnages et autres produits dérivés sont des marques déposées de Paramount Pictures. Aucune infraction aux droits d'auteurs de Paramount voulue. La Saison 8 virtuelle de Voyager (Voyager Virtual Season 8, VS8) est une entreprise à but non lucrative. L'histoire est propriété de son auteur. Pas de reproduction sans sa permission.

"Catherine et Chakotay réfléchissent à leur avenir en se remémorant leur passé, tandis que Tom et B'Elanna prennent la route pour des vacances familiales d'enfer."
 
"J'espère que tu vas me dire oŁ nous allons."
Chakotay sourit, mais ne se retourna pas pour la regarder. C'était la quatrième fois qu'elle demandait cela depuis qu'ils avaient quitté le Voyager. Et jusque-là, il refusait de lui répondre. Au lieu de cela, il fit une légère correction de la trajectoire de l'Astérix et éteignit les détecteurs du yacht. Il avait déjà donné à Catherine la plus grosse indication qu'il ait pu imaginer sans aller jusqu'à lui dire. Bien sûr, un seul coup d'oeil aux senseurs et elle aurait immédiatement compris son plan. "Ce ne serait plus une surprise dans ce cas là, hein ?" Il n'avait pas besoin de voir son visage pour savoir qu'elle le regardait mi-sourire, mi-grimace.
"Je pourrais t'ordonner de me le dire", le menaça-t-elle.
Elle semblait presque sérieuse. "Et si je désobéissait à ton ordre ?" demanda-t-il. "Tu me traînerais en cour martiale ? Ou bien tu me confinerais juste dans mes quartiers ?"
Son ricanement la trahit, mais il ne se retourna toujours pas pour la regarder quand elle lui répondit. "Confiné dans tes quartiers, assurément. Bien sûr, je sais que tu as probablement encore quelques tours de Maquis dans tes manches. Alors il faudrait que je fasse bien attention à la garde de sécurité que je choisirais, juste pour être certaine que tu ne t'échappes pas." Sa voix avait pris un ton théâtral, mais quelque part, il la suspectait d'être en partie sérieuse. "En fait, je pourrais insister pour faire le boulot moi-même. Prérogative du Capitaine, tu me connais..."
Elle n'avait pas arrêté de faire des allers et retour sur le plancher du pont derrière lui, mais maintenant, devant la fermeté de sa résolution à garder le secret, Catherine le rejoignit pour poser une main sur son épaule et la glisser le long de sa veste. Chakotay réalisa qu'elle venait de changer de tactique. Elle passait de l'intimidation à la distraction. Mais il avait anticipé sa petite manoeuvre. En fait, il était même un peu surpris qu'elle ait mis autant de temps. "Bien essayé", fit-il en retirant délicatement ses doigts de sa veste. "Mais je pilote en manuel. Je ne pouvais pas risquer que tu jettes un coup d'oeil aux instruments de navigation, tu comprends ?"
Elle grogna légèrement, une réaction qu'il la suspectait d'avoir hérité de B'Elanna, avant de surgir de derrière lui pour s'affaler dans le siège du copilote. "Tu sais, ma patience n'a jamais été mon fort", dit-elle honnêtement. "Alors quand est-ce que ce mystère va finir ? Quand pourrai-je enfin découvrir oŁ tu m'enlèves ?"
Il céda finalement à la tentation et la regarda dans les yeux, quelque chose qu'il avait résisté de faire pendant les deux premières heures du voyage. Il avait trop peur qu'elle ne soit capable de lire la réponse sur son visage. C'était leurs premières vraies vacances ensemble en tant que couple. Il voulait que cela soit spécial, surtout après l'enfer dont ils venaient juste de sortir. "Peux-tu encore soutenir encore trente minutes de suspense ?" demanda-t-il machiavéliquement. "Ou devrai-je sortir la trousse de premier secours pour t'endormir le reste du voyage ?"
Elle sourit. "Tu sais, ces petites 'vacances' sont sensées me détendre. Et pour l'instant, je n'ai pas tellement l'impression que ce but puisse être atteint."
La culpabilité. De toutes les armes de son arsenal, elle avait ressorti celle qu'il avait le plus de mal à ignorer. Pourtant, ils n'étaient plus qu'à une demi-heure de leur destination. "Je vais chercher la trousse", dit-il aussi sérieusement que possible en faisant mine de se lever de la console. "Peut-être que si tu dors le reste du voyage..."
Catherine roula des yeux et le retint dans son siège. "Oh, d'accord", dit-elle l'air abattu. "Je peux attendre trente minutes. Mais pas une minute de plus !"
Chakotay sourit et secoua la tête. "Tu détestes vraiment les surprises, n'est-ce pas ?"
Elle soupira fortement. Il voyait qu'elle réfléchissait sérieusement à la question. "Disons juste que j'aime savoir oŁ je vais."
Il sourit en lui-même, se souvenant de leur premier voyage dans le Quadrant Delta et de sa préoccupation unique. Retourner sur Terre, qu'importe les Borgs ou le déluge. Insister pour savoir oŁ l'Amirale Janeway les conduisait avant d'entrer dans le couloir de transdistorsion qui les y avait finalement ramenés. Ou encore sa colère d'être écartée des négociations avec les Vidiiens. Tout cela, et sa présente agitation, montrait à quel point Catherine Janeway était une femme qui aimait avoir le contrôle de sa destinée. L'ultime question était de savoir si elle accepterait finalement de lâcher une partie de ce contrôle, de son 'commandement', en faveur d'une association égal à égal ?
Dans un sens, c'était ce que leurs petites vacances allait pouvoir démontrer. "Et bien", dit-il finalement, sachant que cela ne la satisferait pas de toute façon. "J'ai l'impression que tu devras te contenter de me faire confiance."
Une étrange expression traversa son visage, mais disparut avant qu'il puisse l'identifier. "Te faire confiance", dit-elle flatteusement, plus une affirmation qu'une question. Pendant un instant, il se demanda à quoi elle pensait. Son expression changea à nouveau. Cette fois, son sourire était forcé. "Bien sûr que je te fais confiance. Du moins pendant les vingt-huit prochaines minutes. Ensuite, tu me diras oŁ nous nous dirigeons ou bien je serai forcé de fomenter une mutinerie à bord de mon propre yacht." Elle souriait, mais il voyait bien qu'elle lui cachait une nouvelle ruse.
OŁ nous nous dirigeons. Des paroles choisies avec soin. En poussant du bout des doigts l'accélérateur de l'Astérix, Chakotay réalisa qu'il était autant intéressé par la réponse à cette question que la jeune femme à ses côtés.
 
***
 
"Ce sera amusant, fais-moi confiance !"
B'Elanna roula des yeux et soupira bruyamment. "C'est ce que tu disais à propos du Capitaine Proton", fit-elle pour taquiner son mari. "Et pourtant, tout ce que j'ai jamais eu à y faire était crier comme une idiote et attendre qu'on me délivre."
Tom leva la tête de sous sa Mustang 1969, une longue balafre de graisse lui barrant la joue là oŁ il s'était frotté. "Tu m'en voudras toujours pour ça, n'est-ce pas ?" fit-il, un sourire d'excuse aux lèvres. "Pourtant, tu aurais fait une merveilleuse Constance Goodheart."
B'Elanna lui tendit une clé en répondant. "Tu voulais uniquement me voir attachée à ce poteau dans ce costume minuscule et ridicule", blagua-t-elle.
Tom laissa de côté une minute le réglage du carburateur et leva la tête vers elle. Sa bonne humeur avait soudainement disparu et une expression presque triste s'affichait sur son visage. B'Elanna se demanda ce qu'elle avait dit pour provoquer une telle volte-face. "Pas exactement", marmonna-t-il. "A cette époque-là, j'aurais fait n'importe quoi pour déclencher une réaction de ta part, même si j'avais dû te rendre folle de rage." Puis il sourit et reprit son travail.
Cela faisait plus de cinq ans. B'Elanna n'avait pas tellement repensé à ces jours difficiles dans le Quadrant Delta. Des jours oŁ elle se demandait si elle pouvait encore ressentir quelque chose, que ce soit de l'amitié pour Chakotay, de la fierté pour son travail, ou même de l'amour pour Tom. Seulement, cela avait été plus que des jours. Pendant des mois après avoir appris que sa famille du Maquis avait été vaincue et tuée, elle était restée dans un vortex de dépression et d'apathie. Elle se fichait de tout. Elle ne ressentait plus rien. Et la première personne qu'elle avait rembarrée avait été l'homme avec lequel elle avait la relation la plus profonde. Si tous ceux qu'elle aimait partaient ou mouraient, alors elle ne voulait plus aimer qui que ce soit. Si tout ce qu'elle pouvait ressentir était de la douleur, alors elle s'arrêterait simplement de ressentir quoi que ce soit.
Et en considérant comme il aimait les divertissements américains du vingtième siècle, ce n'était probablement pas une coïncidence si Tom avait passé tant de temps à ce moment-là enfermé dans le labo holodeck du Voyager originel à se créer un alter ego héros. Les batailles du Capitaine Proton étaient simples et facilement gagnées contre un méchant de bandes dessinées qui ne faisait pas le poids contre notre brave héros. Si Tom Paris avait eu si peu de pouvoir sur la maladie de sa petite amie, Proton aurait quant à lui été capable de secourir la damoiselle en détresse et sauver le monde. A cette époque, tout cela avait semblé si ridicule. Aujourd'hui, avec un peu de réflexion et de recul, B'Elanna réalisait que tout était parfaitement sensé.
Debout ici cinq ans plus tard dans le même garage de la maison de plage qu'ils avaient louée le long de la côte pacifique, elle regardait Tom et se demandait pour la millionième fois pourquoi il était resté avec elle en ce temps-là. Pourquoi il s'était acharné, même quand elle avait fait tout ce qu'elle avait pu pour le repousser.
Il sembla ressentir sa baisse d'humeur et lui lança un regard du coin de l'oeil. "Tu sais, si tu as changé d'avis et que tu veux mettre ce costume minuscule et ridicule, je serai heureux de t'en répliquer un nouveau."
Elle lui jeta un chiffon plein d'huile à la figure. "Jamais de la vie", répondit-elle impassiblement. "De plus, je pense que ta secrétaire en pince pour Buster Kincaid. Et Seven est probablement mieux adaptée à ce genre de costume que moi."
Tom jeta sa clé dans la boîte à outils et entoura la taille de B'Elanna de ses mains sales. "Pour être honnête avec toi, je n'ai jamais voulu que tu joues le rôle de Constance. En fait, j'avais créé un autre personnage juste pour toi... Seulement, je ne pense pas que tu aurais voulu le jouer."
B'Elanna était désormais intriguée. "Ah, vraiment ?" fit-elle, essayant d'imaginer. "Laisse-moi deviner. Médusia, l'exotique charmeuse de serpents à la coiffure de si mauvais goût. Ou Tarzania, la princesse du peuple des singes..."
Tom éclata de rire et l'embrassa sur le front. "Pas exactement", dit-il avant de rester silencieux un moment à la fixer dans les yeux en souriant. "Même Harry ne sait rien de cela, mais le Capitaine Proton avait en fait une petite amie... Lanna L'Amour, la plus belle robote de l'espace de toute la Patrouille de surveillance."
"Une petite amie, hein ?" demanda B'Elanna, souriant en se demandant s'il n'était pas juste en train d'inventer tout cela pour lui faire oublier qu'il avait un jour demandé à Seven de tenir le rôle de la secrétaire charnue de Proton.
"Et bien, à cette époque, elle était sa petite amie", répondit-il, une étincelle visible dans ses yeux. "Finalement, après avoir vaincu Chaotica et été décoré par le Président de la Terre, Proton a réussi à convaincre Lanna de se marier avec lui. Je me suis laissé dire qu'ils élevaient une petite défenseuse de la galaxie, maintenant... Mignonne comme un bouton et ressemblant comme deux gouttes d'eau à sa mère." Il se pencha et donna à B'Elanna un autre baiser.
"Laisse-moi devenir encore. Et ils vécurent heureux là-bas très longtemps ?" demanda-t-elle, souriant en se souvenant d'une autre époque oŁ elle entendait ces mots.
"C'est ce qu'on m'a dit", dit Tom en souriant. "Mais seulement après que Lanna ait accepté de prendre des vacances avec Proton dans sa Mustang décapotable."
B'Elanna sourit et secoua la tête. "Comment un héros de film des années 1930 peut-il conduire une voiture des années 1960 ?" demanda-t-elle.
"C'est simple", répondit Tom. "Il vivait dans le futur."
Pure logique de culture pop. Typique de son éternel adolescent de mari. "Touché. Pourtant, je ne pense pas exactement que ce soit ce que Starfleet avait en tête quand ils nous ont ordonné de prendre ce petit congé", contra-t-elle. "Même si je ne suis pas du tout sûre de savoir ce qu'ils imaginaient..."
Tom grogna et laissa ses mains glisser pour trouver les siennes. "Je pense qu'ils croyaient que ce serait une bonne idée qu'une femme ayant été torturée par les Vidiiens en présence de son gentil petit mari sur-protecteur, qui avait tout vu, soit à l'autre bout de la galaxie pendant qu'ils décidaient de faire amis amis avec eux."
"Je vois ce que tu veux dire", fit-elle en secouant la tête. Et elle savait que Tom avait raison. S'ils avaient été sur le Voyager, elle aurait bouilli, objectant contre un traité de la Fédération avec ces barbares à grand bruit à quiconque aurait voulu l'entendre. Mais ici, sur une petite route poussiéreuse à l'écart de l'océan pacifique, à regarder l'homme qu'elle aimait vivre l'une de ses nombreuses fantaisies d'adolescent, ici, elle n'arrivait pas à faire montre d'indignation. De plus, réalisa-t-elle, quel bien cela lui ferait-il ?
"Ecoute", fit-elle. "C'est la première fois que nous pouvons passer trois semaines de repos ensemble sans que personne ne se soucie de savoir oŁ nous sommes ni ce que nous faisons. Et tu veux passer notre dernière semaine de vacances..."
Il s'anima soudainement, les yeux brillants. "Profiter d'une grande aventure familiale à l'ancienne !" Il balaya l'air d'un bras comme s'il voulait illustrer ce dont il parlait. "Tout seuls ensemble sans personne autour à des kilomètres. Sentir le vent dans nos cheveux sur la route, la capote abaissée. S'arrêter chez 'Dîner gras' pour le petit-déjeuner. Dormir dans des motels juste à côté de l'autoroute... Peut-être même voir un film dans un cinéma de plein air pour voiture en chemin..."
"Hola", l'interrompit-elle. "A moins que tu n'aies en tête un petit voyage temporel ou une visite dans la plus proche suite holographique..."
"Pas exactement", rétorqua-t-il, plongeant la main dans la poche arrière de son bleu de travail pour en extraire un bout de papier en lambeaux, une sorte de livret ou de brochure. Il hésita une seconde puis le lui tendit.
"'Embarquez-vous...'" Elle s'arrêta et leva la tête vers Tom avant de lire la suite de la phrase. "...'pour la Route 66.' Je ne comprends pas."
"C'était la première grande autoroute américaine connectant Chicago avec la Californie. Dans les années 1950 et 60, elle symbolisait l'esprit de liberté et d'initiative qu'on ne pouvait appréhender qu'en parcourant le pays en voiture. Ils en avaient même fait un programme télévisé..."
"Ah, d'accord, ça explique tout", murmura B'Elanna dans son coin. "Au cas oŁ tu l'aurais oublié, Capitaine Proton, tout cela appartient au passé, pas au futur. C'était il y a plus de quatre cents ans."
Tom lui reprit le bout de papier des mains et lui montra la date. 2370. "En fait, c'était il y a dix ans. J'en avais entendu parler par l'un des gardes du pénitencier à Auckland. Ses parents étaient des fanatiques de l'histoire terrienne et avaient repris un motel restauré en Arizona. Apparemment, ils font partie d'un projet appelé 'Vieille Terre.' Ils remettent en état des sites historiques partout sur la planète. Je lui avais parlé de Chez Sandrine, en fait, en pensant qu'elle pourrait peut-être en profiter. Enfin bref, il m'avait donné cette brochure. A cette époque, je pensais y aller faire un tour quand je serais sorti de prison. Bien sûr, c'était avant que je ne me retrouve dans le Quadrant Delta à aider le Capitaine à vous courir après, Chakotay et toi..."
Il la baratinait, maintenant. C'était ce qu'il faisait toujours quand il essayait de la convaincre de faire quelque chose qu'elle ne voulait pas. "Alors tu veux nous emmener faire toute la route en voiture jusqu'à Chicago ? Mais cela prendrait..."
"Plus de temps que nous n'en avons. Non, je pensais que nous pourrions rouler ces deux prochains jours d'ici jusqu'en Arizona puis filer à travers le désert pour montrer le Grand Canyon à Miral. C'est une des merveilles naturelles de la planète, tu sais. Nous passerions un jour ou deux là-bas pour le voir, et nous reviendrions."
"Tom, c'est un grand trou dans le sol. Il n'y a rien à y voir ! De plus, Miral ne s'en souviendra même pas. Elle n'a même pas encore deux ans !"
"Nous nous en souviendrons", répondit-il avec empressement. Et une fois là-bas, nous prendrons des photos pour lui montrer quand elle sera plus grande. De plus, qui sait quand nous aurons à nouveau une occasion comme celle-là. Presque toute une semaine seuls tous ensemble en famille, avec tous ceux qui pourraient vouloir nous interrompre en route pour l'autre côté de la galaxie !"
Pourquoi s'embarque-t-il toujours dans des plans si ridicules, se demanda-t-elle. Il avait visiblement planifié ces vacances pendant des jours, passant tout son temps libre à faire fonctionner cette voiture, attendant simplement le bon moment pour lui révéler son idée. Et pourquoi semble-t-il presque toujours aimer les choses qu'elle trouvait absolument sans intérêt ? Sauf que cette fois-ci... Et bien, de la façon dont Tom le décrivait, le voyage avait presque l'air... excitant.
"D'accord", acquiesça-t-elle, soupirant bruyamment pour le sortir de son air misérable. Sa décision d'abandonner sembla prendre Tom par surprise et il enroula son bras autour de sa taille en l'attirant tout contre lui. Cela permit à B'Elanna d'ajouter subrepticement une toute petite exigence supplémentaire à son accord. "Mais à une condition. Tu me laisses conduire une partie du voyage."
Tom ne montrait pas facilement sa peur, mais elle vit sa pomme d'Adam faire un aller-retour quand il déglutit avec difficulté. "Je ne suis pas certain que ce soit une excellente idée", fit-il avec hésitation. "Ces routes ont plus de quatre cents ans et le terrain peut être plutôt traître."
"J'ai déjà conduit", lui rappela-t-elle.
"C'était dans le holodeck", lui signala-t-il. "Il n'y aura aucune mesure de sécurité pour nous empêcher de nous faire mal si tu nous fais rentrer dans un étal de tacos."
B'Elanna poussa Tom à la poitrine juste assez fort pour enlever son bras de sa taille. "C'était Harry, et tu le sais parfaitement. Mais c'est à toi de décider. Trois jours sur la route 99..."
"66", la corrigea-t-il. "C'est la route 66."
"Qu'importe", fit-elle en essayant de le faire revenir sur le sujet. "Si je ne conduis pas, je n'y vais pas."
"D'accord", céda-t-il finalement. "Mais tu prendras les lignes droites du désert. Je m'occuperai des virages de montagne."
"C'est toi le pilote", le taquina-t-elle. "Je serai ton assistante de confiance, ta 'robote de l'espace' et la mère de ta petite 'défenseuse de l'Univers'."
"Galaxie. Et ne dit jamais rien à Harry de cette histoire d'assistante", fit-il également sur un ton moqueur. "Je ne voudrais pas le rendre jaloux."
"Ce sera notre petit secret", murmura-t-elle. Elle vit le regard d'excitation lentement grandir dans les yeux de Tom tandis qu'il réalisait qu'il avait finalement gagné. Leurs premières vraies vacances ensemble en famille, et ils allaient les passer...
...Enfermés dans une toute petite voiture de sport à conduire pendant des jours entre deux endroits qu'ils auraient pu tout aussi bien joindre par téléportation en à peine dix secondes. Non pas que cela la gêne vraiment. Miral avait adoré leurs balades sur la plage, installée en sécurité dans son siège auto pas si réglementaire que cela. Et B'Elanna était en fait impatiente de prouver à son mari occasionnellement paternaliste qu'elle aurait très bien pu conduire en rond autour d'Harry Kim, s'il lui en avait seulement laissé la chance. De plus, ce sourire sur le visage de Tom valait toutes les crampes aux jambes et les cheveux ébouriffés du monde.
"Dans ce cas", fit Tom, en déverrouillant la tige métallique et en claquant la capote d'un coup sec dans son logement, "nous ferions mieux de commencer à faire nos bagages !"
En le regardant se retourner pour aller éteindre les lumières du garage, B'Elanna s'arrêta une minute. Elle repensait à la banalité à faire peur dont s'était déroulée leur dernière semaine. Jouer dans le sable avec Miral, faire l'amour sur la terrasse qui surplombait l'océan, accueillir occasionnellement les anciens amis de Tom qui se rappelaient au bon souvenir du fils prodigue de la famille Paris. Tout avait été si calme et décontractant... Et tellement sans intérêt. Aucun d'eux deux n'avait l'habitude d'une vie planétaire, surtout avec leur statut de citoyens respectables et célèbres. Et si ce moment sur la Terre avait été une rupture bienvenue d'avec leurs éternels compagnons des neuf dernières années, B'Elanna savait qu'ils commençaient tous les deux à tourner en rond. Ils avaient besoin de mouvement...
Alors, pendant que leurs camarades étaient au loin en train de pactiser avec le Diable Vidiien, la famille Paris-Torres filerait dans une décapotable vers le Grand Canyon sur l'une des plus célèbres routes historiques de l'Amérique du Nord. B'Elanna réalisa juste alors qu'elle était presque aussi impatiente que Tom. Et même si ce n'était pas exactement des vacances familiales typiques, du moins pour une famille vivant au vingt-quatrième siècle, en tout cas celui leur convenait. A tous les deux.
 
***
 
La patience de Catherine devenait aussi fine qu'un bouillon de légumes de Neelix au fur et à mesure qu'elle regardait le chronomètre du yacht. Déjà vingt-six minutes de passées. Elle était sur le point d'avertir Chakotay que son temps était presque écoulé quand elle s'aperçut qu'il évoluait dans un système aux allures très familières. Elle regarda plus en détail à l'extérieur par la baie. Sur le côté gauche de leur navette, une étoile naine jaune qui devenait de plus en plus brillante au fur et à mesure qu'ils s'en approchaient. Elle fouillait dans son esprit l'élément de connexion qu'elle se savait sur le point de retrouver.
Chakotay avait ralenti le yacht en distorsion deux et avait rebranché les détecteurs du pilote automatique. Elle savait qu'ils allaient en avoir besoin pour la trajectoire d'approche. Elle se réinstalla dans son siège juste assez prêt pour continuer d'avoir un oeil sur sa console. Un système de sept planètes. Sept planètes et une naine jaune. Ils avaient bien dû rencontrer une dizaine de systèmes semblables durant leur première année dans le Quadrant Delta, mais celui-ci devait avoir quelque chose de spécial et d'unique.
'Ca y est'. Même si elle continuait de le regarder entrer la trajectoire vers la troisième planète du système, Catherine avait sa réponse et n'avait plus besoin de lui demander oŁ ils se dirigeaient. Elle avait rassemblé toutes les pièces essentielles du puzzle et se demandait même maintenant pourquoi elle avait mis si longtemps à trouver la réponse. Bien sûr, c'était forcément là que Chakotay l'emmènerait.
Pas sur Terre, du moins pas exactement. Mais sur une planète qu'ils avaient baptisée 'Nouvelle Terre', à l'époque oŁ ils pensaient devoir y finir leurs jours ensemble, victimes d'un mal incurable mortel que même la base de données impressionnante de leur Docteur ne pouvait traiter. L'atmosphère de cette planète avait été leur seule protection, et un contact avec les Vidiiens leur unique chance de guérison.
Ils se connaissaient à peine à l'époque. Ils commençaient juste à se faire confiance l'un l'autre autrement que comme Capitaine et Premier Officier, quand ils avaient décidé d'un commun accord de s'isoler sur cette pâle copie de leur foyer. Ils avaient décidé que la garantie de la sauvegarde de leur équipage valait bien une vie d'exil. Aucun d'entre eux n'aurait risqué de contacter de si dangereux et imprédictibles adversaires pour leur propre compte personnel. Même si cela signifiait qu'ils seraient tous deux condamnés pour l'éternité de l'autre côté de la galaxie, loin de leurs vies d'origine et de leurs familles.
Comme il était ironique, pensait Catherine, et heureux, d'avoir finalement trouvé à l'époque que l'entretien d'un jardin ou que la construction de meubles pour leur abri d'urgence était une vie intéressante... Ils en étaient arrivés à se voir comme une famille. Encore plus ironique était le fait que Chakotay et elle reviennent ici alors qu'un autre Voyager, son descendant, mène une mission diplomatique chez les ennemis mortels qui avaient essayé de les tuer mais leur avaient également rendus leurs vraies vies.
Elle était perdue dans ses pensées quand elle sentit soudain le regard de Chakotay sur elle. Quand elle tourna la tête pour le regarder, il souriait, mais d'un air mélancolique. "Tu veux toujours que je te dise oŁ nous allons ?" demanda-t-il doucement.
Elle répondit d'un sourire en essuyant par réflexe la larme qu'elle eut la surprise de sentir couler sur sa joue. "Je ne pensais pas que nous reverrions un jour cet endroit", répondit-elle. "Merci."
Il fit une dernière petite correction de trajectoire et aligna le vaisseau sur le sommet de l'atmosphère qui les plaça en orbite synchrone. "Bienvenue à la maison", dit-il tranquillement en glissant ses mains dans celles de Catherine.
Elle serra ses doigts autour des siens et hocha la tête. "Bienvenue à la maison."
 
***
 
Il fit atterrir l'Astérix dans une plaine à l'herbe grasse, pas très loin de leur ancienne installation. Le yacht du Capitaine du Voyager était plus imposant que la petite navette de type quatre qu'ils avaient parquée en bordure de leur abri. Ils allaient devoir gravir la colline du coucher de soleil et longer le lac pour aller juste chez eux. Bien entendu, ils auraient pu tout simplement s'y téléporter. Mais cela aurait retiré toute la magie et l'excitation du retour. Et ils se sentaient gagnés par l'impatience de remarcher main dans la main sur les terres qu'ils avaient autrefois considérées comme les leurs.
Ils échangèrent leur uniforme avant de sortir contre des vêtements que Chakotay avait répliqués à bord du Voyager. Il avait l'air en partie maquisard, en partie fermier. Elle portait une parfaite réplique de la robe en coton bleue qu'elle adorait porter à l'époque pour jardiner. Chaussures de randonnée pour lui, mocassin de marche pour elle. Une chose cependant ne frappa Chakotay que lorsqu'elle fut habillée et prête à sortir. Ses cheveux. Le petit chapeau qu'elle préférait alors semblait maintenant incongru, et pour la première fois depuis qu'elle les avait fait coupés, il réalisait qu'il regrettait ses cheveux longs.
Catherine était restée silencieuse durant leur descente et l'atterrissage. Chakotay s'était demandé pendant un instant s'il n'avait pas fait une erreur en l'amenant sur la Nouvelle Terre. Dès qu'ils descendirent du vaisseau, cependant, elle commença à parler sans s'arrêter, détaillant chaque changement dans le paysage. Le vieil arbre favori de ses lectures qui s'était abattu, probablement une tempête plasmique saisonnière. Le lit d'un ruisseau qui s'était légèrement décalé vers le sud à cause de l'érosion. Elle était revigorée et excitée, plus scientifique et pionnière que Capitaine de vaisseau stellaire et diplomate. C'était la femme dont il était tombé amoureux la première fois, il y avait tant d'années.
"Nous devons nous préparer", lui dit-elle tandis qu'ils gravissaient la colline. "Il n'y a eu personne pour entretenir notre maison. Nous ne savons pas du tout ce que nous allons retrouver."
Elle sembla être prise par surprise par le rire de Chakotay et se retourna pour lui sourire en retour. "Quoi ?"
Il lui sourit. "Je me souviens comme tu étais devenue folle de rage quand je l'avais appelée comme ça. Notre maison. Je pense que c'était un bon mois avant que tu ne déballes ta dernière malle de vêtements."
Elle hocha la tête et changea de sujet. "Naturellement, l'endroit pourrait bien avoir été colonisé par des primates, maintenant", blagua-t-elle. "Si nos petits amis ont accepté notre invitation à emménager."
Chakotay sourit et se demanda si cela pouvait être vrai. Il eut soudain la vision de leur petit foyer confortable ayant l'allure d'un parc pour babouins dans un zoo de la Fédération. Et, pour un homme qui se faisait fier de sa tolérance et du respect de toutes les formes de vie, deux mots lui vinrent instinctivement à l'esprit pour la première fois depuis qu'ils avaient fait leurs adieux à la Nouvelle Terre presque sept ans auparavant. 'Foutus singes'. Ils avaient toujours eu l'art de se montrer au bon moment pour déranger Catherine dans leurs conversations sérieuses sur leurs sentiments pour l'autre. Ou encore quand il croyait qu'elle allait finalement le laisser l'embrasser.
Personnellement, il ne serait pas mécontent s'il ne revoyait jamais les petits capucins ou leurs descendants.
En parcourant les derniers mètres dans la clairière au sommet de la colline, il devint cependant visible que leur petit abri avait été colonisé. Mais pas par des primates... Par des tomates ! D'épaisses vignes de tomates Talaxiennes recouvraient désormais toute la zone. Elles formaient une varangue naturelle au-dessus de leur maison, enserrant les arbres alentour et couvrant une partie de la clairière. Et les vignes étaient couvertes de jolis fruits rouges et mûrs.
"Et bien", fit-il en riant. "Tu étais plutôt bonne fermière !"
Catherine était visiblement interloquée. Elle se retourna pour le regarder, bouche bée. "J'ai l'impression que mes petites plantations ont survécu." Puis elle lui prit la main et le tira vers elle sur le chemin envahi jusqu'à l'entrée de leur foyer. "Mais je ne comprends pas comment elles ont réussi à sortir de leur terrain. J'avais tellement peur qu'elles n'arrivent pas à prendre racine !"
Il cueillit une tomate de la branche de vigne la plus proche et en mordit un morceau. Elles étaient plus douces que des tomates terrestres et faisaient une délicieuse marinade, du moins quand Neelix résistait à l'envie d'y ajouter un zest de racine de leola. Le goût fit resurgir en lui de merveilleux souvenirs. "Délicieux", fit-il, proposant le reste du fruit à Catherine. "J'imagine que, contrairement à nous, elles n'attirent pas les insectes du coin."
Catherine prit la tomate qu'il lui tendait et sourit. "Ah, dommage pour eux. Neelix a toujours prétendu que les légumes talaxiens avaient des vertus aphrodisiaques..." elle avala la dernière bouchée et suça le jus qui lui coulait sur les doigts. Elle souriait sans retenue. Chakotay était heureux qu'elle se sente si libre. Quand elle n'était pas forcée de tenir le rôle du modèle de Starfleet, Catherine Janeway pouvait être sacrément drôle, grossière et aguicheuse. Et même s'il avait finalement appris à aimer les deux faces de son personnage, il préférait celle-ci, la femme si différente du Capitaine. Elle avait été retenue captive dans un uniforme de Starfleet pendant beaucoup trop longtemps.
Il la regarda essuyer grossièrement ses mains sur sa robe. Elle repoussa de côté les vignes qui bloquaient l'entrée de l'abri. Bien qu'ils aient laissé la porte ouverte quand ils étaient remonté à bord du Voyager sept ans plus tôt, elle était fermée maintenant. Elle attendit qu'il la rejoigne pour la rouvrir.
Les panneaux solaires transparents qui faisaient office de plafond étaient désormais en partie couverts de vignes de tomates. Ils filtraient la lumière du soleil au-dessus d'eux et créaient un étrange réseau d'ombres et de lumière dans la pièce. Pourtant, la zone habitable était éclairée et incroyablement intacte. Il y avait juste une fine couche de poussière sur leurs vieux meubles, comme si la porte s'était refermée juste après leur départ. Quelques toiles argentées constituaient les seules traces de colonisation dans leur foyer abandonné. Les araignées, il pourrait vivre avec.
Ils avaient emporté tout ce qui avait de la valeur avec eux quand ils étaient repartis. Les seules choses qui restaient étaient les meubles, des oeuvres que Chakotay avait créées de ses mains. Il y avait une table et des chaises en bois, terminées la veille de leur départ, leurs lits, y compris la tête de lit qu'il avait sculptée pour Catherine, la base de ce qui aurait dû initialement devenir une poubelle à légumes. Tout était si surnaturellement comme au jour de leur départ qu'il fut saisi momentanément d'une grande émotion. Un étrange sentiment de déjà vu lui donnait l'illusion que peut-être les sept années qui s'étaient écoulées depuis lors n'avaient été qu'un rêve. Il vit à l'expression de Catherine qu'elle ressentait la même chose et il vint derrière elle l'entourer doucement de ses bras pour l'attirer contre lui. En posant son menton contre son cou, il prononça les paroles qu'il savait qui occupaient leur esprit à tous les deux. "Comme ces sept années auraient pu être différentes."
Après un moment, cependant, il la fit se retourner et repoussa un mèche de cheveux de son front. "Maintenant, nous avons le meilleur des deux mondes, tu ne crois pas ?"
Elle sourit tristement et ses yeux s'embuèrent. "Oui", fut tout ce qu'elle réussit à prononcer avant d'avancer la tête pour l'embrasser.
 
***
 
"Valises ?"
"Vérifié."
"Eau minérale ?"
"Vérifié."
"Couches ?"
"Vérifié."
"Sac de peluches ?"
"Singe, Targ, trois bébés et une chose qui ressemble à une vache. Vérifié."
"Cartes ?"
"Vérifié. Mais pourquoi ne me laisses-tu pas prendre un tricordeur et un communicateur..."
Tom leva la tête du coffre de la voiture, bouche ouverte. C'est comme si sa femme avait soudainement suggéré qu'ils partaient en expédition en Arizona à pied. Dans ces moments-là, elle ne le comprenait pas. "Cela dénaturerait complètement l'idée d'essayer de vivre une expérience historique authentique. Une traversée aventureuse du pays à l'ancienne. Tout repose sur la prétention que nous sommes une jeune famille des années 1960 qui découvre l'Amérique par la route..."
Elle n'était pas convaincue. "Je comprends, mais je me sentirais mieux si je savais qu'au cas oŁ il arrivait quoi que ce soit, nous pourrions jute..."
"Que pourrait-il arriver ? Ce n'est pas une mission spatiale, B'Elanna, ce sont des vacances. Je pense que nous pouvons faire mille deux cent kilomètres sans rations de survie ni phaseur de poing." Sa femme était la personne la plus brave qu'il connaisse. Elle s'était même portée volontaire pour se faire assimiler par les Borgs, une fois. Et pourtant, parfois, elle pouvait être une véritable anxieuse. Naturellement, il savait aussi après des années de pratique qu'il arrangerait mieux les choses en la rassurant qu'en la traitant de poule mouillée. "De plus, il y a des boutiques, des restaurants et des aires de repos tout au long de la route. Si nous avons un problème, nous pourrons obtenir de l'aide là-bas."
Elle plissait les yeux de cet air qu'elle prenait quand elle pensait qu'il n'était qu'un parfait idiot. Naturellement, cela voulait aussi dire qu'elle était sur le point de se laisser persuader. Après un moment, alors qu'il savait qu'elle était déjà d'accord, elle se contenta de hausser les épaules. "C'est toi le pilote", dit-elle d'une voix qui conservait cependant plus qu'un petit doute. "Bon alors oŁ en étions-nous de notre liste ?"
Tom baissa les yeux sur la tablette qu'il tenait dans la main et vérifia à l'écran. "Couches, peluches, cartes... oh, je ne pense pas qu'on arrivera à faire rentrer le lit d'enfant là-dedans. Le coffre est trop petit."
B'Elanna sembla à nouveau ennuyée. "Alors retire quelques-uns de tes vêtements. J'ai l'impression que tu a tout emporté à l'exception de ton uniforme."
Il fut sur le point de lui faire remarquer qu'elle avait sous-estimé la gamme de vêtements nécessaires pour une traversée dans les climats très différents qui les attendaient. Mais il réalisa que l'encourager à emporter plus de vêtements ne ferait qu'empirer leur problème de place. La Mustang n'était peut-être pas finalement le meilleur choix. Une Nash 55 familiale leur aurait donné un plus grand coffre. Mais les voitures de sport de marque Ford étaient un plaisir de maniabilité et tenaient mieux les virages dans ces passages de montagne. Et en plus, c'était le gage d'une balade plus sexy. Ce n'était pas parce qu'il était marié et avait un enfant qu'il était fini, après tout. Ce genre de balade était une expérience comme on en vivait une seule fois dans sa vie. S'ils s'embarquaient dans cette sortie, autant que ce soit..."
"Tom ?"
Il releva la tête et vit que sa femme le fixait des yeux, visiblement ennuyée. "Hein ?"
"Tu n'as pas entendu un seul mot de ce que je t'ai dit, n'est-ce pas ?" Ses crêtes frontales formaient des sillons, lui donnant un air renfrogné des plus impressionnants. "Je t'ai demandé d'aller à l'intérieur pour aller chercher le panier de pique-nique et vérifier si nous n'avions rien oublié pendant que j'essaye d'optimiser l'arrangement dans l'unité de stockage. Il doit bien y avoir un moyen de faire rentrer tout cela là-dedans.
Il résista à l'envie de lui répondre que cela s'appelait un coffre ou de lui faire remarquer que les lois de la physique n'allaient certainement pas être plus différentes pour elle que pour lui. Il n'y avait aucune chance qu'ils puissent emmener le lit pliant. Il faudrait juste qu'ils se débrouillent sans. Mais B'Elanna était ingénieur, il ne lui faudrait pas longtemps pour s'en apercevoir toute seule. "Je t'avais entendu", mentit Tom. "J'étais juste en train de réfléchir."
"Alors réfléchis plus vite", rétorqua-t-elle. "Miral va se réveiller de sa sieste d'ici quelques minutes. Je veux que nous nous mettions en route avant qu'elle soit grognon."
"Oui, Madame", fit-il par-dessus son épaule en bondissant dans la maison, obéissant à ce qui était clairement un ordre. Cela ne le gênait pas. Après tout, c'était aussi les vacances de B'Elanna et elle avait accepté cette balade en voiture plutôt rapidement, tout en sachant qu'elle était malade et avait des crampes aux jambes quand elle restait assise trop longtemps. Elle cédait à l'une de ses fantaisies, réfléchit-il. Bien sûr, il lui avait rendu la pareille avec joie à la première occasion... La pensée de ses frivolités avec elle sur la banquette arrière de la Mustang sous le ciel étoilé du désert commença à lui titiller l'esprit.
Il faudrait peut-être qu'ils fassent de la place pour le lit pliant de Miral, après tout...
Il trouva le panier de pique-nique sur le plan de travail de la cuisine et eut une bonne inspiration. Il alla jusqu'au réplicateur, tapa le code de son champagne favori, un Veuve Millot 2369, et déposa la bouteille dans le panier. Puis il fit le tour par la salle à manger, la salle de bains et la chambre à coucher. Mais à part leur fille toujours endormie, il ne voyait rien qu'ils aient pu oublier derrière eux.
Attrapant le panier de pique-nique au retour, Tom se redirigea vers le garage. "C'est bon", dit-il en passant la porte. "Mais je pense vraiment que tu devrais envisager de prendre une veste plus chaude..."
Il s'arrêta soudain en voyant B'Elanna claquant le coffre pour le fermer. Il n'y avait plus aucun signe du trop imposant lit pliant. Et pourtant, il avait été sûr que ce dernier ne pourrait pas rentrer dans le coffre déjà plein. Elle ne jubilait pas, mais il voyait dans ses yeux son 'je te l'avais dit.' "Tu disais quelque chose ?" demanda-t-elle.
Tom se contenta de secouer la tête. Il fallait peut-être un ingénieur pour faire ça. Il y avait peut-être un principe de conservation de la masse qu'il avait loupé durant ses cours à l'Académie. Qu'importe. Au moins, ils étaient prêts à partir. "Je voulais juste te suggérer de te répliquer une veste plus appropriée. Tu sais comme tu détestes le froid et les nuits peuvent être drôlement fraîches dans le désert.
Il vit qu'elle était déçue qu'il ne lui ait pas demandé comment elle avait réussi, comment elle avait fait rentrer trois mètres cube de bagages dans deux mètres cube d'espace. Mais il n'était pas question qu'il lui donne satisfaction. "Bon, je vais chercher une veste et une couverture supplémentaire sur le lit." Elle était presque dans la maison quand elle se retourna. "Et n'ouvre pas ce compartiment à bagages pour essayer de comprendre comment j'ai fait. Nous n'arriverions jamais à tout y faire rentrer à nouveau avant que Miral ne se réveille."
Pendant qu'elle se retournait et se dirigeait vers la porte, Tom s'autorisa à le dire doucement entre ses dents. "Ca s'appelle un coffre."
 
***
 
Le voyage le long de la côte se passa sans histoire. B'Elanna devait admettre qu'elle y prenait presque plaisir. Il leur avait quand même fallu plus d'une heure et demie pour aller de la maison de la plage jusqu'à l'intersection nord de l'autoroute avec la route 66. Apparemment, Tom n'était pas le dernier fan en Californie en cette fin de vingt-quatrième siècle. C'était une région de l'Amérique du Nord autrefois connue pour ses paysages d'autoroutes, sa dépendance dans les automobiles et sa désastreuse qualité de l'air. Maintenant que l'air était redevenu clair et que les voitures n'étaient plus qu'un passe-temps, la plupart des routes avaient été reconverties en parcours de découverte et en piste de randonnées. Mais quelques-unes, y compris la vieille inter-état sur laquelle ils conduisaient en ce moment, avaient été préservées pour le trafic des véhicules. Les champs de force d'urgence et les réseaux de détecteurs de sécurité avaient rendu les accidents virtuellement impossibles. Tom en profitait pour rouler à cent cinquante kilomètres heure.
Si ces vitesses étaient parfaitement sûres sur l'autoroute protégée, B'Elanna savait d'après ce que lui en avait dit Tom que ce serait tout à fait différent sur la route 66. Toute l'idée du voyage, comme il ne cessait de lui répéter, était de vivre une expérience historique authentique. Il n'y aurait pas de champ de force, pas de garde-fou, personne au centre de contrôle du trafic terrien qui surveillerait leur progression. Ils seraient complètement seuls... Une pensée qui l'excitait et l'inquiétait à la fois. S'il n'y avait eu qu'eux deux, elle n'y aurait même pas accordé d'importance. Mais avec Miral, cela changeait tout.
Elle jeta un oeil par dessus son épaule à sa fille, harnachée sur le siège arrière dans son harnais de sécurité pour enfant. C'était une des rares concessions à la modernité que Tom s'était permis au nom de la sécurité. Miral semblait tenir une conversation des plus importantes avec son singe. Sembler était le mot juste, car entre la radio qui braillait et le bruit du vent qui soufflait tout autour de la voiture, B'Elanna pouvait à peine s'entendre penser. Naturellement, Tom lui dirait que des générations entières d'enfants avaient été élevées sans champs de force ni réseaux de détecteurs et qu'ils s'en étaient aussi bien portés. Certains roulaient même en voiture sans ceinture enfant du tout. Pourtant...
"Tu devrais peut-être ralentir un peu", lui dit-elle.
"Quoi ?" demanda Tom, criant par dessus la radio qui jouaient un air vaguement monotone en disant quelque chose dans le genre de 'fun, fun, fun'. Elle tendit le bras et tourna le bouton qui diminuait le volume de la musique.
"Je disais, tu devrais peut-être ralentir. On ne doit pas sortir de cette route, bientôt ?"
Tom remonta immédiatement le volume la musique, bien qu'un peu moins fort qu'avant. "Tout va bien. Il devrait encore y avoir dix à vingt miles avant notre sortie."
"Miles ?" demanda-t-elle. "Ca fait combien en kilomètres ?"
Elle le vit faire la conversion dans sa tête en se parlant à lui-même. "Un mile fait un kilomètre six cent, alors... quelque chose comme quinze à trente kilomètres."
B'Elanna fit le calcul suivant elle-même. Si Tom avait raison, ils quitteraient l'autoroute protégée dans à peu près six à douze minutes. Ils avaient probablement encore un peu de temps devant eux. Alors pourquoi voyait-elle déjà devant elle un grand panneau aux couleurs passées qui disait 'parcours historique Route 66 Sortie trois mille pieds.'
"Heu, Tom..."
"J'imagine qu'une fois sur la 66, nous devrons probablement nous arrêter pour faire une pause et vérifier l'essence..." Il tournait un autre bouton sur la radio tout en lui parlant. Cela provoqua une série de crachements et de grésillements avant que la musique d'une autre de ces 'stations' préprogrammées avec chacune un genre particulier de musique rock and roll ne sorte des haut-parleurs.
"Heu, Tom, je crois que..." Il avaient dépassé le panneau. Elle voyait maintenant la sortie s'approcher sur leur droite. Et ils étaient toujours sur la voir de gauche.
"Alors je pourrai ressortir les cartes et te montrer comment les lire..." Il n'avait même pas commencé à ralentir.
Il ne l'écoutait même pas. Ou alors, il ne l'entendait pas à cause de la musique. Elle jouait maintenant un vacarme de guitare et de saxophone semblant faire l'éloge des joies des voitures rapides et des femmes de passage. Les seules paroles qu'elle réussit à distinguer parlaient de 'machines suicides' et 'd'autoroute 9', une image charmante pour leur première vraie balade en voiture. "Heu, Tom, je pense que nous venons juste de..." Ils étaient sur le point de dépasser en un éclair la voie de sortie.
"Je sais, je sais. Tu es ingénieur à bord du vaisseau le plus avancé de Starfleet et tu es parfaitement capable de comprendre comment lire une carte routière sans mon aide. C'est juste que toutes leurs distances sont en unités antiques locales, miles, yard, pied. Ce sont des unités que tu n'as jamais eu à apprendre auparavant. Et ça n'a rien à voir avec ces détecteurs de navigation qui indiquent toujours la bonne direction. Ici, on prend un virage dans le mauvais sens dans le désert et il peut se passer des jours avant qu'on retrouve le chemin d'origine."
Ils avaient maintenant largement dépassé la sortie. B'Elanna se demandait si les leçons de Tom sur la lecture des cartes du vingtième siècle incluaient une section sur l'observation des énormes panneaux routiers. Elle se contenta de rester assise tranquillement pendant un moment, essayant de décider quand elle lui annoncerait la nouvelle.
"Ne le prends pas personnellement", fit-il après quelques secondes de silence. "Il m'a fallu toute une vie pour étudier ces choses. Il te faudra du temps avant de t'habituer à penser dans le style vingtième siècle."
B'Elanna savait qu'elle aurait du probablement s'énerver de cette attitude paternaliste. Et elle l'aurait certainement été si elle n'avait pas été totalement concentrée à imaginer la tête qu'il allait faire quand il réaliserait ce qu'il avait fait.
Trois autres chansons, toutes parlant de 'routes de l'enfer', de femmes appelées Mary ou encore de beuveries après une dure journée de travail, passèrent avant que Tom semblât s'apercevoir que quelque chose n'allait pas. "Je me serais attendu à voir l'un de ces vieux panneaux de sortie, maintenant", fit-il finalement en baissant le volume de la radio. "La documentation que j'ai lue dans les archives de la vieille Terre disait qu'ils avaient préservé tous la signalétique historique."
B'Elanna le regardait, tout sourire. Après un moment, elle tendit la main vers la radio et changea de station pour une qui passait des chansons d'un groupe qu'elle reconnut, après des années passées en compagnie d'un vrai juke-box, comme les Supremes. La chanson s'intitulait 'Stop in the name of Love'. Elle fut même tentée d'entonner les paroles. Mais au lieu de cela, elle se pencha et remonta le volume.
Il fallut moins d'une seconde à Tom pour rebaisser le son. "Tu permets ?" demanda-t-il distraitement. "Il faut que je fasse attention, notre sortie ne devrait plus tarder, maintenant."
Elle hésita pendant une seconde de lui annoncer ou non. Elle voyait cependant qu'il commençait à être tendu et elle ne voulait pas que leurs vacances commencent avec l'un d'entre eux de mauvaise humeur. Avouer était définitivement nécessaire. "Tu l'as déjà loupée", fit-elle. "Il y a à peu près dix minutes."
La voiture eut un léger soubresaut quand le pied de Tom se leva d'un coup de l'accélérateur. "Pourquoi ne me l'as-tu pas dit plus tôt ?" demanda-t-il, l'air plus qu'ennuyé.
"J'ai essayé", répondit-elle calmement. "Mais tu étais occupé à me dire comme il était difficile pour quelqu'un comme moi avec mon expérience limitée de lire une carte."
Elle tourna la tête pour le regarder et fut accueillie par un froncement de sourcils et un sourire embarassé. "J'imagine que je n'ai que ce que je mérite", fit-il finalement après avoir poussé un profond soupir. "Maintenant, aide-moi à trouver un endroit pour faire demi-tour pour que nous puissions sortir de cette route et commencer réellement nos vacances."
"Je vais te faire une proposition", fit-elle. "Je nous emmène sur la route 66 si tu me laisses conduire pendant quelques heures une fois que nous serons dans la bonne direction."
Elle sentit presque physiquement la vague d'hésitation monter en lui. "Et que dirais-tu plutôt de celle-ci", finit-il par offrir en échange. "Je conduis jusqu'à ce que nous ayons passé le col des Buzzards, qui est juste de l'autre côté des montagnes. Ensuite, tu pourras prendre la partie suivante à travers le désert."
B'Elanna fut tentée de réagir, mais elle ne se sentait pas vraiment d'humeur à avoir une première dispute aussi tôt pendant leurs vacances. "D'accord", fit-elle. "Mais habitue-toi à cela. Je conduis une partie du voyage. Ca fait partie de notre contrat."
Tom hocha la tête. "Je sais, je sais. Je n'oublierai pas." Il les fit sortir sur une petite route d'accès qui leur permettrait de refaire en sens inverse le chemin qu'ils venaient juste de parcourir et arrêta la voiture sur le bas-côté. Puis il plongea la main dans un compartiment de rangement situé à côté de son siège pour en retirer une grande carte pliée. "Maintenant..." fit-il en dépliant le papier par-dessus le volant. "OŁ diable sommes-nous ?"
 
***
 
"OŁ sommes-nous ?"
Catherine détestait être aveugle. Mais la garder dans le noir pendant leurs vacances semblait être un thème récurrent des plans soigneusement préparés de Chakotay. Cette fois, cependant, sachant qu'ils étaient en sécurité et de retour sur la Nouvelle Terre dans un carré de dix kilomètres qu'ils avaient autrefois considéré comme étant à eux, elle ne ressentait plus l'étrange sensation d'anxiété qu'elle avait éprouvée à bord du yacht au début de leur expédition. Ou même, à franchement parler, qu'elle avait ressentie durant la majorité de leurs sept premières années dans le Quadrant Delta.
Pour cette raison, elle ne s'était jamais sentie aussi calme ou en paix nulle part comme elle se sentait ici, dans le calme et la solitude de leur clairière.
"Attention à la marche", dit-il en ralentissant leur marche.
"C'est un peu dur à faire quand on n'y voit rien", lui rappela-t-elle. "Dis moi que nous sommes presque arrivés."
"Nous sommes presque arrivés", répéta-t-il. "Maintenant, détend-toi et fais-moi confiance."
C'était la seconde fois en moins de deux jours qu'il utilisait ces mots. 'Fais-moi confiance.' A chaque fois, elle ressentait une petite tension suivie d'une détente dans le creux de son estomac, sans être sûre d'en comprendre la raison. Elle faisait confiance à Chakotay sur sa vie, et encore plus que ça, sur son coeur.
Elle décida de se distraire l'esprit, de se concentrer sur ses sens encore fonctionnels. Elle inspira profondément l'air doux autour d'eux. Epines de pins et lilas. Mais quelque chose d'autre, également. L'odeur brute des feuilles en décomposition dans l'herbe d'un marais. Elle entendait aussi des cigales, mais derrière, un autre son en fond. Des clapotis d'eau. Les cris rauques de mouettes brunes qu'elle regardait autrefois voler... Le lac. Il l'emmenait au lac.
Juste au moment oŁ elle comprit oŁ ils allaient, Chakotay s'arrêta et la tourna légèrement sur la droite. Puis il lui lâcha les bras et lui enleva le bandeau qui lui couvrait les yeux.
Comme elle l'avait deviné, ils étaient sur la plage du grand lac qui marquait la bordure sud de leur 'propriété'. Il lui avait toujours rappelé l'un de ses programmes holographiques préférés, une recréation du lac George dans les montagnes Adirondack de l'état de New York. En regardant sur l'eau, elle découvrit une nouveauté qui n'était pas là la dernière fois qu'ils étaient venus en visite. Un petit bateau flottait, apparemment coupé et sculpté dans un grand hêtre. Elle se retourna pour regarder Chakotay et chercha sa main pour la lui serrer.
"Comment as-tu...? Tu n'as pas pu avoir le temps de tailler ça." Depuis qu'ils avaient atterri sur la Nouvelle Terre la veille au matin, il n'avait pas passé plus de quelques minutes sans elle.
"Non", admit-il. "Je l'ai répliqué. J'ai utilisé les schémas que je t'avais montré le jour oŁ nous avons entendu Tuvok nous annoncer qu'ils revenaient nous chercher avec un remède. Je les ai téléchargés dans ma base de données personnelle quand nous sommes remontés à bord du Voyager. En fait, je ne sais pas pourquoi je les ai gardés tout ce temps. Je ne m'étais pourtant pas attendu à revenir un jour ici."
Les yeux de Catherine s'emplissaient de larmes et elle cligna pour les sécher. "Après tout ce temps", dit-elle doucement. "J'avais presque oublié." Et c'était vrai. Cet après-midi là, tant d'années auparavant, le dernier jour oŁ elle s'était réveillée satisfaite et certaine de vivre le restant de sa vie sur la Nouvelle Terre, avait été chaotique. Entendre en provenance du néant que le Voyager revenait pour eux... Que l'amie Vidiienne du Docteur, Danara Pel, leur avait fourni un remède contre le mal qui les avait coincés ici... Plus important encore, elle avait pris conscience que cette unité avec Chakotay, la façon dont leurs vies étaient devenues si imbriquées, et l'amour qu'elle commençait lentement à ressentir pour lui, tout devait être enterré, oublié. Tout cela devait laisser de nouveau la place au Capitaine et au Premier Officier... Cela l'avait bouleversée. Bouleversée et terriblement blessée.
Ainsi, elle avait oublié les plans de Chakotay visant à lui construire un bateau, un moyen d'explorer les plages éloignées du lac et de nourrir son insatiable curiosité de scientifique. Il la connaissait si bien, même déjà à cette époque. Pourtant, elle avait failli presque tout abandonner, l'abandonner lui, au nom de Starfleet. Elle avait fait le bon choix, elle le savait. Ils avaient ramené leur équipage à la maison, enfin presque tous, à leur foyer et les amis. Ils avaient causé de sérieux dommages aux Borgs. Et maintenant, après avoir retrouvé et aidé Kes, ils avaient joué un rôle immense dans la défaite des Sernaix et le démantèlement de la corruption de la Section 31.
Ils avaient fait le bon choix, encore et encore... Mais à un coût personnel presque inimaginable. Le suivi strict de Catherine au protocole, et la courte relation de Chakotay avec Seven of Nine, avaient pratiquement ruiné le futur qu'ils avaient espéré vivre au temps du jardinage et des aménagements de leur foyer sur la Nouvelle Terre. Et même s'ils s'étaient retrouvés, leurs vies étaient toujours dans un tourment permanent. Passer du temps à planifier une vie qu'ils n'étaient même pas certains de pouvoir vivre semblait encore fou seulement quelques semaines plus tôt.
Et pourtant, ils étaient là, sur la rive de leur lac, regardant finalement le bateau qu'il avait fait juste pour elle. Un rêve qu'elle avait oublié était sur le point de devenir réalité. Si cette chose impossible pouvait arriver, elle se laissa aller à croire pendant un instant que, peut-être, d'autres rêves longtemps ensevelis n'étaient pas si impossibles que ça.
"A quoi penses-tu ?" dit Chakotay après un trop long moment de silence.
Cette fois, Catherine écarta ses pensées personnelles en même temps que ses larmes. "Je me souvenais comme je désirais tant voir ce qu'il y avait de l'autre côté de ce groupe d'arbres, juste en face d'ici. Et comme aujourd'hui était un jour parfait pour un pique-nique dans cette clairière là-bas. Il vaudrait mieux pour toi qu'il y ait un panier dans ce bateau !"
Chakotay rit d'une manière qui lui fit comprendre qu'elle ne serait pas déçue. Elle le tira fort par la main et descendit les derniers mètres jusqu'au rivage. Ainsi cramponnée à l'homme qu'elle avait aimé, puis perdu, puis aimé à nouveau, Catherine se dit que Thomas Wolfe avait peut-être tort. Peut-être était-il finalement possible de 'revenir à son foyer.' Et pour la première fois depuis des années, elle commença à envisager sérieusement de nouvelles possibilités.
 
***
 
Salade de saumon en baguette pour elle, légumes variés assortis sur une galette de blé pour lui. Et pour accompagner tout cela, une bouteille de Sancerre d'une bonne année fraîchement sortie de sa réserve. Et des tomates. Plein de tomates fraîches talaxiennes cueillies le matin même des vignes, juste devant leur porte d'entrée. Chakotay était heureux que Catherine semblât aimer sa petite balade surprise en bateau avec pique-nique. Il se coucha sur le dos sur la couverture pour profiter de leur situation et de son déjeuner.
Ils avaient passé l'après-midi et la soirée de la veille à tailler et débroussailler suffisamment les envahissantes vignes à légumes pour déblayer l'entrée de leur abri. Puis ils avaient nettoyé et rempli leur foyer retrouvé. Grâce au réplicateur de l'Astérix et au téléporteur, ils avaient rempli le cellier avec suffisamment de réserves pour leur semaine de vacances. Enfin, ils avaient fait quelque chose qui aurait été considéré comme un incroyable bond en avant pendant leur premier jour sur la Nouvelle Terre. Ils avaient réarrangé la pièce principale et collé les lits jumeaux en un seul. Puis ils l'avaient recouvert d'un édredon de plumes d'oie avant de s'y écrouler ensemble.
Bien sûr, Catherine était tellement éreintée après leur travail de nettoyage du jardin et de leur vieille maison qu'elle s'était endormie dès la tête posée sur l'oreiller. Cependant, il l'avait serrée dans ses bras pendant son sommeil en sachant que le moment viendrait bien assez vite. Sa période d'isolement sur la Nouvelle Terre était définitivement sur le point de prendre fin.
Il y avait cependant d'autres choses qu'il voulait et dont il avait besoin dans ces vacances et de la part de Catherine. Et il fut heureux de la voir gambader au sommet de la colline dans sa direction en rouvrant les yeux.
"Tu as bien dormi ?" demanda-t-elle en se jetant à côté de lui sur la couverture.
"Je ne dormais pas", la corrigea-t-il. "Je méditais. Je me rassasiais de la nature autour de moi par une si belle journée."
Elle sourit d'un air moqueur. "Ah oui ? Et bien je crois t'avoir entendu 'méditer' en revenant avec mes fossiles de plantes. A moins peut-être que ce soit son guide spirituel que j'ai entendu ronfler."
Il rit. "D'accord, je me suis peut-être assoupi quelques minutes. Je n'ai pas l'habitude de toute cette tranquillité et de cet air revitalisant. En parlant de ça, comment s'est passée ta promenade ?"
Catherine ouvrit son poing serré et révéla quatre petites pierres brillantes. "Fascinante, en fait. Il y a une veine carbonifère juste de l'autre côté de la colline, pleine de cette sorte de pyrite locale."
"L'or des fous", fit-il, reconnaissant sa trouvaille. "Fais attention, ça a brisé plus d'un coeur."
Une nouvelle fois, il vit cette expression, cet air fugitif de peur, passer et disparaître sur son visage avant qu'elle ne lui réponde. "Oui, et bien, j'essayerai de m'en souvenir." Elle referma son poing autour des pépites et regarda au loin pendant quelques instants.
Il s'assit et se retourna vers elle pour lui prendre la main. Il lui ouvrit les doigts pour en retirer les petites pierres et plaça sa propre main dans la sienne. "Voilà", dit-il en refermant à nouveau ses doigts. "Cramponne-toi plutôt à ça. Ton coeur est en sécurité avec moi."
Elle lui fit un sourire triste et fouilla son regard comme si elle cherchait quelque chose qu'elle avait perdu. Il était sur le point de lui demander à quoi elle pensait quand elle s'expliqua finalement. "Il y a neuf ans, quand nous avons été éjectés dans le Quadrant Delta par le Pourvoyeur, j'étais désespérée de ramener l'équipage à la maison. Mais rapidement, j'ai senti que le Voyager était devenu ma maison. A cette époque-là, j'aurais fait n'importe quoi pour pouvoir quitter cette planète. Mais après un moment, vivre ici, avec toi, fut tout ce qui importait et ce que je voulais." Elle resserra sa prise sur sa main et détourna le regard vers le lac en contrebas. "A chaque fois, je croyais savoir ce que je voulais dans ma vie, ce que j'avais besoin d'être. Et juste quand je commençais à me sentir bien dans cette vie, quelque chose me la retirait."
Chakotay enlaça ses doigts dans les siens et attendit qu'elle le regarde à nouveau. "C'est cela qui t'ennuie ? Le fait que nous devrons repartir encore une fois d'ici ?"
Catherine sembla réfléchir à la question comme si cela ne lui était pas venu à l'esprit. Après un moment, cependant, elle secoua la tête. "Non. Cette planète tiendra toujours une place spéciale dans mon coeur." Elle s'arrêta quelques instants, puis sourit. "Je suis tombée amoureuse de toi ici, tu sais."
Il lui sourit en retour. "Je sais." Il leva leurs mains jointes et déposa un baiser sur ses doigts.
"Mais nous ne pouvons pas nous cacher ici de nos vies et de nos responsabilités, aussi tentant que cela soit de l'imaginer. Nous devons repartir finir ce que nous avons commencé et aider la Fédération à sortir de ce cauchemar. Pourtant..." Elle semblait lutter contre quelque chose. Chakotay attendit de la laisser trouver ses mots. "Je suppose qu'il est inévitable que notre voyage à bord du Voyager finisse un jour, le plus tôt étant le mieux, je pense. Pendant sept ans, nous savions ce que nous avions à faire, ramener l'équipage à la maison. Nous avons finalement réussi, mais pour nous retrouver aussitôt enfermés dans une autre région de l'espace. Puis il y a eu les procès, la menace des Sernaix... Et je sais que nous n'avons toujours pas fini de découvrir toutes les faces cachées de cette guerre. Mais nous devons l'admettre. Je dois l'admettre. Pendant les dix dernières années de ma vie, à l'exception des quatre mois passés ici sur la Nouvelle Terre, je me suis définie entièrement comme le Capitaine du Voyager. Si je devais perdre cela..."
Il serra à nouveau sa main. "Tu deviendrais Catherine Janeway avec le monde à tes pieds. Un nouvel amiral de Starfleet. Ou alors tu pourrais choisir ton propre chemin, dessiner ta propre destinée. Tu peux redéfinir tes choix autant que tu le souhaites. Redevenir une scientifique pendant un certain temps. Utiliser ces talents durement gagnés de diplomate en tant qu'ambassadeur de la Fédération." Il resta silencieux un moment pour s'empêcher de lâcher trop rapidement ce qu'il était sur le point de dire. Après quelques secondes, il décida qu'il était peut-être enfin temps d'en parler. "Ou tu pourrais fonder une famille. Nous pourrions fonder une famille."
Catherine ouvrit de larges yeux et se demanda pendant un moment s'il avait fait une erreur en mentionnant cela. Puis elle sourit et se mit à rire, oubliant ses peurs. "Je n'arrive pas à me souvenir de la dernière fois que je me suis imaginée comme mère. J'avais toujours imaginé qu'une fois Mark et moi mariés..." Elle laissa la fin de la phrase se perdre dans le silence. "Quand le Voyager s'est retrouvé perdu, pourtant, et qu'il semblait que nous passerions le reste de nos vies dans le Quadrant Delta, j'imagine que j'ai simplement supposé que ce n'était plus une option."
Voilà les limitations qu'elle s'était fixée, pensa-t-il. Chakotay avait toujours cru que l'équipage s'attendrait à ce que leur Capitaine refasse sa vie parmi eux, exactement de la même manière qu'ils avaient commencé à faire eux-mêmes. C'est surtout après que Tom et B'Elanna se soient mariés et aient annoncé sa grossesse qu'il avait ressenti le changement d'humeur à bord du vaisseau. Il ne semblait plus alors y avoir de raison d'attendre pour commencer à vivre une vie normale. Il s'était à moitié attendu à une épidémie de flirts et de fiançailles. Et cela se serait produit s'ils ne s'étaient pas retrouvés à la maison si rapidement après. Même lui avait commencé à souhaiter d'une...
Cette pensée le ramena à son point de départ et il regarda au loin un moment avant de reprendre sa main. Il ne dirait rien. Il n'en avait pas besoin. Mais d'un seul coup, les raisons des hésitations de Catherine lui semblèrent évidentes. Seven était loin derrière. Les dommages que sa relation avec elle avaient causés à la confiance que Catherine avait en lui, cependant... Chakotay décida de terminer la conversation qu'ils avaient commencée.
"Pourquoi pas maintenant ?" demanda-t-il. "Te verrais-tu avec des enfants dans ta vie, maintenant ?"
Catherine sembla réellement envisager la question. "Je ne sais pas. Certainement pas en ce moment. Mais un jour ? J'imagine que j'ai beaucoup de mal à imaginer ce que ce 'un jour' pourrait réserver." Elle caressa son bras de sa main. "et toi ? Jusqu'à maintenant, je ne t'avais jamais entendu mentionner le fait que tu voulais des enfants."
Elle avait raison. Ses propres relations difficiles avec son père avaient rendu Chakotay hésitant sur son désir d'être parent. "Je n'en suis pas sûr non plus", répondit-il honnêtement. "J'ai peut-être simplement pris l'habitude d'avoir Miral dans les pieds. Il semble manquer quelque chose au Voyager sans elle."
Catherine rit. "Sans ses parents, aussi. Je ne pense pas que j'avais réalisé avant ce voyage l'importance que la famille Paris-Torres avait sur l'esprit de famille du vaisseau. J'ai presque l'impression que mes enfants adolescents ont grandi autour de moi et se sont envolés. La maison semble bien vide tout d'un coup.
"Peut-être est-ce pourquoi nous sommes maintenant tous si prêts à quitter le nid. Je veux dire qu'il est extrêmement inhabituel pour un équipage de Starfleet de rester ensemble ainsi si longtemps. A moins d'être à bord du vaisseau amiral, les gens entrent et sortent de ta vie tout le temps. Et c'est peut-être ce que je ressens depuis peu. Je ne veux peut-être pas admettre de me séparer de cette famille.
Il l'attira contre lui et la regarda dans les yeux. "Et bien, aussi longtemps que nous serons ensemble, j'ai toute la famille que je désire avoir. Et je doute qu'il y ait grand chose capable d'empêcher notre équipage de rester proche, même s'ils finissent éparpillés aux quatre coins de la flotte." Il l'embrassa soudainement et resserra sa poigne autour de ses mains. "Alors ne t'inquiète pas, maman. Je suis sûr que les enfants reviendront pour les vacances et les anniversaires. Et tes 'adolescents' et leur fille seront de retour à bord dès que nous en aurons fini avec les Vidiiens."
Catherine frotta le bras de Chakotay et rit joyeusement. "Pas trop rapidement, j'espère", fit-elle. "Mais je suis heureuse qu'ils profitent de ces quelques semaines en famille. Après tout ce qu'ils ont traversé, Tom et B'Elanna méritent bien un peu de calme, tout seuls."
 
***
 
Il y avait deux choses que B'Elanna Torres savait sans l'ombre d'un doute. Un, qu'elle aimait Tom Paris de toute son âme et tout son coeur et deux, que s'il n'arrêtait pas de changer de station de radio toutes les dix secondes, elle allait le jeter hors de la voiture sans même ralentir. Il ne semblait pas s'occuper de la chanson qui passait, mais seulement des autres chansons qui pouvaient bien passer ailleurs. Et c'était en train de la rendre folle.
Ils étaient sur la route 66 depuis plus de six heures, ne s'étaient arrêtés qu'une seule fois pour déjeuner dans un authentique restaurant restauré appelé le Jardin des Tannes. B'Elanna commençait à se sentir mal à l'aise. Elle détestait rester assise et s'était souvent demandée comment Tom arrivait à ne pas perdre l'esprit pendant des rotations doubles sur la passerelle. Les longues périodes ne la gênaient pas, mais dans l'ingénierie, elle était constamment en mouvement. Et l'idée de rester assise au poste de pilotage tout ce temps... Même les longues missions en navette lui ankylosaient les jambes et l'énervaient. Mais au moins dans une navette, elle pouvait se déplacer. Ou se distraire l'esprit avec un calibrage ou une vérification des moteurs. Ou aller aux toilettes.
Dès qu'elle y pensa, elle sut que c'était une erreur. Ils étaient au milieu des montagnes dans une série de virages sans parapet ni aire de repos, essayant de rattraper le temps après leur petite erreur de sortie et leur détour imprévu. Elle vivait avec Tom depuis à peu près cinq ans et n'avait jamais remarqué comme il avait rarement besoin d'aller au petit coin. Encore qu'elle n'avait jamais eu de raison particulière de surveiller ce genre de fait avant. Aujourd'hui, pourtant, elle était à la merci de sa vessie en fonte. Elle il fallait qu'elle y aille. Une nouvelle fois.
Avec tous ses organes redondants inutiles, pourquoi ne pouvait-il pas en être de même avec celui-là ? Elle essaya de se changer les idées en regardant le paysage, mais le hamburger gras qu'elle avait mangé pour le déjeuner se décida à essayer de remonter son estomac pendant que Tom pilotait la voiture dans une série d'épingles à cheveux. L'inertie la rendait malade, elle eut soudain l'irrépressible impression qu'elle allait vomir.
"Arrête la voiture !" dit-elle sans desserrer les dents.
"Qu'est-ce que tu as dit ?" demanda-t-il en baissant légèrement la radio.
"Arrête cette fichue voiture !" dit-elle encore, portant sa main devant sa bouche en se tenant le ventre.
Cette fois, il tourna la tête en lui reposant sa question et sembla s'apercevoir qu'elle était sur le point de rendre son déjeuner. L'expression sur son visage l'exprima avant qu'elle entende les paroles sortir de sa bouche. "Pas sur la garniture en cuir !"
Pendant une fraction de seconde, elle fut tentée de vomir directement sur les genoux de Tom, mais il ralentissait pour arrêter la voiture et son malaise diminua. B'Elanna ferma les yeux et reposa sa tête sur l'appuie-tête. Elle était toujours nauséeuse et sa tête la tournait, mais elle sentait que son estomac se calmait un peu.
Tom éteignit la radio. "Ca va ?" l'entendit-elle lui demander après un moment. "Faut-il que j'aille chercher la trousse de premier secours ?"
Elle redescendit sa main de sa bouche à ses genoux et prit une profonde inspiration avant de lui répondre. "Je n'en suis pas sûre. Je ne me suis pas sentie aussi nauséeuse depuis des années. Pas depuis que..." L'idée la stoppa net. "Va chercher la trousse de secours. Et dis moi que tes vacances authentiquement vingtième siècle incluent un tricordeur médical du vingt-quatrième siècle en état de marche."
Tom s'approcha et lui prit le pouls. "Bien sûr qu'il y en a un. Je n'aurais pas emmené Miral dans ce genre de voyage sans un minimum de précaution." Il prit une profonde inspiration. "Ton coeur bat la chamade. Laisse-moi aller chercher la trousse dans le coffre."
B'Elanna essaya de se remémorer si elle avait vu la trousse quand elle avait arrangé les bagages juste avant de partir. Elle eut peur en voyant Tom revenir s'asseoir dans la voiture et poser une boîte blanche avec une croix rouge dessus sur le tableau de bord. Dedans, cependant, se trouvait tout le nécessaire médical standard. Il en sortit telle une baguette magique le tricordeur et le balaya au-dessus de son abdomen. Elle retint son souffle en attendant son diagnostic.
Ca ne se pouvait pas. Pas si facilement. Pas aussi peu de temps après Miral.
"Et bien", fit-il lentement. B'Elanna essaya de connaître le résultat à sa tête. "Tu es définitivement... malade en voiture."
Elle secoua la tête... Et le regretta immédiatement en voyant les montagnes recommencer à tourner autour d'elle. "Malade en voiture ? Qu'est-ce que tu veux dire, malade en voiture ?"
Tom haussa les épaules. "Exactement ce que cela veut dire. Tu n'as pas l'habitude de rouler en voiture et le mouvement rompt ton sens de l'équilibre. Je déteste te dire cela, mais ton oreille interne et ton déjeuner conspirent contre toi. Rien qu'un bon jeu de compensateurs inertiels ne soit capable de soigner." Il expira bruyamment. "J'aurais bien aimé que ce soit un équipement standard d'une Mustang 69."
"Qu'est-ce que tu es en train de me dire ?" demanda-t-elle. "Que je vais être aussi malade que cela tout le reste du voyage ?"
Elle le vit prendre une seringue hypodermique dans la boîte blanche et une dose de médicament. "Rien qu'un peu d'anaproveline ne puisse soigner. Et à ta place, j'irais doucement sur les burgers pendant que ton estomac reste autant indisposé."
Rien que le fait d'entendre le mot 'burger' rendait B'Elanna malade. Mais après que Tom eut pressé la seringue contre son cou, le sentiment commença à passer. Pourtant, la pensée de manger, n'importe quoi, était presque insupportable.
"Mieux ?" demanda-t-il en la balayant avec le tricordeur.
"Un peu", admit-elle. Sa tête avait arrêté de tourner et elle ne sentait plus de noeud à la base de son oesophage.
Tom sourit. "Bien. Tu étais devenue plus verte que Vorik pendant une minute."
B'Elanna lui donna une petite tape sur le bras, mais sourit malgré elle. Elle resta assise sans bouger un moment pour reprendre des forces avant de se sentir assez bien pour continuer. "Vas-y doucement dans ces virages pendant un moment, veux-tu ? Ce n'est pas une course. Nous pouvons prendre notre temps."
"Marché conclu", fit-il avant de l'embrasser tendrement. "Maintenant, remettons-nous en route avant que notre fille ne se réveille de sa sieste et devienne grognon." Il fit un signe de tête vers la banquette arrière oŁ dormait leur fille. Puis il remballa la trousse de secours et se réinstalla derrière le volant.
Après avoir redémarré le moteur et remis la voiture sur la route, Tom tendit le bras vers B'Elanna et la tira contre lui pour enrouler son bras autour de ses épaules. Puis il prit les virages restants si doucement qu'elle sentit à peine le changement de direction. Une fois revenus sur une portion de route toute droite, il se pencha et l'embrassa sur le sommet du front. Elle passa sa main libre autour de la taille de Tom. "Tu te sens mieux ?" demanda-t-il.
"Ouais", fit-elle, vérifiant qu'aucun signe de gargouillement ne se manifestait dans son ventre. "Merci." L'entraînement de Tom comme infirmier s'était révélé utile une fois de plus et B'Elanna commençait à se sentir bien à nouveau. Finalement, ce voyage en voiture n'était peut-être pas si terrible que ça. Etre coincé dans une petite boîte de métal sur une route en compagnie de son mari et de sa fille n'était peut-être pas une mauvaise manière de passer leurs vacances. Après tout, le soleil brillait, les arbres sentaient bon et un grand aigle tournait en rond au-dessus d'eux en un vol majestueux. Elle respira profondément et se détendit.
A ce moment, juste devant eux, la route tourna pour devenir parallèle à un joli ruisseau de montagne qu'elle vit commencer à grossir et se transformer en une violente rivière sauvage. C'était une vue splendide et le rugissement de l'eau à côté d'eux rappela à B'Elanna quelque chose qu'elle avait presque oublié. Il fallait qu'elle aille au petit coin. Et vite.
Elle croisa les jambes et se repoussa de Tom. Encore quatre jours. Quatre longs jours de plus...
 
***
 
Ils s'étaient arrêtés pour la nuit dans un hôtel de montagne juste en dehors de la route. C'était un endroit isolé du nom de Motel Bates. Tom avait rit en découvrant le nom, mais avait décidé de ne pas raconter à B'Elanna oŁ il l'avait déjà entendu avant. Contrairement à son homonyme cinématographique, leur motel Bates était un ensemble de suites confortables avec chacune une petite cuisine, une cheminée et une véranda. Elles comprenaient tout le confort moderne, c'est-à-dire celui des années 1970, et aidaient Tom à parfaire le rêve dans lequel ils formaient une famille du vingtième siècle.
Toutes leurs vacances ressemblaient à un lent programme holodeck, mais en mieux. Il savait qu'il n'y avait aucune sécurité, aucun risque de stopper le programme et aucun paramétrage prédéfini qu'il aurait eu à incorporer après de longues et minutieuses recherches. Ce que les prochains jours leur réservaient serait une totale surprise autant pour lui que pour B'Elanna. Tout en se balançant sur sa chaise en bois sous leur petite véranda, il appréciait cet esprit d'anticipation. La sensation que tout pouvait arriver.
Tom avait couché une Miral éreintée pendant que B'Elanna prenait une douche. Leur fille avait survécu à leur premier jour comme une vraie militaire. Elle détaillait les paysages changeants émerveillée, les yeux grand ouverts, et composait des conversations fantaisistes élaborées entre son targ et son singe. Et pourtant, elle avait été réveillée et endormie sans arrêt par les secousses de la voiture. Ce n'est qu'une fois sur la route que Tom avait réalisé comme B'Elanna et Miral devaient trouver étrange l'expérience de tous ces g de force et ces changements climatiques typiques d'un voyage en voiture dans les montagnes. Ils passaient généralement la plus grande partie de leur temps dans un vaisseau équipé de plaques gravifiques et de compensateurs d'inertie. Et même si Tom y était aussi habitué, il avait couru pas mal de courses de voiture dans le holodeck et piloté le Delta Flyer avec Harry dans des dizaines de manoeuvres à fort g juste pour le plaisir. Son corps à lui était habitué à être bousculé.
Cette pensée lui rappela les crises de B'Elanna en voiture. Il était sur le point de passer la tête dans la salle de bains pour vérifier comment elle allait quand elle apparut à la porte dans un pull chaud en laine et en blue-jeans. Il tendit la main et l'attira à lui sur ses genoux. "Comment était ta douche ?" demanda-t-il, avançant la tête pour sentir ses cheveux encore humides.
"Mouillée", fit-elle en lui embrassant le nez. "Surprise, surprise... Les chambres du vingtième siècle ne semblaient pas non plus avoir de douche sonique."
Il rit en pensant comme toute cette expérience devait semblait étrangère à une femme qui vivait et respirait dans une ingénierie du vingt quatrième siècle. "Et bien en tout cas, tu sens extrêmement bon", fit-il en la serrant dans ses bras. "Merci."
Elle sembla surprise de son dernier commentaire. "Pour quoi ?"
Tom lui frotta le dos en commençant à les bercer tous les deux sur la chaise. "Pour avoir accepté tout cela. Je sais que tu aurais probablement préféré te trouver sur une plage à Fidji plutôt que de te faire conduire au grand canyon."
"Tom..." Elle voulut le contredire.
"Non, je sais que tu ne comprends pas vraiment pourquoi je voulais que tu fasses cela. Tu n'as jamais vraiment aimé mes programmes holographiques."
"Tom..." Elle essaya de lui couper la parole à nouveau, mais il était important pour lui qu'elle entende ce qu'il avait à lui dire.
"Laisse-moi finir, B'Elanna. Pour être honnête avec toi, je ne suis pas exactement sûr de savoir ce qui me connecte avec cette période de l'histoire, ni pourquoi quelque chose d'aussi bizarre qu'un voyage en voiture avec toi et Miral signifie tant pour moi. Mais c'est réel. Et je suis si content que tu veuilles bien..."
"Tom ! Arrête !" dit-elle finalement en descendant de ses genoux.
Elle avait l'air énervée. Il se leva pour savoir ce qu'il avait dit pour la mettre dans cet état. "Qu'y a-t-il ?"
B'Elanna mit simultanément une main à son ventre et l'autre devant sa bouche. "Le bercement me rend malade. Je crois que mon corps a eu plus que son compte de mouvements pour aujourd'hui." Après être restée debout une seconde, les yeux fermés, elle se rassit sur ses genoux et se serra contre lui. "Mais il n'y a pas de quoi", fit-elle. "Pour le voyage."
Il gloussa discrètement et la serra encore une fois avant d'indiquer les marches. "Et si nous nous asseyions là-bas, plutôt", suggéra-t-il. "Du moment qu'il n'y a pas de tremblement de terre ce soir, je pense que tu peux compter sur une parfaite stabilité."
Elle lui fit un sourire grimaçant, mais le laissa l'emmener jusqu'aux marches du porche. Une fois assis côte à côte, il mit son bras autour d'elle dans son dos et l'attira contre lui. "Tu devenais vraiment verte, cet après-midi. J'essayerai de prendre les virages plus doucement à partir de maintenant."
"Tu m'en verras ravie", fit-elle en lui serrant les poignets. "Je déteste cette impression. Même si ce n'est qu'un mal de voiture."
Son commentaire rappela à Tom l'air paniqué qu'il avait vu dans ses yeux quand ils s'étaient arrêtés la première fois sur la route. Elle semblait assez anxieuse pour qu'il vérifie avec un tricordeur. Il se demandait bien pourquoi une petite nausée l'avait rendue si..."
La lumière se fit dans son esprit et il s'interdit de penser à la manière dont il réagirait si ses peurs étaient confirmées. "Tu as pensé pendant une minute que tu pourrais être à nouveau enceinte", fit-il. "C'est pour ça que tu voulais que je te fasse un scan."
Elle resta silencieuse un moment. "Juste pendant une seconde. La dernière fois que je m'étais sentie aussi nauséeuse, Seven avait pratiquement dû me pousser hors du pont."
Tom se souvenait comme la soudaine apparition de Miral dans leur vie les avait pris par surprise. Une surprise plaisante, du moins dans un premier temps. Mais les nouvelles de la grossesse de B'Elanna avait également apportées quelques uns des plus durs moments de leur relation. Puis la naissance de leur fille, dans l'ambiance d'une mission incroyablement risquée qui les ramenait à la maison tout en les débarrassant des Borgs, avait été le début plutôt que la fin d'une toute nouvelle série de défis. Maintenant, juste au moment oŁ leur vie semblait redevenir enfin plus stable... Enfin, il comprenait pourquoi la pensée d'un nouveau bébé avait mis B'Elanna dans un tel état.
"Et bien, je peux certifier sans aucun doute que tu ne l'es pas. En tout cas si le tricordeur de ma trousse de secours fonctionne correctement." Il s'arrêta un moment. "Tu sais, si tu t'inquiètes de ça, on peut toujours interrompre le voyage. Si tu t'inquiètes de ça."
Elle se tourna pour lui faire face. "Tu l'es ? Inquiet ?"
Il n'était pas certain de savoir quoi répondre. "Je ne sais pas. Et toi ?"
Ils se regardèrent pendant quelques secondes avant que Tom n'éclate de rire et que B'Elanna ne soupire. "Ce n'est probablement même pas un problème", fit-elle finalement. "Tous les autres couples mixtes Humain-Klingon dont j'ai entendu parler ont eu besoin d'aide pour avoir ne serait-ce qu'un seul bébé. La cote pour qu'ils puissent en avoir deux, qui plus est aussi rapidement, sans aucune..." Elle sembla remarquer l'expression qu'il faisait. "Quoi ?"
Il y avait des moments oŁ son entraînement médical était un sérieux obstacle à une rationalisation correcte. "B'Elanna, le fait que tu sois tombée enceinte aussi rapidement... Enfin bref, cela signifie que nous n'aurons probablement jamais besoin d'aide. Nous sommes génétiquement compatibles. Nous ne pouvons pas compter sur ta moitié Klingonne comme contraceptif. Alors..." Il revint à la question en cours. "A moins que nous soyons prêt à nous risquer à avoir un autre bébé..."
Elle acquiesça. "Alors tu penses que nous devrions prendre les devants."
Tom secoua la tête. "Je n'ai pas dit cela. Honnêtement... Je me faisais à l'idée que nous aurions quelques enfants de plus, un jour. Peut-être un frère ou une soeur ou deux pour Miral... Mais je sais comme tu te sentais mal pendant les derniers mois de ta grossesse et comme nos vies sont déréglées actuellement. Si tu penses que nous ne sommes pas prêts..."
"Je n'ai pas dit pas. Pas exactement." Elle resta assise là pendant un moment, regardant au loin dans le noir. Puis elle prit sa main. "De toutes les choses que j'avais planifiées de toute ma vie... Et bien, la plupart ne se sont pas exactement passées de la façon dont je m'attendais. Les surprises, cependant... Se retrouver coincée sur le Voyager, devenir chef ingénieur..."
"Tomber amoureuse d'un gars que tu pensais détester," ajouta-t-il au bon moment.
Elle gloussa doucement. "Me marier, tomber enceinte... Toutes les plus belles choses de ma vie sont arrivées quand je m'y attendais le moins. Alors, peut-être devrions-nous juste tenter notre chance. Voyons quelles autres surprises la vie nous réserve."
"Suivre notre destinée, tu veux dire", reprit-il sur un ton monocorde.
"Je suppose que oui", fit-elle en hochant la tête. "Si cela te convient."
Tom sourit et la serra fort contre lui. "Cela me va parfaitement. En fait... Je me verrais bien tenter mes chances maintenant. En espérant que ton corps puisse encore supporter un peu de mouvement ce soir." Il laissa glisser sa main vers le bas de son dos jusque dans la poche arrière de son jean.
B'Elanna lui donna une tape sur la main. "Et bien si je tombe dans les pommes, je connais un bon médecin qui sait ce qu'il faut faire pour me soigner." Elle se pencha et l'embrassa passionnément. "Tu viens..."
Elle se leva, lentement, et l'attira jusqu'à la porte. Il était juste derrière elle, quand le souvenir d'une chose qu'il avait découverte pendant que B'Elanna prenait sa douche le stoppa net. "Mieux vaut que j'aille chercher la trousse médicale", fit-il en cherchant les clés de la voiture dans sa poche.
"Pourquoi ?" demanda-t-elle. "Qu'est-ce qui ne va pas ?"
Tom revint sur ses pas pour l'embrassa avant de redescendre les marches au pas de course. "C'est un matelas à eau. Je n'ai pas envie que tu aie en plus le mal de mer !"
 
***
 
Elle se réveilla à la lumière des éclairs qui striaient le ciel matinal et au son bruyant du tonnerre. Catherine s'assit sur le lit et attendit de voir si elle pouvait déterminer la gravité de la tempête avant de réveiller Chakotay. Elle utilisa l'éternel truc du comptage des secondes entre l'éclair et le tonnerre pour savoir à quelle distance ils étaient du centre de l'orage. Une... Deux... Trois... 'Crack'. Ce dernier fut suivi immédiatement de gouttes d'eau qui éclaboussèrent le toit et se transformèrent aussitôt en une averse torrentielle. Elle comprit rapidement que la violente tempête de plasma qu'ils redoutaient n'était probablement rien de plus que la version locale d'une grosse averse d'été.
Le temps des quatre derniers jours avait été presque parfait, elle savait qu'elle ne devrait pas se plaindre d'une petite pluie. Pourtant, elle aurait aimé gravir sa montagne favorite cet après-midi et n'avait compté marcher dans la boue. Un changement de plans vers des activités plutôt intérieures serait peut-être bon à envisager. Mais quand même, quelle perte de précieux temps !
Elle balança ses pieds par-dessus le bord du lit et toucha le sol avec précaution du bout des orteils. L'air du matin était encore frisquet et leur abri manquait pour le moins de chauffage. Elle s'attendait donc à la sensation de froid qu'elle ressentit sous elle. Même si le lit était chaud et qu'elle n'avait nulle part oŁ aller, maintenant qu'elle était réveillée, il y avait de bien plus grands impératifs que de traîner sous les couvertures. Café !
Elle alla jusqu'à la cuisine, activa le réplicateur portable et en retira la tasse après sa matérialisation. Puis elle s'assit à la table que Chakotay avait fabriquée. Les matins sur la Nouvelle Terre étaient si paisibles et calmes, même avec la tempête qui faisait rage au-dessus d'eux. Catherine ressentait une impression de calme qui lui avait souvent échappé sur le Voyager, même durant les meilleurs moments.
Elle avait réfléchi durant les derniers jours à la manière dont sa vie l'avait épuisée et comme la réalité de sa carrière était différente de celle qu'elle avait imaginée quand elle était jeune cadette à l'Académie. Tout en étant la fille d'un respectueux Amiral de Starfleet, elle s'était toujours définie d'abord comme une scientifique et une exploratrice. Et même si elle accueillait avec bonheur son commandement, elle n'avait jamais ressenti le moindre appétit tenace pour cela, du moins pas plus que la plupart des Capitaines de vaisseaux. Elle se sentait bien et en confiance à la tête de son équipage. Par nécessité, elle était devenue une tacticienne talentueuse et un formidable adversaire. Elle avait fait et refait ses preuves dans d'innombrables batailles.
Pourtant, certains matins, elle se reconnaissait à peine dans son miroir. Et de plus en plus souvent, ces derniers temps, elle ne reconnaissait pas l'organisation qu'elle avait jurée sur sa vie de servir.
Starfleet, son Starfleet, était un organisme honorable et uniquement dévoué à l'exploration de l'espace et la défense de la Fédération. Leurs lois, leurs principes avaient été patiemment améliorés pendant des siècles. Ils étaient plus que de simples directives et règles. Ils étaient profondément ancrés comme une philosophie, un code moral strict. C'est pourquoi il lui avait été aussi douloureux de découvrir par elle-même le niveau de corruption et de collusion qui existait maintenant dans la flotte. Elle était meurtrie dans sa chair par la profondeur de l'infiltration de la Section 31 dans les rangs de l'Amirauté.
Cette révélation l'avait fait se poser des questions pour la première fois sur la manière dont elle voulait passer le reste de sa vie. Il était sûrement vital que des officiers comme eux, la femme et l'homme qui croyaient en et tentaient de restaurer l'intégrité de la flotte, se dévouent à cette cause, quel que soit le coût personnel. Elle devait à son père, à elle-même et aux milliers de ses pairs qui étaient morts en service pour la Fédération de s'assurer que cela en valait la peine.
Mais elle se sentait fatiguée. Et elle s'était déjà tant sacrifiée. Etait-il mal d'imaginer qu'elle puisse avoir une vie plus simple, moins compliquée ? Une vie de chercheur ou d'explorateur ? Une vie oŁ son prénom serait Catherine, et non Capitaine ?
Elle but une longue gorgée de café et soupira. Rien que de penser à tout cela la crispait. Elle porta ses mains à ses épaules pour se réconforter, mais y découvrit avec surprise que d'autres mains y étaient déjà.
"Tu es supposée te détendre", dit Chakotay en commençant à la masser. "Qu'y a-t-il ?"
Son timing était parfait, comme d'habitude "J'étais en train de penser à ce à quoi nous ferons face quand nous rencontrerons à la maison", admit-il. "Je ne suis pas sûre de savoir à combien de batailles je devrai encore faire face."
La pression de ses mains augmenta tandis qu'il descendait le long de ses épaules et commençait à décrire des ronds avec ses pouces dans son dos. "Alors arrête de combattre", fit-il. "Laisse quelqu'un d'autre mener la charge. Tu as fait plus que ta part."
Il y avait dans ses mots une certaine ironie dont il ne se rendait peut-être pas compte. Elle se leva, lui prit la main et le tira jusqu'à la chaise en face d'elle. Quand il fut assis, elle prit ses doigts dans les siens. "Je veux te raconter une histoire", fit-elle, essayant de ne pas sourire. "C'était un guerrier colérique..."
"Catherine", l'interrompit-il, mais elle lui serra les mains et continua de parler.
"Chakotay, quand les Cardassiens faisaient des raids sur les colonies et que tu as découvert ce qu'ils avaient fait à ton peuple, même en sachant que tu ne pouvais plus sauver ta propre famille, tu a donné ta démission et rejoint le Maquis."
Elle voyait qu'il ne comprenait pas oŁ elle voulait en venir. "Oui", fit-il doucement.
"Pourquoi ?" demanda-t-elle. "Tu savais que tes chances étaient infimes. Tu savais que tu devrais certainement sacrifier tout ce pour quoi tu avais travaillé et peut-être même ta vie. "Pourquoi as-tu décidé d'embrasser leur combat ?"
Son expression se changea en un regard tranquille de compréhension. "Parce que ce que les Cardassiens et la Fédération faisaient était mal. Et je ne pouvais pas m'asseoir en regardant les choses se passer alors que je savais que je pouvais jouer un rôle en rétablissant en partie la situation. Je me le devais à moi-même. Et à mon père." Ses mains se serrèrent autour de celles de Catherine quand le parallèle devint évident. "Il serait fier de sa fille, tu sais... Amirale Janeway."
Elle sourit tristement. "Comme le serait Kolopak de son fils."
Ils restèrent assis en silence pendant un moment, se contentant d'écouter la pluie frapper le plafond. "Tu sais, Catherine, quoi que tu décides de faire, tu n'y feras pas face toute seule. Nous y ferons face ensemble."
Elle sourit et hocha la tête. "Je sais. Mais nous n'avons pas à encore à y penser. Nous avons encore trois jours à passer ici et j'ai bien l'intention de profiter de chaque minute qui nous reste." Elle le tira fort par la main. "Pour le moment, je crois que tu as manqué un point de tension sur mon épaule."
Chakotay rit et se leva pour terminer son massage. En fermant les yeux pour se forcer à se détendre, Catherine se promit de tenir sa promesse. Le temps qui leur restait sur la Nouvelle Terre s'écoulait à grande vitesse et elle ferait tout ce qu'elle pouvait pour faire durer les trois derniers jours de leurs vacances aussi longtemps que possible.
 
***
 
B'Elanna commençait à se demander comment quelques jours sur la route pouvaient paraître une telle éternité. Sans parler des trois jours qui restaient avant qu'elle ne puisse prendre une longue douche sonique, fermer les yeux sans ressentir une impression permanente d'accélération, ou profiter d'une tasse chaude de raktajino. Non pas qu'elle ait envie une boisson chaude pour le moment. En fait, avec le soleil du désert qui tombait sur leur décapotable, elle rêvait d'un grand thé glacé Ktarien.
Elle aimait la chaleur, l'appréciait vraiment, au contraire de son mari et de sa fille. Miral, dont la ceinture de sécurité était doublée d'une sorte d'auvent, profitait de la seule ombre disponible dans la voiture. Mais elle commençait à s'ennuyer sérieusement, un jour après l'autre passée à rester assise sans bouger. Les ceintures avaient besoin de, et bien... de serrer, et rester engoncée dans la voiture pendant des heures interminables commençait à prélever son tribut. Elle devenait grognon et, juste après qu'ils aient passés le col des Buzzards ce matin, elle avait commencé à donner des coups de pieds dans le dos du siège de Tom, le distrayant de la conduite. Elle tapait, tapait, tapait et tapait. A la station essence oŁ ils avaient rechargé la voiture en énergie, il était allé jusqu'à lui retirer ses chaussures, expliquant à B'Elanna que les petits pieds de Miral devaient probablement chauffer à cause de la chaleur. Bien sûr, dès qu'ils s'étaient remis en route, elle s'était remise à frapper. Tom ne s'était pas plaint, naturellement. Il n'aurait jamais admis que quelque chose d'aussi banal pouvait être si incroyablement énervant. Mais B'Elanna le voyait bien taper des doigts nerveusement sur la bordure de sa portière et serrer son volant.
Elle voyait également qu'il prenait lentement une teinte rose brillante.
"On devrait peut-être mettre la capote", suggéra-t-elle. "Tu es en train de prendre un sale coup de soleil."
Il la regarda l'air incrédule. "Quel plaisir resterait-il ? Une décapotable avec la capote remise... Autant prendre autre chose qu'une décapotable."
Quelle logique implacable, pensa-t-elle.
"Je veux dire, à moins que tu aies besoin, toi, que la capote soit relevée. Par exemple si tu avais trop chaud, ou autre chose."
Ah d'accord. Monsieur 'route sauvage' n'admettait pas que sa peau pâle était en train de brûler comme un poulet rôti. Mais si c'était elle qui se plaignait de son confort ou de sa sécurité, alors il accepterait. "En fait", fit-elle, décidant de protéger l'épiderme et la fierté de Tom, je pense que j'aimerais mieux qu'elle soit remise. A condition que cela ne te gâche pas tout ton voyage."
Il essayait de ne pas avoir l'air trop soulagé. "Et bien... D'accord." Il rangea la voiture sur le bord de la route et appuya sur le levier pour libérer l'armature du toit. "Donnes-moi un coup de main."
Ils sortirent de la voiture et montèrent le cadre de métal en accordéon. Tom rabattit l'auvent désormais inutile du siège de Miral et B'Elanna fit le tour jusqu'au côté du conducteur pour sécuriser les attaches restantes qui maintenaient le toit en place.
Une pensée lui revint soudainement à l'esprit. Elle ouvrit rapidement la porte du côté conducteur et s'installa derrière le volant.
"Qu'est-ce que tu fais ?" demanda Tom en entendant la porte claquer. Il se pencha en avant, les bras croisés sur la bordure de ce qui avait été jusque-là sa portière.
"C'est à mon tour de conduire", fit-elle de facto. "Maintenant, remonte dans la voiture."
"B'Elanna, je ne suis pas certain que ce soit une bonne..."
"La seule raison pour laquelle j'ai accepté de venir faire ce voyage était de pouvoir conduire pendant une partie du parcours. Maintenant, nous sommes sortis des montagnes et avons passé le col des Buzzards. Monte dans la voiture ou bien je repars sans toi."
Elle le sentait la fixer des yeux, mais il fit le tour du véhicule jusqu'au côté du passager, tira sur la poignée de portière et grimpa dans le siège. "Toute cette histoire de toit n'était qu'une excuse, n'est-ce pas ? Tu voulais juste que j'arrête la voiture pour me duper et te laisser conduire."
"Si tu le dis", le taquina-t-elle en se disant qu'elle aurait bien voulu avoir une telle idée. C'était plus de l'opportunisme que de la préméditation, pour être honnête. "Maintenant, rappelle-moi quelle est la pédale d'accélérateur et celle de frein ?"
L'air paniqué que Tom montra la fit regretter de ne pas avoir emporté l'appareil photographique du Docteur. "Je plaisante", fit-elle, tournant le contact et la remettant sur la route. "Contrairement à Harry Kim, je suis une excellente conductrice."
 
***
 
Pour sa défense, le lapin avait surgi de nulle part. Naturellement, si elle n'avait pas eu le pied au plancher, elle aurait été capable d'arrêter le véhicule à temps sans avoir à faire un écart hors de la route dans un fossé rocheux.
Tom savait qu'elle attendait qu'il lui fasse une remarque sur sa manière de conduire. Il savait aussi qu'il était même dangereux de faire une allusion du genre 'je te l'avais dit' à sa femme embarrassée, demie-Klingonne ou pas. Il se concentra donc sur la tâche présente, remettre la Mustang sur la route et se préparer à changer le pneu désormais à plat. B'Elanna était derrière le volant, Tom poussait, et en une minute ils furent revenus sur le bitume.
"Serre le frein à main", lui cria-t-il. "Et arrête le moteur." Puis il déverrouilla le coffre et commença à démolir leur rangement si bien ordonné. Rapidement, leurs bagages, le lit pliant de Miral, la trousse de secours, leur réserve d'eau de sécurité, un sac rempli de livres et de jouets et un jerricane de secours de carburant s'entassèrent sur le côté de la route. Tom plongea la main au fond du coffre maintenant vide et saisit le cric et le croisillon à clé. En ressortant la tête du coffre, une pensée lui traversa l'esprit. Il regarda successivement l'intérieur du coffre et la pile d'affaires, puis à nouveau le coffre.
"B'Elanna !"
"Pas besoin de hurler, je suis là", fit-elle en apparaissant à ses côtés.
Il essayait de garder son calme. "OŁ est la roue de secours ?" demanda-t-il.
Ses yeux s'agrandirent en un instant et prit le même air qu'avait le lapin au moment oŁ ils avaient failli lui rouler dessus quelques minutes plus tôt. "Euh..."
Ce fut à cet instant précis qu'il comprit comment B'Elanna avait réussi à faire rentrer un lit pliant dans un coffre de la taille d'un grille-pain. "Tu as retiré la roue de secours. Tu as retiré la roue de secours avant que nous partions de la maison." Elle se mordait les lèvres, mais ne lui répondit pas. "Génial..."
"Et bien", fit-elle en se mettant en colère. "Si tu m'avais laissée prendre un communicateur, nous aurions simplement pu appeler quelqu'un pour qu'il vienne nous chercher, ou bien tu aurais pu te téléporter à la maison pour rapporter cette damnée roue. Pourquoi t'ais-je laissé m'entraîner au beau milieu du désert sans aucun moyen de..."
"Ah, parce que maintenant, c'est de ma faute ?" dit-il, incrédule.
"Et bien, tout ce voyage stupide était ton idée", lui jeta-t-elle à la figure. "J'étais parfaitement heureuse sur la plage, mais non, il fallait que tu nous emmènes en balade en famille à l'ancienne !" Elle se retourna et retourna devant la voiture en tapant du pied dans les pierres du bord de la route.
Pour la première fois, Tom se demanda si elle n'avait peut-être pas raison. Leur voyage entier prenait une tournure complètement différente de ce qu'il avait imaginé. Dans le holodeck, si une partie de l'histoire vous ennuyait ou posait problème, vous pouviez tout simplement sauter en avant ou la reprogrammer, ou même arrêter le programme pour choisir autre chose. Mais après deux jours de route et rien d'autre à faire que conduire, entre Miral qui le harcelait de coups de pieds et B'Elanna qui devait constamment aller aux toilettes, il finissait par se demander ce que les familles du vingtième siècle avaient trouvé de si amusant dans le fait de traverser le pays en voiture.
"Je suis désolé", entendit-il soudain derrière lui. "Je ne savais pas que les pneus étaient si fragiles. J'aurais dû te demander avant d'enlever la roue de secours." B'Elanna avait les mains dans les poches et avait véritablement l'air de s'excuser.
"Je suis désolé aussi", fit-il en soupirant. "Tu avais raison pour le communicateur. J'aurais dû en apporter un juste en cas d'urgence."
Elle hocha la tête puis pencha la tête vers leur pneu à plat. "Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?" demanda-t-elle.
Il y réfléchit quelques secondes. "Il n'y a qu'une seule chose à faire", dit-il. "Remettons toutes ces affaires dans le coffre et conduisons sur la jante jusqu'à ce que nous puissions la réparer."
Cela ne va pas fausser la suspension ?" demanda-t-elle. "Il pourrait y avoir une grande distance jusqu'à la prochaine station-service."
La réaction de Tom la surprit. "C'est juste une voiture. Une voiture répliquée, en plus." Il sentait son sens de l'humour revenir. "Naturellement, si cela avait été une authentique Mustang millésime 69..." fit-il avec le sourire.
"Il aurait fallu que je marche le reste du voyage jusqu'au Grand Canyon ?" se hasarda-t-elle.
"Ca, c'est une idée", répondit-il. Puis il sourit et entreprit de remettre toutes leurs affaires dans le coffre.
Une fois le coffre refermé, prêts à partir, B'Elanna et Tom recommencèrent à se chamailler pour le siège de conducteur.
"Tu plaisantes, n'est-ce pas ?" demanda-t-il.
Elle soupira bruyamment et regagna lentement le côté passager. "Foutu lapin !" l'entendit-il marmonner entre ses dents.
Et ils repartirent. Lui, pilote de vaisseau spatial, sa femme, ingénieur surdouée mi-Klingonne et leur fille, qui aurait pu à peine quelques semaines plus tôt les faire léviter jusqu'à la prochaine station grâce à ses pouvoirs spéciaux, ballottés dans une voiture bancale à la vitesse incroyable de vingt kilomètres à l'heure. Une famille typique du vingt-quatrième siècle dans des vacances autrefois typiques d'une famille qui partait à l'aventure sur la route 66...
 
***
 
Il leur restait moins de vingt-quatre heures de vacances et Chakotay détestait la pensée de quitter la Nouvelle Terre. Catherine et lui avait passé une semaine presque idyllique à redécouvrir leur vieux foyer, à se redécouvrir. Et il l'avait même aidée à réfléchir à la décision qui changerait le cours de sa vie. Quant à sa vie à lui, il n'y avait pas vraiment de décision à prendre. De son propre chef, il la suivrait comme il le faisait déjà depuis de nombreuses années.
Marchant le long d'un large ruisseau qui se jetait dans leur lac, il se souvenait d'un temps oŁ tout ce à quoi il pensait était sa carrière dans Starfleet. Couché dans son lit la nuit sur la colonie Dorvane, l'adolescent mettait au point son plan pour quitter la tribu, gagner une place à l'Académie de Starfleet et faire son chemin en gravissant les rangs. Il avait eu l'envie irrésistible de voir ce qu'il y avait ailleurs, d'explorer d'autres mondes et de se prouver à lui ainsi qu'à son père qu'il y avait des choses plus importantes que de cultiver la terre et préserver leur culture de natifs américains.
Aujourd'hui, gravissant le petit sentier qui le ramènerait à leur abri, il réalisait comme ses grands rêves avaient finalement été bien futiles. Maintenant, avec la sagesse et la maturité qui venaient avec l'expérience, il voyait l'inestimable valeur d'une petite vie simple. Et ses priorités avaient changé. Son exploration de la galaxie l'avait conduit à se découvrir lui-même, à découvrir le genre d'homme qu'il voulait être. Et cela l'avait conduit à une femme qu'il était certain de vouloir suivre partout oŁ elle irait.
Il était un temps oŁ il aurait considéré cela comme une faiblesse, laisser quelqu'un d'autre décider de la course de sa vie. Mais c'était avant qu'il ne tombe amoureux d'un Capitaine de vaisseau stellaire. Avant qu'il ne sache que de l'avoir à ses côtés lui importait infiniment plus que de revenir chez les siens. Il avait découvert après en avoir perdu trop que c'était les gens de sa vie qui importaient. Et la plus importante des ces personnes était en train de monter dans sa baignoire juste à côté de leur maison.
Cela ne pouvait dire qu'une seule chose. Elle avait quelque chose en tête.
Décidant de la laisser à sa solitude pour un petit moment supplémentaire, Chakotay prit une bifurcation et se dirigea vers la crête de la colline. Puis il s'assit sur le rebord d'un rocher et croisa les jambes sous lui. De son point de vue surélevé, il pouvait voir presque tout le lac, leur territoire, leur abri et leur immense champ de vigne de tomate. Au-delà, il distinguait l'Astérix qui attendait patiemment de les ramener jusqu'au Voyager.
Avec de la chance, quand ils seraient de retour, les négociations avec les Vidiiens seraient terminées et ils pourraient entamer leur voyage de retour jusque chez eux. Chez eux. Cela semblait une étrange expression, assis en contemplant un monde alien auquel il pensait aussi et de nouveau comme à chez lui. Mais il savait que le Quadrant Delta ferait bientôt partie de leur passé. Le futur se trouvait à soixante-cinq mille années-lumière de là, à l'endroit oŁ leur voyage avait débuté, il y avait si longtemps. Finalement, une fois cette dernière mission finie, ils pourraient mettre un terme à leur aventure et reprendre le cours de leur vie.
A ce moment, pour la première fois depuis que l'Astérix avait atterri cinq jours plus tôt, il réalisa qu'il était presque impatient de cela.
 
***
 
Le fond de l'air était distinctement frais quand elle déposa sa robe sur une branche et grimpa dans son bain. L'été s'en allait. L'automne s'installait. Pour une raison étrange, cette pensée l'attrista. L'eau chaude formait de douces volutes autour d'elle en s'évaporant et Catherine se laissa glisser dans l'eau et se détendit, le dos contre le bois doux.
Une pensée s'imposa à elle. Ils allaient devoir faire leurs bagages ce soir, recycler toutes leurs réserves supplémentaires et emballer les affaires qu'ils voudraient emporter. Elle se souvenait la première fois qu'ils avaient refermé leur abri, en silence, en attendant que le Voyager arrive avec leur remède. Comme ils l'avaient fait alors, ils devraient s'assurer par balayage de l'absence de contamination dans leurs bagages, pensa-t-elle distraitement. Alors que Chakotay et elle présentaient une immunité naturelle à la maladie qui avait autrefois causé leur exil, et bien que le Docteur saurait immédiatement comment traiter le mal chez d'autres, il n'était pas utile de risquer d'exposer qui que ce soit d'autre de l'équipage.
Cela lui rappelait autre chose. Elle voulait un compte-rendu complet de son officier médical en chef et de Tuvok et Ayala dès qu'elle serait de retour. Starfleet pouvait peut-être l'exclure des négociations Vidiiennes, mais ils ne pouvaient pas l'empêcher de savoir exactement ce que...
Elle s'arrêta nette de penser et secoua la tête. Elle était là, assise dans un bain chaud, le dernier soir de ses vacances, et pourtant son esprit était déjà de retour sur le Voyager, à son devoir et aux problèmes qu'elle avait remis à plus tard mais pas abandonnés. Aucun doute, son subconscient essayait de la préparer à la réalité à laquelle elle était sur le point de faire face.
Elle ouvrit donc les yeux et essaya de ne plus penser à rien pendant quelques minutes. Elle aurait tout le voyage de retour en navette pour se préparer à redevenir Capitaine du Voyager. Pour l'instant, elle était juste Catherine. Elle s'accrocherait à cela aussi longtemps qu'elle le pourrait.
Balayant du regard le sommet des arbres, elle décida de chercher après le petit primate qu'elle avait vu pour la première fois dans son bain. Quand elle entendit un bruissement derrière elle, elle se retourna pour voir s'il avait finalement décidé de faire une apparition. Au lieu de cela, elle vit Chakotay qui venait vers elle depuis le haut de la colline.
"Tu as l'air déçu", fit-il. "Tu attendais quelqu'un d'autre ?"
Elle sourit. "Je suppose que non." Elle sortit sa main et l'invita à s'asseoir sur le rebord de la baignoire. "J'espérais juste que nous reverrions notre petit ami avant de devoir repartir."
Chakotay rit. "Je suis absolument certain que si nous avions dû rester encore six autres mois, nous l'aurions domestiqué et invité à vivre dans l'abri. Je dois t'avouer que je finissais par devenir un petit peu jaloux de cet autre homme dans ta vie."
Elle lui donna une petite tape de ses doigts mouillés, mais rit. "Ne crains jamais un peu de compétition", le taquina-t-elle. "De plus, je suis presque sûre que tu l'aurais vaincu en combat."
Il sourit et prit sa main. "Aussi vrai que tu peux être sûre que je ne t'abandonnerais pas sans combattre."
Elle soupira et sentit cette petite tension courir à travers elle une fois de plus. Chakotay sembla s'en apercevoir et la regarda dans l'expectative. "Catherine, est-ce que quelque chose ne va pas ?"
Elle secoua la tête. "Non, rien du tout. Pourquoi demandes-tu cela ?"
Il étudiait son expression d'une manière qui la mit mal à l'aise. "Tu me crois, n'est-ce pas ? Que je me battrais pour toi... pour nous. Tu peux en être sûre. Tu peux me faire confiance."
"Je sais", le rassura-t-elle en serrant sa main.
"Alors dis moi pourquoi tu as l'air sombre chaque fois que je mentionne cela."
Elle chercha la réponse en elle. "Je n'en suis pas sûre. Je pense que ce juste que... Et bien, la dernière fois que nous sommes partis d'ici, je pensais que j'aurais besoin de..."
"Définir certains paramètres", finit-il. "Je sais. Et j'ai détesté cela. Mais je l'ai respecté."
"J'ai muré une partie de moi ce jour-là. Et même après que nous nous soyons retrouvés, je ne suis pas sûre d'avoir complètement abattu le mur. Mais je ne peux plus agir ainsi, désormais. Pas après être revenue ici. Je ne peux pas me protéger éternellement. Je suis fière de ma force, d'habitude... Mais quand je suis avec toi comme ça, je me sens bizarre..."
"Vulnérable ?" demanda-t-il.
Elle ferma les yeux et hocha la tête. C'était cela. Elle n'avait pas peur de lui. Elle avait peur de sa propre vulnérabilité. Elle avait peur de laisser quelqu'un entrer dans sa vie assez pour la laisser sans défenses. Même quelqu'un en qui elle avait pleine confiance.
Sans qu'elle n'en dise un mot, il sembla comprendre. "C'est un risque que nous devons prendre, Catherine. Quand nous aimons quelqu'un. Quand nous laissons quelqu'un nous aimer."
Elle leva la tête vers lui et sut à cette seconde qu'elle était déjà allée trop loin pour faire demi-tour. Même s'il lui avait fallu des années pour finalement l'admettre, il faisait déjà partie d'elle. Et il y avait assurément une différence entre être vulnérable et être faible.
D'une certaine façon, cette mise au point sembla lui apporter tranquillité et paix. Comme tant de peurs, la nommer l'en avait guérie. Elle sourit et s'imprégna de son nouvel état de paix et de sécurité. Et au lieu de se sentir vulnérable, cela lui rendit sa force.
Si bien qu'elle agît sur une impulsion qu'elle avait eue la première fois qu'il s'était approché d'elle quand elle était dans son bain. Elle lui agrippa la main et d'un coup brusque et fort, le fit basculer dans la baignoire avec elle. "Je t'aime, tu sais", fit-elle en embrassant ses lèvres toujours sous le choc de la surprise.
Une fois qu'il eut retrouvé ses sens, il commença à rire de son impulsivité. "C'est une très bonne chose", fit-il, se penchant pour l'embrasser à son tour. "Parce que tu es coincée avec moi pour le restant de tes jours."
 
***
 
B'Elanna commençait à penser qu'ils resteraient coincés là pour le restant de leur jours, dans un minuscule garage poussiéreux de la ville quasi-désertée de Williams, Arizona. Elle aurait pensé qu'une ville uniquement connue pour la route qui la traversait possèderait plus qu'un seul mécanicien auto. Mais encore pire, comme tout le reste sur cette autoroute historique de malheur, ils insistaient avec leur authenticité. Aucun réplicateur, aucune station de téléportation. Rien d'autre que de vieilles lignes téléphoniques filaires qui les connectaient à d'autres coins paumés sans intérêt. Ces gens n'avaient pas la moindre envie de vivre dans un monde moderne.
Les six dernières heures passées sur la route s'étaient déroulées à vitesse d'escargot, à prier que la jante circulaire de métal ne se désintègrerait pas avant qu'il aient atteint une zone peuplée. Finalement, ils avaient échoué dans cette pâle imitation de ville, le dernier arrêt sur la route 66 avant le contournement du Grand Canyon, et plus précisément dans cette minuscule station-service.
Désormais, bien sûr, ils avaient plus qu'un simple pneu à plat. La jante avait été entièrement rongée. Les échardes de métal coupant qui avaient été projetées avaient percé plusieurs trous dans la capote. Le joint avait aussi été dépouillé et le pneu de marque universal, ou quelque chose dans le genre, présentait une longue balafre. La suspension était foutue, le radiateur percé et perdait de l'eau et, peut-être était-ce la seule bonne chose, la radio était morte. Durant deux heures, B'Elanna avait été obligée de n'écouter que la bruyante respiration de son mari et les crises de colère occasionnelles de sa fille.
Et en l'absence de la vitesse, ils avaient eu à peine assez d'air pour les garder conscients. Elle avait chaud et aurait bien sué si l'air si chaud et sec n'avait pas évaporé toute transpiration.
En d'autres mots, la Mustang était grillée, comme ses nerfs.
Encore pire, B'Elanna était assez fatiguée et déshydratée pour commencer à se demander s'ils n'avaient pas glissé par une sorte de portail temporel et se trouvaient maintenant vraiment en 1969. Les commodités auxquelles elle s'était si bien accoutumée n'étaient que le prolongement de son imagination. Occasionnellement, juste pour vérifier quelle était la vérité, elle cherchait une surface réfléchissante pour s'assurer qu'elle avait toujours des crêtes crâniennes. Ou bien était-elle vraiment une terrienne folle qui s'était juste imaginé vivre au vingt-quatrième siècle ?
Tom ne faisait rien pour l'aider. Il faisait les cent pas, caressant la capote de la voiture comme s'il voulait faire ses adieux à un ami mourant. Il montait la garde au chevet de la Mustang, espérant, imaginait-elle, qu'un quelconque miracle remettrait sur pied son amie à six cylindres. Elle ne pouvait plus le supporter et avait installé Miral à l'ombre pour regarder le soleil descendre lentement sur l'horizon.
Juste au moment oŁ sa santé mentale et son mariage semblaient des plus ténus, elle avait vu une voiture sortir de l'autoroute pour venir jusqu'à la station. Non, pas une voiture. Cela ressemblait plus à une navette, un grand véhicule vert avec des vitres teintées. Quand il s'arrêta devant elle et que la porte s'ouvrit, elle sentit une vague d'air froid s'échapper de l'intérieur. Ce véhicule avait son propre contrôle atmosphérique ! Elle fit tout ce qu'elle put pour garder son contrôle et ne pas sauter dedans.
Au lieu de cela, elle attendit que les deux petits enfants, qui semblaient ne pas avoir plus de six ans, courent devant elle et aillent jusqu'à la boutique adjacente au garage. Juste derrière eux, un homme ouvrit la porte du passager et sortit.
"Salut", fit-il en passant devant elle. Puis il attendit que le conducteur, en fait une femme d'environ son âge, descende pour l'accompagner. En se dirigeant vers la boutique, elle les vit jeter un oeil sur le garage puis se retourner pour la regarder.
"Est-ce votre voiture ?" demanda la femme.
"Ca l'était", répondit B'Elanna. "Mon mari est en train de la veiller, si vous désirez l'accompagner."
La femme sembla véritablement désolée et marcha vers le garage pour aller parler avec Tom. L'homme cependant, B'Elanna pensait que c'était son mari, s'approcha d'elle et de Miral. "Fou de voiture, ou fou d'histoire américaine ?" demanda-t-il.
Elle grimaça. "Les deux. Quel a été votre premier indice ?"
Il sourit. "Kimberly est pareille. Nous passons deux semaines chaque année sur Terre et elle insiste pour que nous en passions une à..."
"N'en dites pas plus", l'interrompit B'Elanna. "vivre des 'vacances en famille à l'ancienne', à faire le voyage jusqu'au Grand Canyon." Elle comprit soudain les implications de ce qu'il venait de dire. "Vous voulez dire que vous avez déjà fait cela avant ?"
Il hocha la tête. "C'est la troisième fois. La première année, avant la naissance des enfants, nous l'avons fait en moto. Je n'ai pas pu marcher pendant une semaine, après cela. Puis ça a été avec un véhicule appelé une 'Chrysler'. Nous étions assis si près du sol que je pouvais sentir chaque caillou de la route. Cette fois-ci, je lui ai dit que la seule manière pour que je vienne était qu'on s'organise correctement." Il indiquait le véhicule vert devant lui.
B'Elanna le détailla plus attentivement. "Qu'est-ce que c'est ?" demanda-t-elle.
"Ca s'appelait un monospace", fit-il. "Air conditionné, transmission automatique, contrôle de navigation, un petit système de récréation pour les enfants, et assez de place à l'arrière pour que je puisse faire une petite sieste quand je suis trop fatigué de regarder le sable passer sous nos pieds. Venez-y jeter un oeil."
Elle se pencha par la porte ouverte et sentit l'air encore frais de l'intérieur. Elle réalisa qu'elle bavait presque. "Agréable", fit-elle finalement.
"Hé", proposa-t-il. "Si votre famille et vous avez besoin qu'on vous dépose quelque part, nous ne sommes qu'à deux heures du Canyon. Kim et moi serions heureux de vous emmener pour terminer votre trajet."
B'Elanna sentit son coeur accélérer, même si elle tentait de rester calme. Si ce pauvre homme savait à quel point elle était prête à exploser, il ne l'aurait pas laissée là si près de ses enfants. "Nous ne voulons pas nous imposer", répondit-elle calmement.
"Vous ne vous imposez pas du tout", répondit-il. "Accessoirement, mon nom est Harry."
C'était le signe de trop. "B'Elanna", fit-elle, souriant et tendant la main. "Et le fou sentimental là-bas est mon mari Tom."
"Heureux de vous rencontrer", fit-il. Maintenant, allons voir si nous pouvons éloigner nos deux pleureurs du corps."
 
***
 
Le soleil était couché depuis longtemps quand ils arrivèrent dans le parking du Motel du Grand Canyon. Leurs chauffeurs, Kim et Harry, les avaient aidés à embarquer leurs affaires à l'arrière du monospace et Tom et B'Elanna s'étaient assis sur la banquette arrière. Les deux enfants du couple, des jumeaux de six ans appelés Kenny et Colin, avaient passé les deux heures à regarder des dessins animés de Bugs Bunny. Cela avait été amusant, du moins pendant une bonne heure. Mais Tom était fatigué. Il avait perdu toute son énergie et ressentait un sentiment de défaite. Ses vacances de rêve s'étaient transformées en cauchemar et il se demandait comment tout avait bien pu aller si mal. Quand les enfants sortirent en courant du monospace garé, il secoua délicatement la femme endormie sur son épaule.
"B'Elanna, B'Elanna, réveille-toi. Nous y sommes."
Elle entrouvrit les yeux, mais il voyait qu'elle n'était qu'à peine consciente. "Huumm ?" fit-elle en marmonnant. "Quoi ?"
Il déplaça le corps endormi de Miral sur son autre épaule et essaya de secouer son bras pour la réveiller. "On y est", dit-il. "A l'hôtel."
Elle enregistrait à peine ses paroles. "Je dors. Laisse-moi tranquille."
Après un moment, Harry apparut à la porte. "Pourquoi ne me donnez-vous pas votre bébé ? Je pense que votre femme aura besoin d'un coup de main pour entrer à l'intérieur."
Tom sourit et se tordit sur le côté suffisamment pour que Miral puisse glisser sur l'épaule de l'homme. Puis il saisit B'Elanna par les poignets et la remit en position assise.
"Argghh", grogna-t-elle. "Quoi ?!"
"Allez viens, mon endormie", dit-il en glissant son bras derrière elle sur la banquette pour la soulever et la sortir du monospace afin de la poser sur ses deux pieds. Elle était presque réveillée, maintenant, et quand il fut certain qu'elle pouvait tenir debout par elle-même, Tom reprit Miral des bras d'Harry. "Vous avez été géniaux tous les deux ", dit-il à l'homme. "Je ne suis pas sûr que nous serions arrivés ici sans votre aide, ce soir."
"Pas d'lézard", dit l'homme avant de s'arrêter net. "Désolé. J'ai peur que l'argot de Kimmy n'ait pollué mon vocabulaire."
B'Elanna gloussa sans que Tom ne comprenne exactement pourquoi. "Et bien, s'il y a quoi que ce soit que nous puissions faire pour vous", fit-il en se retournant vers leur sauveur. "N'hésitez jamais à nous le demander."
C'était une promesse idiote, l'homme était géologue et travaillait dans une ferme martienne. Il était peu probable que leurs chemins se croisent à nouveau. Pourtant, l'intention était sincère.
B'Elanna refaisait lentement surface et Tom lui tendit leur fille endormie afin de sortir leurs affaires du monospace. Il empila ce qui avait été autrefois le contenu du coffre de leur voiture sur un chariot à bagage puis referma la porte coulissante arrière. C'est là qu'il découvrit l'emblème du véhicule. L'inscription disait 'Voyager' dans un style futuriste. Tom ne put s'empêcher de secouer la tête en soupirant.
Lentement, la famille fatiguée Paris-Torres pénétra dans le hall du motel et loua une chambre. Quinze minutes plus tard, B'Elanna et Miral étaient profondément endormies dans le même petit lit douillet.
Assis là à les regarder respirer, une pensée fit lentement son chemin dans l'esprit fatiguée de Tom. Qu'importe si leurs vacances ne s'étaient pas exactement passées comme il l'avait prévu. Qu'importe si sa Mustang vieille d'à peine un mois n'était maintenant plus qu'un amas de tôle dans un tas de bric-à-brac. Il avait pu conduire les cheveux au vent sur la route la plus célèbre du pays. Il avait chanté une dizaine de refrains de '99 Bottles of Beer on the Wall' (99 bouteilles de bière sur le muret), mangé une demi-douzaine de hamburger au fromage bien gras, et fait l'amour à sa femme sur un matelas à eau dans une cabane de montagne sous le ciel étoilé. Depuis qu'ils se battaient contre les Borgs, les trois derniers jours avaient semblé un rêve. Alors, si c'était ce que la vie pouvait leur réserver de pire, il était preneur.
Il regarda dehors par la fenêtre le panneau d'affichage illuminé du Grand Canyon et réalisa que la seule merveille du monde dont il aurait jamais besoin était endormie dans le lit à côté de lui. Il sourit puis remonta les couvertures sur elles avant de sortir par la porte.
 
***
 
B'Elanna s'étira en bâillant et attendit que son corps et son cerveau se reconnectent ensemble. Elle était réveillée, à peu près, et prenait lentement conscience de ce qui l'entourait. Mais ses yeux refusaient de s'ouvrir. Elle allait rester au lit encore un peu en attendant que Miral ne se fasse entendre ou bien que Tom ne l'appelle.
Elle n'était pas certaine de pouvoir supporter encore un autre jour de ces vacances, pensait-elle. Au moins, ils étaient finalement parvenus jusqu'à ce fichu Grand Canyon. Elle se demanda combien de temps Tom insisterait pour qu'ils restent et si elle pourrait le persuader de se téléporter à la maison alors qu'il n'en avait que pour son 'aventure en famille.' Elle n'était pas certaine de pouvoir encore supporter ne serait-ce que deux minutes de plus dans une voiture.
Ses yeux refusaient toujours de coopérer, mais ses oreilles enregistraient petit à petit les sons qui l'entouraient, et pendant un instant, elle crut entendre une mouette crier. C'était peu probable dans ce désert. Des vautours, peut-être, mais pas des mouettes. Puis son nez saisissait les effluves caractéristiques d'un air marin soufflant par la fenêtre. Quelque chose clochait.
Elle força ses yeux à s'ouvrir et découvrit qu'elle était couchée dans un lit à baldaquin en rotin avec un immense matelas et une moustiquaire tombante verte. "Tom ?" appela-t-elle au hasard.
Elle se doutait bien qu'elle n'était plus en Arizona.
Elle baissa la tête et réalisa que le blue-jean poussiéreux dans lequel elle s'était endormie avait été remplacé par une chemise de soie beige. Les meubles de mauvaise qualité de leur chambre d'hôtel étaient maintenant ce que l'on aurait pu décrire comme chic et tropical. Elle descendit du lit et se dirigea vers la porte-fenêtre ouverte sur le mur d'en face de la pièce décorée avec soin.
En sortant, elle vit un sable blanc cristallin sur des kilomètres de long qui bordait la plus féerique des eaux bleues, couleur saphir. Tom et Miral barbotaient dans les vagues sur le bord de la plage. Il leva les yeux en la voyant s'approcher d'eux.
"Bonjour", fit-il comme si rien ne lui semblait étrange. "As-tu bien dormi ?"
B'Elanna porta ses mains à son visage et se frotta les yeux encore endormis. "OŁ sommes-nous ?" demanda-t-elle, ignorant sa question.
"Fidji", répondit-il sans hésiter.
"Fidji", répéta-t-elle. "Et comment sommes-nous arrivés à Fidji ?"
Tom rit. "La nuit dernière, j'ai réalisé que j'en avais plus que ma dose de la vie sur la route. Alors j'ai contacté le centre de tourisme de la Fédération et je t'ai téléportée avec nos affaires jusqu'ici. Harry et Kimmy ont surveillé Miral pendant que je t'installais, puis je suis allé la récupérer. Et voilà. Fidji."
"Juste comme ça", fit-elle. "Nous ne sommes même pas allés voir le Grand Canyon !"
Tom se gratta la tête pendant une seconde. "Tu veux qu'on y retourne ?"
Avant que B'Elanna ne puisse répondre, Miral tira violemment sur sa nuisette. "Nager, maman, nager !"
Elle se baissa et accueillit leur petite fille dans ses bras avant de se retourner vers Tom. Il répéta son offre. "Il nous reste encore quatre jours avant de devoir nous présenter au rapport pour le travail. Nous pouvons retourner au Grand Canyon si tu veux vraiment le voir."
B'Elanna se mit à rire se façon incontrôlable. "Jamais de la vie, Paris", fit-elle en lui tendant Miral avant de repartir en courant sur le sable. "Dis moi simplement oŁ tu as mis mon maillot de bain. Ma fille et moi allons nager !"
"A vos ordres, Madame !" l'entendit-elle dire en riant derrière son dos. "Vos désirs sont des ordres !"
 
***
 
C'était toujours étrange de voir son vaisseau de l'extérieur, pensa-t-elle. Et même si quelque chose en regrettait toujours la vieille coque à la configuration si familière, Catherine ressentait toujours les mêmes sentiments de fierté et de propriété devant son nouveau Voyager amélioré. Un sentiment qu'elle devrait peut-être apprendre à surpasser en fonction de la manière dont les prochains mois allaient se dérouler. Ce vaisseau, comme son prédécesseur, ne lui appartenait pas, mais appartenait à Starfleet. Un jour, elle devrait le laisser à quelqu'un d'autre. Un jour. Mais pas aujourd'hui.
Ils seraient à quai dans un peu plus de trente minutes et, bien que désormais à portée de communication, elle hésitait à faire plus que juste confirmer leur trajectoire d'approche. Elle avait tout le temps de savoir comment s'étaient passées les négociations avec les Vidiiens quand elle serait remontée à bord.
Dire adieu à la Nouvelle Terre pour la seconde fois lui avait laissé un arrière-goût amer, mais n'avait pas été le moins du monde douloureux. Ils avaient eu une seconde chance de redécouvrir leurs vies ici. Une seconde chance de se souvenir comment ils avaient pour la première fois transcendé le fait d'être Capitaine et Premier Officier au profit de Catherine et Chakotay. Et elle avait finalement trouvé un moyen de déverrouiller la porte de son coeur qu'elle avait si délibérément refermée la dernière fois qu'ils avaient quitté cet endroit. Elle était détendue et satisfaite... Heureuse.
Chakotay prenait un angle d'approche large, réalisa-t-elle, en se demandant s'il ressentait quelque regret de quitter à nouveau leurs vies sur la Nouvelle Terre. Juste au moment oŁ elle s'apprêtait à le lui demander, il tourna la tête vers elle depuis le poste de pilotage. "Bienvenue chez toi, Capitaine", fit-il tranquillement tout en glissant une main dans les siennes.
"Merci", répondit-elle, ayant la réponse qu'elle avait besoin et se préparant à reprendre une fois de plus le cours de sa propre vie. "Bienvenue chez toi, Commandeur."
Puis elle ouvrit un canal. "Astérix au Voyager. Préparez-vous à l'arrimage. Nous rentrons à bord."
 
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Ecrit par: Barbara Watson
version française: Laurent
Producteurs: SaRa, MaquisKat et Coral
Remerciements aux différents correcteurs: SaRa (version originale), Laurent (version française) .

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