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Episode 9.22 - ASSOCIÉS SOUS HIPPOCRATES, II
Par: Alicja Sara Maria (jc47@wp.pl)
Version française: Laurent (stvoyager@free.fr)

Note: Star Trek: Voyager, personnages et autres produits dérivés sont des marques déposées de Paramount Pictures. Aucune infraction aux droits d'auteurs de Paramount voulue. La Saison 8 virtuelle de Voyager (Voyager Virtual Season 8, VS8) est une entreprise à but non lucrative. L'histoire est propriété de son auteur. Pas de reproduction sans sa permission.

"Deux Docteurs mênent le combat pour trouver un remède à un mal dévastateur."

Les liens étaient bien faits et les maintenaient fermement au sol. Bien que restreints, ils n'avaient pas les poignets trop serrés et leurs mains pouvaient pendre assez librement dans leur dos.
Le Docteur n'était pas satisfait de la situation. Grommelant, il tira sur les cordes, mais cela n'eut pour résultat que de lui meurtrir plus profondément la chair. Aurait-il été de chair et de sang, le Docteur aurait ressenti une douleur intolérable. Dans son cas, il se contentait de grommeler encore plus, sans prêter attention aux cordes autour de ses poignets en tirant encore un peu plus sur les liens.
"Ne fais pas ça, Schmullus..."
Il secoua la tête en l'entendant murmurer. "Quoi ? Pourquoi ?"
"Ne t'inquiète pas", répondit doucement Danara.
Il grommela à nouveau contre les cordes qui ne semblaient pas le laisser faire. "Je n'apprécie pas d'être enlevé", finit-il par gronder en continuant de tirer de toutes ses forces.
 
***
 
Les scintillements brillants bleus disparurent de son champ de vision et il jeta un bref regard à l'Enseigne en faction au téléporteur. Il était sur le point d'adresser à la femme brune un bref signe de tête quand un mouvement brusque sur sa droite attira son attention.
Il se retourna légèrement, juste à temps pour voir Ayala, descendant du plot, qui portait déjà la main à son communicateur.
"Ayala à Tuvok."
"Oui, Lieutenant ?"
"Commandeur, le Docteur a été enlevé. Puisque vous êtes aux commandes du Voyager, vous ne pourrez pas remplir le rôle de chef de la Sécurité. Je demande donc la permission de prendre en charge les recherches."
"Permission accordée, Lieutenant. Assurez-vous de me rapporter personnellement vos découvertes."
"Ce s'ra fait, Commandeur. Ayala terminé."
Il n'avait même pas été conscient de ses yeux qui se rétrécissaient. Pas plus qu'il n'avait remarqué la position de défense qu'il venait de prendre. Ce Lieutenant ne lui avait même pas demandé son opinion sur le sujet. Il avait simplement pris les rennes en demandant la permission au Vulcain, sans tenir aucun compte de son propre poste dans cette mission.
Et ce n'était pas la première fois qu'un tel traitement lui était réservé. Loin de là. Tout le Voyager semblait avoir oublié tout ce qui touchait à la conduite à tenir devant un officier, ça et d'autres choses.
S'il n'avait pas été trop fier pour se laisser aller, il aurait grogné de frustration.
 
***
 
La petite navette atterrit sans bruit. Rapidement, la porte arrière s'ouvrit pour laisser entrer un Vidiien solidement bâti. Il ne disait rien, adressant un simple signe de tête en guise de salutations, et s'approcha du couple retenu.
Le Docteur trouvait étrange que le nouveau venu ne semble porter aucune arme sur lui, mais cette pensée s'envola de son esprit dès que l'homme s'agenouilla derrière Danara pour la détacher rapidement.
Elle se leva, se frotta quelques instants les poignets et murmura, "Merci."
Une nouvelle fois, l'homme se contenta d'adresser un signe de tête dans la direction du HMU. Danara hocha légèrement la tête et il se pencha vers lui, le délivrant de ses liens.
Confus, il regarda tour à tour plusieurs fois le Vidiien et Danara, avant de fixer finalement les yeux sur la Vidiienne.
"Danara ?" demanda-t-il.
Elle baissa légèrement la tête puis le regarda droit dans les yeux. "Nous avions besoin de te rencontrer en privé."
"Nous ?"
"La résistance."
 
***
 
Watson sur ses basques, le Commandeur Ashcroft descendit à grands pas les marches qui menaient au niveau de commandement de la passerelle sans prêter attention aux regards braqués dans sa direction. Voyant les deux fauteuils de commandement vides, il tourna la tête vers le jeune homme installé à la station des opérations.
"Le Commandeur Tuvok est-il dans le bureau ?"
"Oui, Monsieur."
Il adressa un léger signe de tête à l'Enseigne tout en se dirigeant déjà vers le bureau.
"Entrez."
La porte glissa, révélant le Vulcain assis derrière le bureau qui levait légèrement un sourcil vers l'humain.
"Commandeur ?"
Se dressant de toute sa hauteur, il regarda droit devant lui, exactement comme Starfleet le lui avait appris, déterminé à montrer comment un officier devait correctement se comporter.
"Commandeur, à la vue des récents développements survenus sur Vidiia, je crois qu'il serait préférable de poursuivre les pourparlers diplomatiques sur le Voyager plutôt que sur la planète. Je demande la permission de procéder aux pourparlers à bord."
Il y eut un bref moment de silence et Ashcroft baissa les yeux vers le visage de Tuvok. A ses yeux, l'expression du Vulcain était aussi Vulcaine que possible. Mais si l'un des membres d'équipage de l'ancien Voyager avait pu voir le Capitaine par intérim à cet instant, il aurait été amusé d'observer dans ses yeux un imperceptible soupçon d'irritation. Ce n'était après tout pas tous les jours qu'un Vulcain était ennuyé de l'utilisation abusive de mots et d'expressions formelles.
Tuvok ne laissa cependant pas plus transparaître cette expression et il acquiesça brièvement à l'intention d'Ashcroft. "Permission accordée, Commandeur."
 
***
 
Le Docteur continuait de la fixer des yeux, toujours sous le choc.
"La... Résistance ? Vous, Danara ? Mais..."
Il voulait dire que cela ne lui ressemblait pas, oubliant qu'il ne l'avait connu que quelques jours. Il voulait lui demander comment c'était possible, la convaincre qu'un Docteur ne devrait pas se joindre à un tel mouvement. Il voulait lui dire tellement de choses, la détourner de la route qu'elle avait choisie, lui demander de quel genre de blague elle pensait qu'il s'agissait...
Son regard se posa sur le Vidiien qui l'avait libéré de ses liens quelques minutes plus tôt. Il y avait quelque chose de... familier en lui, pensa le Docteur. Quelque chose qu'il avait déjà vu ailleurs...
Des cheveux bruns et fins, des yeux bleus, un nez droit, des lèvres fines et l'arête typique... Non, rien de ce côté-là. Grand, musclé, droit comme un poteau... Rien de très caractéristique là-dedans non plus. On rencontrait des gens comme lui tous les jours sur un vaisseau. On les appelait gens de la sécurité, pour d'excellentes raisons.
Il cilla.
Ces vêtements.
Une chemise de couleur terre et une veste ambrée par-dessus, une ceinture sombre, presque noire, autour de ses hanches, un pantalon de cuir...
Le Maquis.
Enfin, pas le Maquis, se corrigea-t-il. Mais aussi proche que possible, supposa-t-il, si l'on considérait qu'ils n'avaient jamais rencontré de Maquisards en uniforme complet. Pourtant, ce Vidiien était vraiment vêtu de vêtements à l'allure Maquis.
Une nouvelle fois, le Docteur cilla.
Cela pouvait-il être possible ?
Le Maquis était également un mouvement de résistance, mais alors que de nombreux membres de Starfleet les détestaient, pour le moins que l'on puisse dire, lui et le reste de ceux du Voyager les connaissaient bien mieux. Leur cause était juste et plus que sympathisante.
Cela pouvait-il aussi être le cas ici ?
Fronçant légèrement des sourcils en pensant à toutes les possibilités, il regarda à nouveau Danara. "Quelle en est la raison ?" demanda-t-il avec précaution.
Elle soupira, heureuse qu'il accepte au moins de l'écouter, mais en même temps étrangement réticente à s'expliquer.
"La phage."
 
***
 
Pendant que le Commandeur Ashcroft s'occupait de déplacer les pourparlers à bord du Voyager, sa jeune partenaire prenait le temps d'observer l'équipage du Voyager au travail. Debout dans un recoin de la passerelle, elle prenait note de tout ce qui se passait autour d'elle. Quand elle s'était installée là la première fois, choisissant de ne pas suivre le Commandeur dans le bureau, le silence s'était instauré. Mais rapidement, après quelques secondes de flottement chez ceux qui s'occupaient des consoles, ils avaient accepté sa présence et avaient repris ce qu'ils faisaient habituellement.
Ayala, même s'il était assis au poste de pilotage, assurait visiblement le commandement. Pourquoi, Vela n'en avait aucune idée, puisque le Lieutenant Kim, officier le plus gradé, était aussi présent sur la passerelle et aurait dû assumer ce titre. Mais elle ne sentit aucune sensation, même refoulée, de ressentiment parmi l'équipage quand Ayala posait question après question.
"Harry, vérifiez les sens..."
"C'est déjà fait. Rien de détecté."
Après un hochement de tête, il se retourna vers la console tactique. "Arthur, qu'y a-t-il sur..."
"Rien ici non plus, Mike. Aucune navette n'a quitté la planète."
C'était au tour de la station scientifique. "Enseigne, que donne le calibrage des..."
"Aucun effet positif, Lieutenant."
"Nicoletti ?"
"J'ai essayé tout ce à quoi je pouvais penser. Ca n'a rien donné."
Kim regarda la femme qui tenait la console d'ingénierie. "Et une inversion..."
"Ca ne marchera pas non plus. J'essaye encore autre chose..."
Watson secoua la tête en suivant l'échange ultra rapide de suggestions et d'arguments. Ils étaient aussi proches de lire dans les pensées les uns des autres que des êtres non télépathiques pouvaient l'être, réalisa-t-elle.
Et c'est à ce moment que cela la frappa.
Il n'était vraiment pas étonnant qu'ils aient travaillé de cette manière et qu'ils aient été si déterminés à se battre les uns pour les autres durant les années passées.
Ces gens ne formaient pas seulement un équipage, mais une équipe. Pas juste des collègues, mais des amis. Pas uniquement une communauté, mais une famille unie à l'extrême.
Fascinée, elle continua d'observer cette interaction avec le sourire.
 
***
 
"La phage ? Mais le Comité d'Experts, le Think Tank... Je veux dire, vous êtes guéris, non ?"
"Pas tout le monde", annonça Danara en secouant tristement la tête. "Les basses classes en souffrent toujours. Ils en meurent toujours."
"Mais... Pourquoi ? Pour autant que je sache, il n'aurait dû y avoir aucun problème pour reproduire le remède après en avoir synthétisé un échantillon."
"Sauf avec un gouvernement corrompu", répondit-elle amèrement.
Il la regardait, les yeux grand ouverts. "Personne ne pouvait intentionnellement soumettre les membres de sa propre espèce à un tel fléau !"
"Tous ceux dont ils avaient besoin en bonne santé, et cela inclut les grands médecins et une bonne proportion de la population, ont été guéris. Les autres..." Pel secoua de nouveau la tête. "Les mines. Ils y envoyaient des gens d'autres races, dans le temps. Elles sont exploitées par des Vidiiens de basse classe, désormais. Ils promettent de guérir douze personnes chaque mois, une de chaque communauté. Elles sont choisies en fonction de leur efficacité dans les mines. La personne qui travaille le mieux gagne le prix. Dans certaines régions, les gens vont jusqu'à se battre pour le remède. Et quand quelqu'un est finalement guéri, il doit partir, laisser derrière lui sa famille, ses amis..."
Lisant entre les lignes, il demanda doucement. "Combien de nouveaux cas d'infection, chaque mois ?"
"Dans le meilleur des cas, un millier."
Il y eut un nouveau silence tandis qu'il réfléchissait aux conséquences. Elle le laissa réfléchir un moment avant de reprendre calmement.
"Je suis désolée de vous avoir enlevé, Schmullus."
Ces mots attirèrent son attention. "Vous ? C'est vous qui êtes l'organisatrice de tout ceci ?" En la voyant acquiescer, ses yeux se rétrécirent. "Quel rôle avez-vous exactement dans ce mouvement de résistance ?"
"C'est difficile à expliquer. Je ne suis pas la responsable, mais ils me respectent et tiennent compte de mes avis."
"Ah."
"J'espérais que vous nous aideriez", admit Danara. "Je... Je ne savais pas que vous seriez sur Vidiia. Le plan était d'enlever l'un de vos plus anciens membres d'équipage."
"Le Lieutenant Ayala."
"Oui", confirma-t-elle. "Il aurait été capturé si vous n'étiez pas venu. J'étais si heureuse de vous voir au sikelt hier soir. Non seulement à cause de..." Elle rougit légèrement. "...De raisons personnelles, mais aussi parce que cela réduirait beaucoup le nombre d'opérations que nous aurions à effectuer. A vous, je peux parler directement, sans avoir besoin d'ajouter une tierce personne au scénario."
Le Docteur du Voyager, qui s'était légèrement tendu en l'entendant dire qu'elle avait été très heureuse de le voir, se détendit en écoutant la suite de sa confession. Tout cela avait naturellement beaucoup de sens. Il hocha légèrement la tête, lui indiquant ainsi silencieusement de continuer.
Danara haussa les épaules, le regard perdu par-dessus son épaule pendant un moment avant de reprendre. "Nous avons besoin de votre aide, Schmullus. J'ai essayé tout ce que je pouvais pour obtenir le remède de la part du gouvernement, mais ils ne me laisseront jamais en obtenir. Le reste de la population, guérie, ne sait rien de tout ceci. Nous avons essayé de les en informer à couvert, sans que le gouvernement le sache, mais ils ne veulent pas nous croire. J'ai essayé de relancer moi-même les recherches, puis avec d'autres docteurs de la résistance, mais nous n'y arrivons pas..."
"Quel a été le problème ?"
Elle soupira. "Nous n'avons pas les instruments médicaux nécessaires."
"Quelles sont les chances de répliquer le remède avec eux ?"
"Grandes. J'ai vu le remède et je me souviens en partie de sa synthèse. Avec votre aide, nous pourrions réussir à la finir en une semaine, peut-être même moins."
Il hocha la tête une nouvelle fois et elle se pinça les lèvres avant d'achever sa plaidoirie. "Je... Je sais ce que dit la Directive Première, je me souviens de ce que vous m'avez dit à propos d'elle, il y a déjà si longtemps, mais..." Sa voix se perdit, puis se raffermit pour poser sa question. "De Docteur à Docteur, je vous le demande... Nous aiderez-vous ?"
L'espoir et la douleur qu'exprimaient ses yeux lui fendirent le coeur et il reconsidéra rapidement tout ce en quoi il croyait. Finalement, il répondit d'une voix monocorde. "Je ne suis peut-être pas un Docteur de chair et de sang, mais je reste tenu par le même serment que tous les autres Docteurs de la Fédération."
"Un serment ?"
"Le serment d'Hippocrate. Il exprime le devoir et les obligations de tout médecin. Chaque docteur jure avant de commencer à pratiquer la médecine. Son origine remonte à presque trois mille ans en arrière dans l'histoire de la Terre. Hippocrate, l'auteur de la promesse originelle, est considéré comme le Père de l'éthique médical."
"Que dit ce serment ?" demanda Danara,, encore incertaine de la réponse finale du Docteur."
"Il y a un passage précis dans l'ancien texte originel qui évoque l'esprit dans lequel il a été écrit." Fermant brièvement les yeux pour mimer l'expression humaine qui aidait à se rappeler les mots exacts, il cita le passage. "Je dirigerai le régime des malades à leur avantage et aiderai les patients au meilleur de mes capacités et de mon jugement, et m'abstiendrai de tout mal ou toute injustice de par mes actes."
 
***
 
Une nouvelle fois, les deux équipes de diplomates s'installèrent dans leurs fauteuils, quelque peu déconcertés par l'absence de deux des leurs. Tous se regardaient, essayant de deviner leurs intentions des autres sur le sujet tout en cachant les leurs.
La table, tout juste repolie la veille, réfléchissait la lumière douce des plafonniers mais aussi celle des étoiles juste derrière les baies. Pour une oreille accoutumée comme celle d'Ayala, le bourdonnement des moteurs du Voyager s'entendait juste au-dessus des bruits des fauteuils glissés vers la table de conférence.
Quand tout le monde fut assis, il regarda autour de lui pour voir si quelqu'un avait envie de prendre la parole. Devant le silence général, il prit l'initiative et s'éclaircit la gorge pour attirer leur attention sur sa première question.
"Avez-vous démantelé les camps de travail ?" demanda-t-il, se remémorant parfaitement dans quel état son amie Klingonne avait été après son séjour dans l'un d'entre eux. Elle ne lui avait jamais dit ce qui lui était arrivé là-bas, mais le regard perdu, presque hanté, qu'elle avait eu pendant plusieurs jours avait été suffisant pour lui faire comprendre que ces camps de travails étaient synonymes de monstruosités.
Comme on pouvait s'y attendre, ce fut Kalani qui répondit. "Nous les avons pour la plupart démantelés."
"La plupart ?" demanda Mike, les poings fermement serrés contre les hanches.
"Oui, Lieutenant, la plupart. Comme je l'ai déjà dit, notre économie n'est pas au mieux de sa forme. Nous avons réformé les camps qui restaient, pour la plupart des mines, et avons abandonné..."
"Le travail forcé ?"
Kalani et Emorin tressaillirent tous deux à ces mots. Seul le Général de la Sécurité resta impassible. Maeno se reprit toutefois rapidement et s'empressa de répondre. "Oui, cela aussi. Mais ce que je voulais dire était que les conditions sont meilleures qu'elles ne l'ont été."
Notant que le Mar semblait moins sûr de lui à chaque nouveau sujet, Watson se demanda brièvement qu'elle serait sa réaction à la prochaine question que le Commandeur Ashcroft avait en tête, question qu'elle connaissait déjà.
 
***
 
Il marchait un pas derrière Danara, la laissant inconsciemment les guider à travers une série de tunnels sombres jusqu'à leur cache. Aurait-il été effectivement enlevé, il aurait pris des notes sur ce qui l'entourait pour essayer de trouver un moyen de s'échapper. Mais là, il jetait à peine un regard autour de lui pour se familiariser avec son environnement.
Après avoir marché plusieurs minutes, ils atteignirent finalement une porte que Danara ouvrit impatiemment. Elle y entra la première et attendit que le Docteur la suive dans la caverne.
Il s'exécuta rapidement et eut immédiatement le souffle coupé par la vue qui s'offrait à lui.
L'endroit était gigantesque, peut-être dix fois environ la taille d'une baie cargo. Il devait s'agir d'un ancien entrepôt souterrain. Il y avait quelques murs de pierre de place en place, comme pour diviser cette grande caverne en plus petits espaces, mais ils étaient suffisamment espacés pour passer pour de simples colonnes.
Toute la zone semblait être équipée de la même façon. Partout, des lits placés les uns à côté des autres, avec quelques tables par-ci par-là, entourées de chaises. La lumière, faible du fait de la nature souterraine du lieu, n'aidait pas à remonter le moral des occupants, et pourtant, rien de tout cela ne posait problème au Docteur.
Ce qui l'embêtait, c'était les gens. Une foule de gens assis, couchés dans des lits, gémissant de douleur, incapables de bouger plus d'un membre à la fois, centimètre par centimètre, et douloureusement. Tous subissaient de plein fouet les terribles sensations de leur propre chair qui pourrissait et sentaient en même temps la puanteur de la peau de ceux qui les entouraient dans le même état.
Il n'avait pas besoin de regarder sur sa gauche où Danara se tenait pour savoir la douleur qu'elle éprouvait devant le triste spectacle de son peuple souffrant de cette manière. Et ce n'était pas étonnant, pensait-il. Il y a cinq ans, cette situation aurait été due à l'effet du virus incurable. Aujourd'hui, la douleur et la perte avec lesquelles ces gens devaient vivre n'étaient absolument plus nécessaires. Le remède était sans doute gardé en sécurité dans quelque chambre forte secrète dans l'un des bâtiments gouvernementaux, peut-être le sikelt lui-même.
Sans mot dire, Pel s'avança et le HMU la suivit entre les lits, essayant de ne pas trébucher sur l'un d'entre eux.
Il était évident que ces gens avaient choisi de ne pas bénéficier de l'avantage du hérano et de combattre la maladie aussi bien qu'ils le pouvaient. Au lieu de prendre des vies en tentant de prolonger leur propre existence, ils faisaient confiance à leurs docteurs pour leur mettre au point un traitement. Et pourtant, même si ces derniers étaient loin d'être couronnés de succès et tandis qu'ils marchaient à travers la foule, les Vidiiens malades semblaient lever la tête vers le Docteur Pel, montrant silencieusement leur respect et leur gratitude.
"Docteur !"
Elle pivota et, d'un bref regard qui signifiait 'je reviens tout de suite', se précipita entre les lits de camps, ayant immédiatement identifié l'origine de la voix du patient. Tandis que Danara était occupé avec un compatriote qui semblait sur le point de mourir, le HMU laissa son regard se poser sur un lit situé à deux pas de lui et s'approcha du jeune homme qui y était assis.
"Quel est votre nom ?"
"Taramek."
Avec un hochement de tête, le Docteur saisit le tricordeur médical qu'il avait toujours sur lui. "Comment allez-vous, Taramek ?" demanda-t-il, regardant l'homme tout en effectuant un balayage.
"J'ai connu des jours meilleurs."
"Cela ne fait aucun doute", continua le médecin, prenant cette tentative d'humour, ou était-ce du sarcasme, comme un bon signe. "Qu'est-ce qui vous gêne le plus ?"
Il sembla réfléchir un moment avant de répondre. "Les autres. Je pourrais vivre avec la maladie si seulement je savais que ma famille était sauvée. Père est en bonne santé pour le moment, mais il a été exposé... C'est ma mère et ma petite soeur", dit-il, faisant un signe vers les deux lits sur sa droite où une adolescente et une femme légèrement plus vieille dormaient. "Ma soeur aînée..."
Voir Taramek déglutir sans la force de continuer était tout ce que le Docteur avait besoin de savoir sur le destin de sa soeur. Il soupira et posa une main sur l'épaule du Vidiien, doucement, pour ne pas provoquer plus de douleur.
"Je ne prétends pas comprendre cela, mais je le vois physiquement."
"La pourriture, bien sûr. Et l'odeur, je suppose. Vous vous réveillez et pendant quelques instants, vous pensez qu'il ne s'agissait que d'un mauvais rêve. Puis, avant même d'ouvrir les yeux, vous sentez l'odeur." Taramek secoua la tête. "Vous ne pouvez pas l'oublier plus de quelques secondes, une fois réveillé..."
La constatation, emplie de souffrance silencieuse, était une preuve plus flagrante que ce que le Docteur s'était attendu à découvrir et il observa le jeune homme. Avec un visage déformé, une oreille manquante et la forte odeur de chair en décomposition flottant dans l'air, il n'était pas du tout étonnant que ce malade ainsi que tous ceux qui l'entouraient rappellent la lèpre au Docteur du Voyager. La pensée qu'un remède avait finalement été découvert deux siècles plus tôt était réconfortante et il soupira tandis que son tricordeur finissait d'enregistrer les données.
"Nous trouverons le remède, Taramek", promit-il à l'homme d'un ton étouffé avant de lui adresser un sourire amical mais peiné puis de se relever.
Juste devant lui se tenait Danara Pel. Elle avait un étrange regard dans les yeux en le regardant.
"Danara ? Qu'est-ce qui ne va pas ?" demanda-t-il, immédiatement inquiet.
Elle secoua la tête. "Rien, c'est juste que..."
"Quoi ?"
Elle haussa légèrement les épaules. "Quand je vous ai vu prendre soin d'un patient pour la dernière fois, vous étiez..." Elle fit une pause, comme si elle était incertaine de la façon de terminer la phrase sans heurter ses sentiments.
Le Docteur l'aida avec un sourire. "J'avais de terribles manières ?"
"Je ne dirais pas terribles", répliqua-t-elle avec diplomatie. "Mais... Ce n'était pas du tout ce que je viens de voir non plus."
Il hocha la tête et son regard balaya les centaines de personnes autour d'eux avant de se reposer sur elle. "Il s'est passé un long moment depuis que nous nous sommes rencontrés. J'imagine que j'ai suivi les conseils de l'équipage au bout de tant d'années, bien que je ne puisse me rappeler du moment où cela a vraiment commencé. C'est juste... Un jour, j'ai simplement réalisé ce qu'ils voulaient tous dire, et cela... a pris un sens." Il fronça légèrement les sourcils, regardant Danara d'un air embarrassé tout en secouant la tête. "Je ne me rappelle que du jour où j'ai corrélé mes découvertes avec quelque chose du serment."
"Celui d'Hype... d'Hippo..."
"Le Serment d'Hippocrate, oui."
"Que dit-il à ce propos ?" demanda-t-elle, intéressée pour la seconde fois de la journée par cet étrange promesse dont le Docteur du Voyager parlait avec tant de respect.
Comme précédemment, le médecin ferma les yeux et, mot après mot, récita le texte. "Je garderai à l'esprit que la médecine est un art comme l'est la science, et que la chaleur, la sympathie et la compréhension peuvent surpasser l'instrument du chirurgien ou les drogues du chimiste."
Danara sourit au Docteur, posa une main sur son bras et commenta doucement. "Vous avez grandi, Schmullus."
 
***
 
En plein ménage de ses quartiers, Sam Wildman tomba sur une photographie prise quelques années plus tôt. La photo dans la main, elle s'écroula sur son lit pour penser au passé révolu.
Quelque part, en dépit des limites d'un support si ancien, ils avaient tous tenus dans le cadre. Sa famille entière était là, essayant désespérément de garder son équilibre en attendant que la photo soit prise.
Au milieu se tenaient deux personnes que tous les autres considéraient comme les parents du clan. Elle, sa tête jetée en arrière en train de rire, s'accrochant à son coude pour conserver son équilibre, et lui, une joie à peine dissimulée dans ses yeux en la regardant avec un sourire comme elle ne se souvenait pas en avoir jamais vu de pareil avant.
Suivant leur exemple, tous les autres riaient en luttant pour rester debout. A son air, il était évident que la jeune femme blonde située devant venait juste de faire un commentaire qui avait provoqué chez les autres ces éclats de rire. Le témoin du jeune homme et sa future femme se collaient à lui, apparemment indécis quant à savoir s'ils devaient se serrer la main à l'ancienne manière ou bien éclater de rire comme les autres, pour en dernier ressort se résigner à faire les deux en même temps.
Un vieil homme stoïque se tenait derrière le trio, choisissant de lever un sourcil en réponse à tous ces débordements si familiers. Finalement, une jeune blonde riant à gorge déployée devant la caméra fut accostée des deux côtés par le médecin chauve et, de l'autre côté, le cuisinier aux cheveux longs.
Pas très loin du milieu, en fait juste à droite de la fille blonde et de ses deux mentors, se tenait une Sam Wildman plus jeune, son attention partagée entre la caméra, la conservation de son équilibre et l'enfant dont elle prenait soin dans ses bras.
Quel âge avait Naomi, à cette époque ? Deux ans, trois ? Oui, elle avait trois ans. Son anniversaire avait eu lieu même pas deux semaines plus tôt. En souriant, Sam se souvint les rires pendant la fête. Elle était si petite à l'époque, c'était juste un an après qu'elle ait jeté un bout de gâteau sur Tuvok, poussant de petits cris quand l'Officier de Sécurité avait été atteint de plein fouet sur le front. Pour son troisième anniversaire, elle avait choisi de jouer avec ses jouets, l'ours polaire en peluche du Capitaine figurant déjà parmi ses favoris.
Et maintenant, Sam pensait avec quelques larmes aux yeux que son petit bébé était en train de devenir une jeune femme.
Oh, comme ils grandissent vite...
Secouant la tête pour éviter de penser à la famille qu'elle avait laissée sur Terre, Sam sourit en regardant les autres visages de la photographie. Elle se rappelait ceux qui n'avaient pas comme elle atteint le bout du voyage, comme Jetal ou Carey, et leurs proches dans le Quadrant Alpha. Elle se rappelait Neelix et Kes, qui avaient tous deux quitté le Voyager pour poursuivre d'autres buts dans leurs vies. Elle se souvenait des relations qui s'étaient bâties au fur et à mesure des années. Elle se souvenait des fêtes et des cérémonies funéraires, les bons et les mauvais moments. Les souvenirs d'un passé révolu.
Des jours heureux.
Ce qui ne voulait pas dire qu'elle n'était plus heureuse. Non, elle l'était. Mais cette époque, quand ils avaient été tous ensemble comme une famille unie, était chère à son coeur.
De la même façon que cette photo lui était chère, pensait-elle. Puis elle replaça presque révérencieusement le cadre sur la table de nuit, à une place occupée sans qu'elle le sache par d'autres copies de cette photo, à côté d'autres lits dans tout le vaisseau.
Avec un soupir, elle retourna à son ménage, pour être à nouveau aussitôt interrompue.
"Docteur à Wildman."
Elle appuya rapidement sur son communicateur et contrôla sa voix pour sembler aussi calme que ne l'était celle du médecin. "Docteur ? Où êtes-vous, est-ce que vous allez bien ?"
"Oui, ne vous inquiétez pas, Enseigne. Je vais tout à fait bien", répondit-il d'une voix imperturbable et peut-être même légèrement amusée. "Je me souvenais que sur le planning des rotations, vous étiez en repos pour l'instant, et j'espérais que vous seriez seule. Est-ce le cas ?"
"Euh, oui, Docteur, je suis seule."
"Bien. J'ai besoin que vous alliez parler à Tuvok de ma part."
Sam fronça les sourcils. "Ne pourriez-vous pas simplement l'appeler ? Je veux dire, Ayala a déclaré que vous aviez été enlevé..."
"En fait, il semble que notre enlèvement ait été une ruse pour nous emmener loin des autres diplomates. C'est en fait Danara qui m'a enlevé."
'Je suis certaine qu'elle l'a fait...' Cette question inopportune afficha un sourire sur ses lèvres, et elle hocha la tête. "Très bien, alors que suis-je sensée savoir ?"
"En bref, Sam, le gouvernement Vidiien est corrompu et les basses classes n'ont pas reçu le remède contre la phage. Il y a des centaines de personnes malades autour de moi en cet instant même. Danara a demandé que je l'aide à développer de nouveau le remède. Les Docteurs Vidiiens manquent des instruments nécessaires pour terminer leur travail. Avec l'aide du Voyager, cela prendrait moins d'une semaine."
Hochant la tête en digérant les informations, Sam posa une dernière question. "D'accord, j'ai compris cela. Alors quelle question avez-vous à poser au Commandeur ?"
"Je demande la permission de me téléporter sur le Voyager avec le Docteur Pel et de continuer les recherches sans que les Vidiiens en soient avertis. Je demande aussi à Tuvok de vous laisser nous aider, si une telle aide s'avérait nécessaire. Vous avez été mon assistante quelques fois à cette époque et vous êtes la seule personne à bord du Voyager en ce moment qui ait été en contact avec la phage. Ce serait sans doute préférable si tout le monde, excepté le plus petit nombre possible de gens, était laissé dans l'ignorance..."
 
***
 
Thorne à Nosher. Amour de jeunesse.
Harry soupira. Surveiller les communications n'était pas le plus folichon des passe-temps. En fait, c'était même la plupart du temps des plus ennuyeux, mais c'était la procédure de vérifier ces signaux quand un membre d'équipage était enlevé.
Tran à Chell. Probablement une autre plainte concernant la nourriture.
Bradley à Ayala. Sans aucun doute un rapport sur l'enlèvement.
Avec une tâche aussi rébarbative que celle-là, Harry s'était résolu à trouver des moyens de faire passer le temps. Deviner le sujet de chaque conversation n'était peut-être pas le moyen le plus élégant, mais c'était la seule idée qu'il avait eue. Pendant un moment, il s'était demandé si ce qu'il faisait n'était pas un exemple de l'influence de Tom, mais il avait aussitôt repoussé cette idée.
Dovean à Celes. Assurément une demande d'aide. Maintenant que la jeune Bajorane s'était définitivement insérée, aider Dovean était devenu une tâche qui la remplissait de fierté.
Ayala à Tuvok. Une mise à jour des recherches.
Worton à Lynk. Heu, une confirmation de rendez-vous galant ?
Docteur à Wildman. Une conversation médicale quelconque.
Nicoletti à Vorik. Un problème d'ingénier...
Attends une minute, pensa-t-il, revenant à l'échange précédent.
Docteur à Wildman.
Mais... C'était le Docteur qu'on avait enlevé! Et pourquoi contacterait-il Sam plutôt que la passerelle ?
Clignant des yeux, Harry réfléchit à ce qu'il savait du Docteur. Finalement, il secoua la tête sans comprendre.
Il devait avoir eu une bonne raison pour ne pas appeler la passerelle directement. Il allait conserver cette information, mais demanderait à Sam de quoi il s'agissait avant de faire son rapport à Tuvok ou Ayala. Pour l'instant, cependant, il fallait qu'il maintienne la pression sur la surveillance de ces données.
Autant rendre cela le plus intéressant possible, décida-t-il dans un soupir et résolvant de se laisser aller aux pensées les plus folles.
Bradley à Ayala. Une affaire de sécurité, sûrement. Mais elle venait déjà de l'appeler quelques minutes plus tôt, non ? En y repensant, Bradley était plutôt mignonne...
Chipman à Sendors. Ils avaient peut-être quelques problèmes pour se retrouver à l'intérieur du holodeck ?
 
***
 
En attendant que Sam les rappelle avec la réponse de Tuvok, les deux docteurs inspectèrent quelques malades de plus, s'enquérant calmement de leur condition, leur offrant quelques paroles de réconfort et serrant des mains alors que des nouvelles d'un traitement auraient été plus bienvenues. Pourtant, les Vidiiens acceptaient leur soutien avec gentillesse, levant la tête en signe d'espoir vers les deux docteurs.
Le HMU, qui venait juste de finir une autre conversation, se leva pour chercher autour de lui Danara.
Il la trouva rapidement, agenouillée auprès d'un autre patient plus âgé, en train de l'ausculter. Les traces de souffrance dans ses yeux tandis qu'elle lisait les données étaient suffisantes pour qu'il sache qu'un autre homme ne s'en sortirait pas.
Avec un soupir, il regarda Danara finir de parler avec l'homme et revenir jusqu'à lui. Ensemble, ils se dirigèrent silencieusement jusqu'à l'aire médicale où se trouvait l'équipement des docteurs et également, pour la plupart d'entre eux, leurs lits.
En l'observant à ses côtés, il était évident pour le Docteur qu'elle tentait désespérément de se retenir de pleurer. Pourtant, une larme s'était échappée et coulait maintenant lentement sur sa joue.
Il soupira à nouveau. On penserait qu'un docteur se serait habitué à voir quelqu'un mourir, mais ce n'était jamais le cas. Même pour un docteur composé d'un ordinateur et de sous-programmes éthiques à la place d'un cerveau et d'un coeur. Cela ne devenait jamais plus facile.
En atteignant la baie isolée, Pel s'arrêta et se retourna pour lever la tête vers lui. Il aurait voulu l'attirer pour l'embrasser, juste un moment, la protéger du monde qui les entourait, et décida d'ouvrir ses bras en une invitation silencieuse. Un léger souffle s'échapper de ses lèvres quand elle le laissa l'entourer de ses bras, mais ensuite, elle ne fit plus un bruit. Danara reprenait des forces grâce à sa présence, et l'effet valait dans les deux sens.
Finalement, il se recula à contrecoeur et baissa la tête vers elle, inquiet.
"Comment vous sentez-vous réellement, Danara ?" demanda-t-il d'une voix calme. "Pas le Docteur Pel, mais Danara."
"Bien", répondit-elle en haussant les épaules. En le voyant sur le point de protester, elle continua. "Je fais tout ce que je peux pour aider ces gens, Schmullus. C'est loin d'être suffisant pour les sauver, mais cela m'aide en même temps." Jetant un regard derrière lui où les lits de camps s'alignaient côte à côte, elle inclina tête pour le regarder. "Comment vous sentez-vous quand vous sauvez une vie ?"
Il fronça les sourcils sans comprendre où voulait en venir la jeune femme, mais il se contenta de lui répondre. "Quand je guéris quelqu'un, que son mal ait ou non mis sa vie en danger, je suis toujours..."
"Heureux ?" finit-elle avec un sourire.
"Oui, heureux. Content. Et fier d'avoir pu aider."
"Et quand vous perdez un patient ?"
"Coupable, peiné", répondit-il instantanément.
"Comme moi. Ces gens ici ne se contentent pas de mourir, Schmullus. La mort est précédée de longs mois de torture. Je me sens coupable le jour de leur mort, mais chacun des jours qui la précède, la pensée que ma présence apporte un tant soit peu de joie dans leurs vies, leur donne un petit espoir qu'ils pourront survivre à la maladie, est suffisante pour me donner la force de continuer. Avez-vous vu comme ils me regardaient, Schmullus ?" demanda-t-elle finalement avec calme.
"Ils vous aiment."
"Et je les aime. Schmullus... Ils ont foi en moi, en tous les docteurs ici. Même si cela fait mal de savoir qu'ils ont mal placé cette foi en des gens qui ne peuvent les aider, c'est aussi ce qui nous donne notre force."
Le docteur du Voyager hocha la tête à ses paroles et elle lui répondit d'un sourire triste, heureuse qu'il comprenne.
La main du Docteur s'égara sur son visage, son pouce effaçant la larme qui coulait sur sa joue avant de caresser doucement sa peau douce. Ses yeux, à cet instant grands ouverts de surprise et, il l'espérait, de plaisir, luisaient comme deux pierres précieuses. Des émeraudes, les avaient-ils appelées une fois dans son esprit. Et c'était bien des émeraudes, même dans la faible lumière de la caverne. Des émeraudes qui, pour lui, étaient les plus précieuses gemmes qu'il avait jamais vues.
Incertaine de la façon dont elle pouvait répondre, elle se mordit la lèvre inférieure en le regardant dans les yeux. Finalement, elle pencha la tête et laissa ses yeux se fermer lentement.
Elle entendit alors la voix douce du Docteur lui murmurer. "Vous n'avez pas changé d'un iota, Danara."
"Ah ?" demanda-t-elle l'air évasif.
"Cela fait presque sept ans que nous ne nous sommes vus, et vous êtes toujours comme au jour de notre dernière rencontre."
"Ah, alors vous avez remarqué", sourit-elle, regardant le HMU qui la regardait d'un air perplexe qui voulait dire, 'bien sûr que j'ai remarqué'. "Et si je vous disais que la version holographique de mon corps était de quelques années plus vieille que mon âge réel ?" le taquina-t-elle.
"Je dirais que vous auriez été une adolescente, dans ce cas."
Elle eut un petit rire et secoua la tête. "Merci, Schmullus. Je vois aussi que vous avez amélioré vos compliments."
"J'espère effectivement avoir fait quelques progrès", rétorqua-t-il. "Maintenant, votre allure ? Vous avez l'air de ne pas avoir vieilli d'un seul jour."
Elle sourit. "L'un des avantages du traitement. Les Vidiiens ont toujours eu une plus longue durée de vie. La phage avait réduit nos durées de vie d'un quart, mais ceux qui ont été soignés ont retrouvé leur espérance de vie normale."
"Ah", acquiesça-t-il avec le sourire, enregistrant cette information pour une éventuelle future utilisation. Il était de nouveau captivé par les grands yeux verts qui le fixaient avec une joie tranquille. Tellement beaux...
Son sourire disparut et elle laissa ses yeux se fermer, sentant instinctivement ce qui était en train de se passer. Ses mains l'entourèrent doucement, l'attirant plus près de lui. Il baissa la tête en même temps qu'elle levait la sienne dans une position d'abandon silencieux.
"Maman, maman !" Tu es de retour !"
 
***
 
Laissant la porte se refermer derrière elle, elle regarda brièvement autour d'elle. Ses jeunes yeux comprirent en un instant la scène si familière et un large sourire s'épanouit sur son visage. Rapide comme l'éclair, la jeune fille traversa la pièce en faisant des bons de joie, bousculant les quelques lits vides qui se trouvaient sur son chemin et faisant respectueusement le tour de ceux qui contenaient des personnes malades.
Sa voix sonnait fort et clair tandis qu'elle se précipitait droit vers la baie isolée de l'autre côté de la caverne.
 
***
 
La respiration du Docteur était chaude sur les lèvres de la Vidiienne. Elle les ouvrit légèrement, partageant son propre souffre avec le sien tandis que sa bouche s'approchait interminablement centimètre après centimètre de la sienne.
"Maman, maman !" Tu es de retour !"
Reculant au dernier moment, Danara laissa sa tête reposer contre la poitrine du Docteur avec un soupir. "Vallia..."
A ce moment précis, une boule d'énergie fit irruption dans la baie, courut jusqu'à Pel et s'accrocha à ses jambes. Les yeux brillants et les joues rosies par l'effort, la petite fille leva la tête vers Danara avec un grand sourire.
"Tu m'as manquée, maman."
"Oh, chérie..." Oubliant pendant un instant le Docteur, elle se baissa pour soulever sa fille. Elle la mit en équilibre sur une hanche, un bras enroulé fermement autour du petit corps, et retourna son attention vers l'homme qui se tenait tout près d'eux.
Elle s'était bien aperçue qu'il avait fait un pas en arrière depuis qu'elle avait pris sa fille à bras, et au regard dans ses yeux, elle en avait rapidement compris la raison. Néanmoins, choisissant de continuer son explication calmement, elle sourit au Docteur tout en hochant la tête à la petite fille dans ses bras.
"Schmullus, je vous présente Vallia. Vallia, voici le Docteur dont je t'ai parlé."
"Heureuse de vous rencontrer", fit-il. Mais Danara voyait que le coeur du Docteur n'y était pas vraiment quand il secoua la main de sa fille. "Vous n'avez jamais mentionné que vous aviez une fille."
Baissant la tête en signe d'excuse, elle acquiesça. "Oui, j'en suis désolée. Je ne pensais pas que vous la rencontreriez. Je... J'en avais l'intention, honnêtement! Je pensais juste vous en parler plus tard, quand nous n'aurions plus autant de travail à faire."
"Quand le remède serait trouvé et que vous n'auriez plus besoin de moi", conclut doucement le Docteur en se retournant pour regarder les centaines de gens qui souffraient derrière eux dans toute la caverne.
"Ou... Non ! Schmullus, c'est... Ce n'est pas ce que vous pensez."
"Ah ?" demanda-t-il en la regardant de nouveau. "Et que pensez-vous que je pense ?"
"Que je vous avais oublié, que j'étais tombé amoureuse d'un autre et que Vallia est sa fille." Elle lui jeta un regard. "Est-ce que j'ai raison ?"
"Oui", admit-il en grognant.
Soulevant le menton de Vallia pour pouvoir la regarder en face, elle sourit. "Elle a vos yeux."
"Quoi ?" Il se pressa en avant et regarda la jeune fille qui le fixait des yeux, mi-surprise, mi-confuse.
Elle scruta le Docteur par dessus la tête de l'enfant et murmura la suite. "Les yeux noirs sont rares parmi les Vidiiens, Schmullus. A chaque fois que je la regarde, je repense aux moments que nous avons passé ensemble."
"Mais... Mais..." Aussi touché fut-il de sa confession, il y avait toujours une chose qu'il ne comprenait pas. "Mais... Elle ne peut pas être... Je n'ai jamais... Je veux dire que nous n'avons jamais..."
"Elle n'est pas de vous, Schmullus." Sa réponse, loin de mettre un terme à la confusion du Docteur, la renforça encore plus. "Biologiquement, elle n'est pas de moi non plus."
"Alors comment...?"
"Son père est mort de la phage, il y a trois ans."
"Je suis désolé."
"Sa mère, bien qu'étant en bonne santé, est décédée le mois suivant", expliqua-t-elle, attirant la jeune fille plus près contre elle dans une étreinte protectrice. "J'ai été le docteur de cette famille depuis que son père est tombé malade. Quand Rodara m'a demandé de prendre soin de Vallia, je n'ai pas pu refuser."
Un léger reniflement s'entendit de l'enfant dans ses bras. Elle se retourna pour regarder le Docteur, le transperçant de ses yeux. Penchant la tête de côté, elle dévisagea l'homme pendant un moment avant de prendre la parole avec le sourire. "Vous êtes un gentil docteur."
Il lui retourna son sourire. Cette fois, il détailla l'allure de l'enfant. Ses longs cheveux noirs, qui retombaient dans son dos en boucles délicates, étaient gardés en place par un ruban bleu. La frange tombant sur son front typiquement Vidiien et sa peau claire rappelaient un peu au Docteur Naomi en plus jeune, tandis que les yeux noirs qui le regardaient étaient... Et bien, en un sens, ils lui ressemblaient, mais leur innocence était celle dont seul un enfant pouvait faire montre.
"Et tu es une très jolie jeune fille, Vallia", répondit-il gentiment, caressant la tête de l'enfant pendant qu'elle levait la tête vers lui en lui souriant.
"Docteurs, est-ce que Vallia est libre ?" fit une voix venant de quelque part dans la pièce. "Son aide serait la bienvenue par ici."
"Bien sûr, docteur!" répondit Danara, reposant prestement la jeune fille au sol. "Cours vite, ma fille."
"A tout à l'heure, maman !" cria-t-elle en se sauvant vers l'origine de l'appel.
Le Docteur la suivit des yeux, puis se retourna vers sa compagne. "De l'aide, Danara ?" Mais elle ne doit même pas avoir six ans."
"En fait, elle vient juste d'en avoir cinq. Mais elle peut être..."
"Wildman au Docteur."
"Ici le Docteur", appela-t-il en tapant sur son badge.
"Tout est paré pour que vous remontiez."
 
***
 
"Tuvok à Ayala."
Tapant sur son communicateur, Mike répondit à l'appel. "Ici Ayala."
"Lieutenant, veuillez vous présenter au rapport dans le bureau."
"A vos ordres, Commandeur", répondit-il, traversant déjà la passerelle. La porte s'ouvrit en glissant devant lui, laissant entrer l'officier de sécurité devenu pilote dans le sanctuaire des Officiers de Commandement.
D'un léger hochement de tête, Tuvok accueillit le jeune homme, lui indiquant le fauteuil qui lui faisait face. "Veuillez vous asseoir, Lieutenant." Il resta silencieux un moment, puis, une fois Ayala installé, continua. "Je vous ai appelé ici car le Docteur a été retrouvé."
"Vraiment ?" répondit Mike en se soulevant légèrement de son fauteuil. "Où est-il ?"
"En ce moment, je crois qu'il est toujours sur Vidiia. Il sera téléporté dans l'infirmerie dans quelques minutes."
"C'est une bonne nouvelle. Comment l'avez-vous retrouvé ?"
"Il a appelé l'Enseigne Wildman et m'a informé par elle de la situation."
Mike fronça les sourcils. "Sam Wildman ? Pourquoi pas directement la passerelle ?"
"En bref, Lieutenant, tout d'abord, notre Docteur n'a pas été réellement enlevé. Danara Pel avait besoin de lui parler en privé et c'est comme cela que tout a suivi."
"Seulement, Commandeur, je ne crois pas qu'une conversation personnelle puisse être assez importante pour que le Docteur Pel en arrive à de telles mesures."
"Effectivement. Ce n'était pas une conversation personnelle. Il apparaît que le gouvernement Vidiien est corrompu. Pendant qu'ils nous présentent tous les aspects positifs de leur culture, la vérité est loin d'être ce que vous avez vu sur la planète."
"Comment cela ?" demanda Ayala après un silence prolongé de Tuvok.
"Vous connaissez l'existence du remède contre la phage et êtes conscient de la manière dont ils en ont eu possession, n'est-ce pas ?"
"Je le suis", confirma-t-il.
"D'après ce que nous a dit le Docteur, il semble qu'une partie de la population Vidiienne n'ait pas été traitée."
Mike dévisagea le Vulcain. "Vous voulez dire que certains d'entre eux souffrent toujours et meurent de la phage ?"
"C'est précisément ce que j'ai dit."
"Mais pourquoi n'ont-ils pas été traités ?"
"Ceux qui n'ont pas été traités travaillent dans les mines. Nous ne pouvons que conjecturer qu'il est plus facile de maintenir l'ordre si le prix d'un dur labeur est le remède."
"Ils font cela ?"
"Il le semble."
Luttant pour ne pas réagir trop brutalement, Mike secoua la tête avant de finalement poser une question. "Qu'est-ce que tout ça a à voir avec le Docteur ?"
"Comme vous l'avez sans aucun doute déjà deviné, le Docteur Pel est du côté de ceux qui sont infectés. Elle a besoin de l'aide du Docteur pour développer à nouveau le remède, car leur matériel médical sur Vidiia est beaucoup moins avancé que le nôtre."
"Et vous avez donné votre permission ?"
"Oui."
Une réponse si brève indiquait à Ayala que Tuvok n'était pas enclin à partager d'autres informations sur ce sujet particulier, et Mike avait reçu le message. "Qu'attendez-vous de moi ?"
"Je préfèrerais que nos invités ne soient pas mis au courant de la situation. Continuez de scanner et de chercher des traces des deux docteurs sur la planète comme vous l'avez fait jusqu'à maintenant. Les négociations doivent se poursuivre comme prévues, bien qu'il serait prudent de les ralentir vue la situation présente."
"Nos 'invités'", répéta Mike avec un léger sourire. "Je présume que vous ne parlez pas que des Vidiiens ?"
Tuvok leva un sourcil dans un geste qui, pour un humain, serait interprété comme 'Aurais-je dit quelque chose de ce genre ?', puis continua. "Je présume également que vous serez capable de garder secrètes les informations concernant les docteurs. Tant qu'ils seront tous les deux à bord, l'Enseigne Wildman et nous devrions être tous les deux les seuls au courant de la vraie situation."
"J'y veillerai."
"Très bien, dans ce cas, disposez."
Les portes se refermèrent derrière Ayala. Tuvok laissa échapper un imperceptible soupir de ses lèvres en s'adossant dans son fauteuil. Croisant les doigts d'une manière typiquement Vulcaine, il se mit à réfléchir sur ses dernières décisions.
Quelle que soit la façon dont il considérait la question, il arrivait toujours à la même conclusion.
Puisque le Voyager avait déjà été en interaction avec le comité d'experts et, en fait, cela depuis plusieurs années, la Directive Première ne s'appliquait pas ici."
Guérir le reste de la population était une ingérence d'ordre humanitaire. En dehors de cet aspect, elle donnerait également une chance aux Vidiiens de renverser le gouvernement corrompu et d'en établir un nouveau. La politique du nouveau gouvernement pourrait très bien être du genre de celle que la Fédération accepterait, offrant ainsi la possibilité d'une véritable alliance entre ces deux puissances dans le futur.
En dehors de cela, bien qu'il essayât de ne pas penser ainsi, savoir que Catherine Janeway aurait agi de la même manière était également réconfortant.
Finalement, ce n'était que logique qu'il en ait décidé ainsi.
Il espérait que Starfleet verrait les choses de la même manière.
 
***
 
Tout était d'un calme presque parfait. Le seul léger son que l'on pouvait entendre provenait des habituelles ventilations. Aucune activité ne régnait dans la pièce sans lumière, éclairée uniquement par de petites diodes clignotantes sur les divers instruments qui tapissaient les murs. Elles créaient une myriade de couleurs, points rouges et verts dansant aléatoirement en se réfléchissant sur les surfaces lisses. Là où cette valse n'avait pas lieu régnait une faible lumière évanescente jaunâtre, tandis que des points bleus traçaient des lignes sur les écrans d'autres instruments.
La tranquillité et l'obscurité furent soudain interrompues par l'apparition au centre de la pièce de deux formes scintillantes qui laissèrent bientôt place à deux humanoïdes.
"Ordinateur, lumière", demanda immédiatement l'homme. Accompagnant le son caractéristique de l'accord de l'ordinateur du vaisseau, la salle s'illumina, révélant un laboratoire plein d'instruments divers et variés. Levant le bras en un geste d'accueil, l'homme regarda la femme à ses côtés. "Bienvenue sur le Voyager, Danara."
Elle fronça légèrement les sourcils. "Je ne me souviens pas de ce laboratoire." Elle était certaine qu'elle l'aurait vu durant son ancien séjour de deux semaines.
"Nous sommes sur le Voyager-A, Danara. L'originel est resté sur Terre et est devenu un musée consacré à notre voyage de huit ans."
"Ah, cela explique tout", dit-elle avec un sourire en balayant du regard toutes les machines. "Je suppose qu'il est bien plus avancé que le précédent, alors ?"
"Avancé, oui. C'est le vaisseau le plus expérimental de Starfleet. Mais quelques fois, il semble manquer quelque chose que l'ancien avait."
"Une âme ?"
Il acquiesça avec le sourire. "On peut dire ça. Elle se crée, mais cela prend du temps. J'imagine qu'on pourrait dire que c'est comme pour moi. Quand j'ai été activé pour la première fois, je n'étais que le programme informatique d'un docteur holographique. Maintenant, j'aime à penser que je suis devenu bien plus que cela."
"Vous l'êtes, Schmullus", fit-elle en hochant doucement la tête. Puis elle ajouta, le sourire aux lèvres. "Vous êtes tous très attachés au Voyager original, n'est-ce pas ?"
"Oh oui, nous le sommes. C'est..." Il fit une pause, puis haussa les épaules. "C'est comme un monde tout neuf. Je n'arrive toujours pas à m'habituer à mon nouveau bureau et nous continuons d'appeler certaines des pièces par leur ancien nom. J'ai même entendu parler de certains membres d'équipage qui se perdaient en se rendant à leurs quartiers, de temps en temps."
"C'est compréhensible. Vous avez vécu là un long moment."
Il hocha la tête, puis tapota sur la petite malle médicale qu'il portait à l'épaule. "Et si nous commencions ?"
Elle lui prit la malle des mains et la posa délicatement sur le plan de travail le plus proche. Elle l'ouvrit et en retira les minuscules fioles qu'elle contenait pour les montrer au Docteur. "Voici le virus."
"Laissez-moi voir." Il activa l'un des instruments qui n'avait pas fonctionné pendant la nuit et plaça l'ampoule dans le champ du senseur. En attendant la fin du premier balayage, il jeta un oeil sur la Vidiienne. "Alors racontez-moi comment Vallia aide les docteurs ?"
Elle sourit. "C'est une excellente assistante, malgré son âge, et elle adore ce travail. Elle connaît la plupart des noms des instruments médicaux et les apporte quand on en a besoin. De plus, elle adore courir. Sa vitesse rivalise avec celle des anciennes générations, et elle transporte donc les messages et les médicaments à travers les cavernes."
"Je vois comme cela peut être utile. Une infirmière sur des patins à roulettes."
"Des quoi ?"
Il secoua la tête tristement. "Désolé, Tom Paris a déteint sur moi après toutes ces années. Un patin à roulettes était une sorte de chaussure montante avec des roulettes, sur la Terre au vingtième siècle. A l'époque, certains lieux de vente avaient équipé leur personnel avec afin d'accélérer leur déplacement."
"Une bonne comparaison", acquiesça-t-elle, avant de reprendre son histoire. "Avant tout, la vitalité de Vallia apporte de l'espoir à tout le monde, malades et bien portants. Ses rires... Ses rires sont si joyeux et spontanés. Quand elle sourit, elle apporte un peu de bonheur dans nos vies. Il nous suffit de la regarder et nous oublions la situation actuelle. Nous tirons notre espoir de ses brillants yeux noirs..."
La manière si douce dont elle parlait de l'enfant apporta un sourire sur les lèvres du Docteur. Il était content qu'elle ait l'enfant. Rien qu'au son de sa voix, on ne pouvait s'empêcher d'observer comme Danara était fière de sa fille adoptive. Oui, en plus de tout le bien qu'elle apportait en étant docteur, Danara Pel était aussi une très bonne mère.
 
***
 
Le déjeuner était servi et Vela balaya la pièce du regard. Pour quelque raison, Ayala avait insisté pour qu'ils mangent dans le mess plutôt que dans la salle de conférence. C'était une bonne idée, la petite marche vers le pont inférieur était un bon moyen de se détendre après les longues heures passées à négocier, et le lieutenant diplomate était heureuse de pouvoir en profiter.
En s'asseyant à la table, elle détailla sa nourriture, heureuse que les réserves d'énergie du Voyager permettent à l'équipage de répliquer tout ce qu'ils désiraient pour manger. Il y avait encore un cuisinier à bord, apparemment une habitude héritée du Voyager originel, mais il était toujours agréable de savoir que si vous n'aimiez pas sa nourriture, vous pouviez manger autre chose. Le fait qu'il n'y ait pas de leola en réserve était rassurant aussi. Beaucoup de nouveaux membres d'équipage se demandaient quel goût l'infâme racine pouvait bien avoir, mais Vela n'était pas pressée de le découvrir. Elle en avait assez entendu pour savoir qu'elle avait de la chance de ne pas en manger, et l'étrange manière dont se comportait l'équipage en parlant de cette nourriture qu'ils haïssaient ne pouvait qu'être mise sur le compte de la nostalgie de ces années révolues.
Encore une fois, elle balaya la pièce du regard. En face d'elle était assis le Lieutenant Ayala, mangeant silencieusement son repas. Avec Emorin et Cadock également silencieux à une autre table, c'était la conversation d'Ashcroft avec Kalani qui attira son attention. Observant les regards qui leur étaient lancés de la part de plusieurs membres d'équipage, Watson réalisa d'un coup que la table du coin autour de laquelle ils discutaient de l'alliance était celle que l'équipage laissait toujours libre pour le Capitaine et le Commandeur Chakotay.
Elle soupira. Elle n'avait aucun doute sur le fait qu'Ashcroft connaissait ce petit détail et avait justement choisi la table pour cette raison. Quand finirait-il par apprendre ?"
Secouant la tête, elle continua son étude du mess. Il n'était pas trop plein, seule une vingtaine de personnes prenait actuellement leur repas, mais toutes les tables occupées avaient quatre, parfois même cinq personnes. Des conversations animées se tenaient à chacune d'elles, et sans même le vouloir, Vela écouta des bribes de conversations.
"Alors, tu viens avec nous ce soir, Denel ?"
L'Enseigne au col jaune secoua la tête. "Je ne pense pas. Il faut que je finisse un rapport pour Nicoletti. Je ferai peut-être un tour plus tard dans la soirée si j'ai terminé. Et vous trois ?"
"Moi, j'y vais. Annette ?"
"Ca dépend. Paul a peut-être prévu autre chose. Joan ?"
"Bien sûr. J'ai bien l'intention de marquer des points avant que les chefs reviennent !" Elle fit un clin d'il à ses camarades qui éclatèrent de rire.
"Je ne crierai pas victoire si j'étais toi, Joan. Il te faudra de toute façon beaucoup de chance pour gagner contre Paris ou le Capitaine."
Se retournant pour les regarder, un Bolien leur fit un commentaire depuis la table d'à côté. "De la manière dont ils se sont entraînés dernièrement, je dirais que Torres et Chakotay sont aussi une menace sérieuse."
"C'est vrai", lui accordèrent les autres à l'unanimité.
"Ca casse un peu le jeu, de savoir qu'en fin de compte, c'est un de ces quatre-là qui gagnera le tournoi."
"Peut-être", concéda Annette avec un sourire. "Mais regarder Janeway et Paris se disputer la finale n'est pas non plus exactement ce que j'appellerais un moment ennuyeux."
Ils rirent à nouveau à gorge déployée.
"Bon, je ne sais pas pour vous, les gars, mais quel que soit le gagnant du tournoi, je suis content que Tom ait restauré Sandrine."
"Ouais, c'était une bonne idée."
"Comme au bon vieux temps", ajouta l'un des hommes avec un léger accent roulant, assez fort pour faire apparaître quelques sourires sur les visages des officiers de la table adjacente.
 
***
 
"Reposez-vous quelques minutes, Danara."
Elle secoua la tête distraitement, vérifiant les résultats du dernier balayage. "Non, pas encore."
Il soupira. "Vous avez besoin de vous arrêter un peu, Danara. Vous savez aussi bien que moi que votre corps a besoin d'au moins quelques minutes de relâchement pendant le travail."
Levant finalement les yeux de l'objet de ses recherches, elle leva les yeux vers le Docteur du Voyager. "Vous voulez que je me repose ? D'accord, je me repose. Mais dans ce cas, vous aussi."
Cette fois, il grommela. "Je suis un programme informatique, Danara. Je n'ai pas besoin de me reposer."
"Non, Schmullus. Vous n'êtes pas qu'un programme. Nous le savons tous les deux. Vous aurez les idées plus claires après vous être reposé quelques minutes." Comme il ne semblait toujours pas convaincu, elle ajouta. "De plus, nous avons encore trois ans de souvenirs à nous raconter."
"Vous avez gagné", fit-il finalement en secouant la tête, s'installant dans l'un des fauteuils du laboratoire.
Elle suivit son exemple et se détendit dans son propre fauteuil, puis sourit au Docteur. "Alors, la dernière fois que nous en avons parlé, vous m'avez dit avoir des rêves éveillés."
Son compagnon toussota, visiblement embarrassé par ce souvenir particulier, mais il hocha la tête. "Je désirais expérimenter la possibilité de rêvasser, mais l'expérience a un peu échappé à mon contrôle."
"Un peu comment ?" demanda-t-elle en souriant.
"Beaucoup", admit-il à contrecoeur. "Tout a commencé avec..."
"Wildman au Docteur", fit un appel, l'interrompant dans son histoire.
"Ici le Docteur."
"Il se peut que j'aie trouvé quelque chose. Je me dirige actuellement vers le labo."
"Nous vous attendons, Sam", répondit-il joyeusement.
 
***
 
Ce n'est finalement que le lendemain que les négociations purent reprendre leur cours de la manière dont tous avec l'habitude. Le soir précédent avait été passé à discuter simplement par groupe de deux ou trois, afin de mieux se connaître entre interlocuteurs. Aujourd'hui, avec toute une journée à venir et leurs forces retrouvées après une bonne nuit de repos, les six diplomates s'assirent de nouveau de part et d'autre de la table de la salle de conférence.
"Bien", commença le Commandeur humain après un rapide coup d'oeil à sa tablette. "J'imagine que nous pouvons aborder la dernière question." Observant Kalani qui gigotait sur son fauteuil, mal à l'aise, Ashcroft précisa. "Les armes ?"
 
***
 
"Lancez ce dernier test, voulez-vous, Sam ? J'aimerais en vérifier encore une fois les résultats."
"Très bien."
"Danara", continua-t-il, jetant un il à la station de travail sur sa gauche. "Avez-vous réussi à stabiliser l'inhibiteur cellulaire ?"
"C'est en cours. Je devrais avoir fini d'ici quelques minutes. Vous avez réussi avec les extraits de leucocytes dialisables ?" demanda-t-elle en retour.
"Je les teste encore, mais j'ai confiance."
"Cela semble bien parti", fit-elle en hochant la tête avec le sourire avant de retourner à ses expériences.
Ils travaillèrent en silence pendant plusieurs minutes, cherchant, comparant, analysant, testant les résultats. Finalement, un bip discret du côté du laboratoire où se trouvait Wildman fit lever la tête du Docteur.
"Alors ?" demanda-t-il dans l'expectative.
"Identique aux résultats précédents."
Ses yeux s'agrandirent légèrement et il appela le troisième occupant de la pièce. "Danara ? Avez-vous terminé avec l'agglomération ?"
"Presque..." Entrant rapidement quelques données supplémentaires sur son instrument, elle tapa des doigts sur la table en attendant la réponse de l'ordinateur. Quand elle arriva, elle fixa silencieusement le Docteur puis lui sourit en se levant pour lui transmettre les résultats.
Les cinq minutes suivantes se passèrent encore dans un bourdonnement d'activité. Les trois chercheurs échangeaient avec rapidité des données entre eux avant que Danara ne lève finalement les bras.
"Je pense que je l'ai."
"Laissez-moi voir", fit Wildman en prenant les informations de la Vidiienne pour les comparer à celles de sa machine. Elle entra les données et se retourna vers les deux docteurs en attendant les résultats. Ils se regardaient tous, chacun regardant l'autre avec un regard empli d'espoir, quand Samantha sourit. "Nous l'avons !"
"Ca marche ?" demanda Danara, dévisageant l'humaine avec surprise.
"Ouais, ça marche", répéta-t-elle avec un large sourire. "Nous avons le remède."
Elle avait pensé qu'elle pleurerait le jour où viendrait cette nouvelle. Elle avait pensé qu'elle se jetterait dans les bras de quelqu'un et danserait de joie. Elle avait même pensé qu'elle pourrait s'effondrer sous le choc.
Elle rit.
La tête en arrière, elle rit.
C'était un rire clair et joyeux qui s'échappait de ses lèvres, comme si son coeur chantait sa joie au monde entier. Les yeux fermés, soulagée d'avoir un traitement pour son peuple, elle écartait les bras et laissait sa joie transparaître sans fausse pudeur.
Elle se sentait... libre. Libre du poids qu'elle avait supporté sur elle tous ces mois, libre de la souffrance qu'elle avait ressentie en regardant les siens mourir inutilement. Libre de la responsabilité qu'elle avait faite sienne.
Elle devait encore administrer le traitement, mais une seule vérité lui remplissait l'esprit. Elle était libre et son peuple était sauf.
Elle rit à nouveau, secouant la tête de joie.
"Enfin." Ouvrant les yeux, elle essuya les larmes sur ses joues. "Enfin", répéta-t-elle dans un murmure.
L'équipage rêvait peut-être encore de son ancien vaisseau, mais le fait était que ce qui aurait pris une semaine à bord du Voyager originel avait nécessité à peine deux jours sur son successeur.
Ils avaient la formule.
Les Vidiiens allaient être guéris.
 
***
 
Le Mar Vidiien soupira. "Il n'y a pas grand-chose à dire. Vous connaissez la partie technique de ce dossier, je présume." Voyant les hochements de tête affirmatifs du trio de la Fédération, il secoua la tête. "Nous avons juste essayé de sauver notre monde de la meilleure méthode que nous avions à offrir."
"La seule méthode que nous avions à offrir", insista calmement Emorin. Ils savaient tous que la flotte Vidiienne n'était pas si puissante. Leur race était en premier lieu une race de scientifiques, pas de guerriers.
"Nous le savons. Et c'est un bon point", leur assura Watson. "Ce ne sont pas vos intentions, mais votre méthode qui est discutable."
"Nous étions conscient de cela. Mais quand vous devez faire face à l'ultime destruction..." La voix de Kalani se perdit dans un murmure, puis il leva la tête vers Ashcroft, implorant son pardon des yeux. "C'était le même problème avec les organes. Nous aurions utilisé une autre méthode si nous en avions seulement connu une. Mais puisque ce n'était pas le cas et que nous voulions que notre race, et les autres, survivent..."
Ayala jeta un oeil vers ses deux partenaires en soupirant. "C'est le même problème aujourd'hui, mais juste à une plus grande échelle."
Vela acquiesça. "L'histoire se répète", murmura-t-elle.
 
***
 
"Lieutenant Ayala", l'accueillirent-ils. Bien qu'ils se cachent toujours du reste de l'équipage, ils avaient tous deux décidé de rencontrer l'officier avant de se téléporter à la surface.
"C'est bon de vous revoir tous les deux", dit-il avec le sourire. "J'ai cru comprendre que vos recherches étaient couronnées de succès ?"
"Absolument", dit Danara en souriant également. "Nous allons redescendre sur Vidiia avec le remède, mais nous voulions d'abord vous demander une faveur."
"Bien entendu, docteurs."
"A cause du gouvernement corrompu, nous ne pouvons leur faire confiance. Nous vous serions reconnaissants si vous pouviez trouver un moyen de faire stagner les pourparlers. Nous ne voulons pas que la Fédération s'allie avec Vidiia dans sa situation actuelle."
Il lui adressa un bref hochement de tête. Tuvok m'a déjà demandé la même chose. Pourriez-vous me dire quelles sont les positions des trois diplomates que nous avons à bord ?"
"Kalani et Cadock connaissent tous les aboutissants de l'histoire. Ils sont très proches du sommet de la hiérarchie."
"Mais Kalani est le Mar !" fit-il remarquer en fronçant les sourcils.
"Il y en a d'autres, inconnus de la population", expliqua-t-elle. "Par contre, Emorin est utilisé. Ils menacent d'infecter sa famille pour s'assurer qu'il leur obéisse."
"Cela explique son attitude discrète en leur présence." Hochant à nouveau la tête, Mike continua. "Je ferai de mon mieux. Ne vous inquiétez pas pour eux, occupez-vous juste de guérir vos semblables. Est-ce tout ?"
"Oui, c'est tout. Merci, Lieutenant", fit Danara, le sourire toujours aux lèvres.
Après leur avoir adressé un regard qui signifiait 'à votre service', il regarda les deux docteurs de dématérialiser lentement du laboratoire.
 
***
 
Ils avaient passé leur vie à espérer une guérison, levant la tête vers leurs docteurs avec foi en leur aptitude. Ils aimaient la vie, avaient quitté à contrecoeur leur famille et leurs amis et étaient assis sur leurs chaises ou couchés sous leurs couvertures, luttant pour survivre une minute de plus.
Leur vu le plus sincère était de jouir de nombreuses années de santé et de joie, libérés de l'insupportable douleur qu'ils subissaient à chaque instant d'éveil. Ils s'accrochaient à leurs rêves pendant leur sommeil, où des visions de bonheur leur revenaient, leur apportant une fois réveillés la force de tenir jusqu'au soir suivant.
Désormais, tout cela allait enfin être terminé.
 
***
 
"Bien, voilà qui est fait. Suivant, s'il vous plaît." Relevant la tête, le Docteur découvrit en face de lui le jeune Vidiien auquel il avait parlé. Il lui semblait que des semaines entières s'étaient écoulées depuis. Indiquant au volontaire de s'asseoir, il sourit. "Alors, comment vous sentez-vous, aujourd'hui, Tamarek ?"
"Honnêtement ?"
"Bien sûr."
Taramek sourit en retour tandis que le médecin lui injectait le remède. "Si ça marche, je serai heureux de dire que c'est le plus beau jour de ma vie."
"Pas seulement de la vôtre, Taramek", reprit le Docteur avec un hochement de tête. "Voilà, c'est fait. Nous devrions voir les premiers effets dans quelques minutes."
"Merci, Docteur."
Avec un léger sourire, le Docteur fit une pause et se releva pour aller voir Danara.
"Des résultats ?" demanda-t-il d'une voix inquiète.
Elle secoua la tête en soupirant. "Pas encore."
"Ayez confiance, Danara", chuchota-t-il, une main doucement posée sur son épaule. "Ca va marcher."
Elle hocha la tête et se pencha contre lui, soudainement fatiguée. "Je voudrais juste que cela marche déjà", soupira-t-elle.
L'entourant de ses bras, il l'attira plus près contre lui. "Confiance, Danara."
"Docteurs ?"
Il tourna la tête vers l'endroit où les volontaires au test du remède étaient assis. "Oui ?"
"Je me sens bizarre."
Un murmure d'accord s'éleva du petit groupe. Les deux docteurs accoururent immédiatement, tricordeurs en main.
Les scans furent rapides. Une dizaine de gens se plaignait de légères nausées et de maux, mais rien de très grave. Finalement, les deux docteurs se regardèrent et comparèrent leurs données.
Le Docteur soupira. Si le remède fonctionnait, ils commenceraient immédiatement la vaccination de masse. Sinon... Retour au tableau noir. Tout comme Danara, il n'abandonnerait pas aussi facilement si cet essai s'avérait être un échec.
Le regard de bonheur dans les yeux de Danara lui dit ce qu'il avait besoin de savoir. Il acquiesça et se tourna vers Tamarek. Posant une main sur l'épaule du jeune homme, il baissa la tête vers lui et lui sourit.
"Votre soeur et votre mère seront sauvées."
 
***
 
Il fait traîner les négociations, observa-t-elle en fronçant légèrement les sourcils.
Pourquoi fait-il cela ?
Pourquoi toutes ces étranges questions, ces objections, ces idées bizarres venant d'un coup de sa part ?
Elle se concentra et son froncement changea légèrement d'aspect pour afficher son étonnement. Il ne leur faisait pas confiance ? Pourquoi ?
Ce n'était pas un secret que les différentes parties d'une négociation ne se faisaient jamais pleinement confiance, mais ceci semblait avoir une cause différente.
Une nouvelle fois, comme elle l'avait fait tant de fois dans sa vie, elle tenta sa chance. Un peu plus d'aptitudes télépathiques lui auraient été bien utiles.
Et à nouveau, une autre question et des regards plus surpris de la part des autres diplomates. Il semblait savoir ce qu'il faisait, relâchant sa prise juste au bon moment pour les laisser se calmer avant de demander autre chose.
Pourquoi faisait-il traîner les négociations ? Où voulait-il en venir ?
Concentrée au maximum, elle fixa l'homme du coin de l'oeil.
 
***
 
Le Docteur se leva et se dirigea vers Danara qui finissait d'administrer sa dernière tournée de sérum aux victimes de la Phage. Elle était assise, calme, détaillant les lésions sur les visages des patients qui commençaient à reprendre une plus belle couleur. La texture de la chair autrefois nécrosée changeait. Il lui tendit la main et l'aida à se relever. "C'était la dernière des victimes de cette caverne, Danara. Les rapports arrivent des autres campements. Le traitement fonctionne." Il resta silencieux un moment, le visage montrant déjà sa tristesse à la pensée de ses prochaines paroles. "A l'exception des malades au stade le plus avancé."
"Sans vous, Schmullus, il y aurait eu beaucoup plus de morts et de mourants." Danara lui caressa doucement le visage. "Ce n'est pas votre faute si le remède n'est pas venu en temps et en heure. Nous ne pouvons que pleurer leur perte."
Une forte voix se fit entendre derrière la Vidiienne. "A moins bien sûr que la seule raison de sa présence ici soit d'aider à faire passer la pilule de leur alliance avec le gouvernement actuel. Dans ce cas-là, il est aussi coupable qu'eux." Un grand Vidiien habillé de vêtements de style maquisard fixait le Docteur d'un regard perçant et mauvais.
"Joakin... Le Voyager et Schmullus sont ici pour nous aider. Je sais qu'ils ne sont pas venus assez tôt pour pouvoir aider ta famille, mais ils font de leur mieux..." Danara essaya de s'expliquer, mais quelque chose dans l'allure de l'homme incita le Docteur à se positionner devant elle.
"La Fédération n'aiderait ni ne cautionnerait aucun traitement aussi abominable à aucune forme de vie. Nous ne sommes peut-être pas capable de prévenir de tels agissements, mais nous ne signerons certainement pas d'alliance avec un gouvernement qui autorise de telles atrocités." Le Docteur gardait une voix calme et le regard fixé sur l'homme éperdu dans l'espoir de faire retomber la pression, mais il maintint son corps en guise de bouclier entre Joakin et Danara, sachant qu'il pouvait difficilement lui arriver quelque chose.
"Bien sûr, mais si la Phage n'existe plus avant que les pourparlers soient finis, alors il n'y aura plus aucune preuve de ce qu'ils nous ont fait, non ? C'est la véritable raison de votre présence et c'est pourquoi vous allez payer..." Un éclair attira l'attention du Docteur quand la lumière se refléta sur la lame que Joakin sortait de son fourreau. Un bref moment de distraction qui autorisa une attaque rapide contre le bras du Docteur. Ce dernier recula sous le choc quand la représentation visuelle de son programme fluctua. Visiblement, il avait sous-estimé les dommages qu'un individu dérangé pouvait lui faire s'il en avait l'opportunité.
Joakin s'élança de nouveau, cette fois en une attaque faite pour glisser entre les côtes et percer le coeur de son adversaire. La lame ne rencontra aucune résistance, le champ de pression de l'émetteur s'étant éteint à la première attaque. Le Vidiien s'effondra en avant, les yeux s'agrandissant en s'apercevant qu'il passait au travers du Docteur holographique. Le couteau continua sa route jusque dans la peau tendre derrière le Docteur.
En se retournant, le Docteur ne put que voir les yeux verts de Danara s'agrandir de douleur sous le choc, son assaillant pressant le couteau sur son côté. Une tâche de sang s'élargissait sur sa tunique. "Danara..." Il bondit pour la rattraper, mais ses bras passèrent à travers son corps, autre preuve des dommages que son émetteur avait subis.
"Maman !" Vallia poussa un cri d'horreur et de frayeur en se précipitant aux côtés de sa mère.
Le Docteur tendit une main pour faire signe à Vallia. "Reste tout près de moi, Vallia. Nous avons besoin d'emmener ta mère à bord de mon vaisseau pour que je puisse l'aider." La petite fille hocha la tête et vint bravement se placer aux côtés du Docteur, une confiance absolue en lui. "HMU au Voyager. Trois à remonter, avec les deux humanoïdes les plus proches de ma position. Téléportation d'urgence à l'infirmerie et transfert de mon programme sur le réseau."
"Bien, Monsieur". La voix non familière d'un Enseigne se répercuta dans la salle juste au moment où le rayonnement étincelant du téléporteur emplit l'air. Alors qu'ils disparaissaient, Joakin tombait à genoux, gémissant en réalisant les conséquences de ses actes.
 
***
 
Tenant la petite forme de Vallia contre lui, le Docteur regardait de près les moniteurs qui affichaient les signes vitaux de Danara. Sa programmation lui disait qu'elle irait bien. Robby Dayton, en dépit de leurs difficultés du début, avait eu la confiance totale du Docteur. Ce dernier avait réclamé que son collègue effectue l'opération chirurgicale qui sauverait la vie de Danara. Le Docteur sourit légèrement en se souvenant l'expression de Dayton quand il avait réalisé l'étendue de l'implication à sa demande expresse. Les paroles 'Ne vous inquiétez pas, Docteur, elle va s'en sortir' résonnaient encore dans son esprit.
Les dommages ont été importants, mais aucun organe vital n'a été touché. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il devait rester et la regarder, juste pour s'en assurer. Vallia se retourna légèrement dans son sommeil et se raccrocha encore plus à lui. Il se pencha et lui déposa tendrement un baiser sur les cheveux en lui caressant le dos pour la calmer.
Une faible voix attira son attention loin de l'enfant dans ses bras. "Vallia... Schmullus..." Il se leva prestement et installa Vallia dos contre le fauteuil, doucement afin de ne pas la déranger dans son sommeil. Il couvrit son petit corps d'une couverture qu'il avait récupéré sur l'un des lits médicaux avant de se diriger jusqu'au centre de la baie médicale.
Le Docteur pressa une main réconfortante sur le front bosselé de Danara et lui sourit. "Vallia dort et je suis là." Sa main glissa lentement le long de son visage pour caresser doucement sa joue.
Danara ferma et rouvrit doucement les yeux pour acquiescer, encore sous l'effet des médicaments et de la tension éprouvée par son corps. Puis elle pencha la tête contre sa main, réconfortée par sa présence ferme qui lui permettait une fois de plus de se détendre. "Votre émetteur..."
"Est réparable beaucoup plus facilement que vous ne l'êtes, Danara." La voix du Docteur se fit un peu plus sévère en sentant la peur qu'il avait eue de la perdre refaire surface. "En fait, le Lieutenant Nichols m'a déjà averti que je pouvais venir le récupérer à l'Ingénierie à tout moment. Cependant, selon le Docteur Dayton, vous aurez besoin d'un jour ou deux pour vous remettre."
"Vous n'avez pas..." Danara le regarda dans l'expectative.
"Non." Le Docteur s'arrêta, incertain de la façon de lui expliquer toutes les raisons pour lesquelles il s'était effacé dans son traitement, cette fois. "Je voulais... Je ne voulais pas que votre vie soit dans d'autres mains que les miennes, mais je voulais aussi qu'aucune question... Rien de compliqué..."
Une petite main au teint pâle lui caressa la joue. "Je comprends, Schmullus."
L'expression du Docteur s'adoucit et il pencha la tête contre sa main, cette fois. "Je vous en prie, ne me refaites plus jamais cela..."
"Promis." Danara fit un large sourire tandis qu'ils se regardaient dans les yeux.
Le bruissement des portes de l'infirmerie s'ouvrant détourna l'attention des deux docteurs, révélant le Commandeur Ashcroft et le Lieutenant Watson dont les expressions exigeaient des explications avant même qu'ils n'aient ouvert la bouche.
"Convainquez-moi que ceci n'est pas une simple confirmation que toutes les rumeurs que j'ai entendues sur l'ignorance des protocoles de Starfleet et de la hiérarchie de commandement par ceux du Voyager ne sont pas fondées, Docteur." Ashcroft fixait l'hologramme avec un regard que le Docteur supposait être de la part du Commandeur de l'intimidation. Ashcroft avait visiblement sous-estimé l'effet de servir sous les ordres du Capitaine Janeway. Un regard de cette intensité ne pouvait que provoquer un ennui banal chez l'hologramme.
Danara tenta alors de se redresser, mais le Docteur entreprit de la forcer à rester en position allongée. Le regard qu'elle lui adressa cependant provoqua chez lui un soupir résigné et il la soutint pour qu'elle puisse s'asseoir. "Commandeur, c'est moi qui ai réclamé l'aide du Docteur. Il était impératif que vous et les autres continuent de négocier avec le régime en place de bonne foi pour éloigner leur attention du travail que nous faisions. Le gouvernement est corrompu et laisse toute une partie de la population mourir de la Phage pour alimenter leur propre orgueil. Les citoyens de classe moyenne n'ont aucune idée de ce qui se passe réellement et quiconque en a connaissance et veut se dresser contre ce qu'ils font est rappelé à l'ordre par la menace d'en être infecté. S'ils avaient su ce que la Résistance était en train de faire, ils auraient retiré leur offre d'alliance et insisté pour que vous quittiez Vidiia juste pour protéger leur propre système. Vous auriez été obligé de partir."
"Ce qui est précisément ce qui aurait dû se passer." Ashcroft jeta un regard mauvais au médecin Vidiien. "Au lieu de cela, nous sommes impliqués dans un conflit interne dans lequel la Fédération n'aurait jamais dû prendre parti."
Le Docteur fronça les sourcils et fit un pas en avant. "Avec tout le respect que je vous dois, Commandeur, que nous soyons ici en mission diplomatique ou bien engagé dans une course contre la mort, la charte de la Fédération prévoit dans tous les cas d'apporter toute aide médicale nécessaire où elle est demandée."
"Quand elle est demandée par les autorités gouvernementales officielles..." rétorqua Ashcroft.
"Alors parce que ces gens n'ont aucun droit au chapitre dans leur gouvernement, nous devrions les laisser mourir ? Je trouve quelque peu difficile à croire que ce soit ce que les fondateurs de la Fédération avaient en tête quand ils ont créé la Fédération des Planètes Unies." Le Docteur s'avança encore et soutint le regard du Commandeur. "Si vous voulez déposer une réclamation à mon encontre, allez-y, mais quand j'ai été programmé pour être un hologramme médical d'urgence, le Docteur Zimmerman a inclus le serment d'Hippocrate dans ma programmation. C'est le fondement qui me guide dans tous mes traitements médicaux. Je suis peut-être plus que la somme de tous mes sous-programmes, mais ce serment est toujours aussi valide en moi que le jour où il a été inclus dans ma matrice. Il m'était impossible d'ignorer plus la souffrance et la douleur de ce peuple que celles d'un des membres de mon propre équipage. J'ai eu l'obligation de les aider dès l'instant où j'ai pris conscience de leur souffrance."
Ashcroft reculait sous le choc en considérant l'hologramme quand Tuvok et Ayala firent leur apparition. "En fait, même si ce n'est pas strictement dans la lettre du protocole de Starfleet, je crois que le Docteur est correct dans son évaluation d'obligation de soutien le peuple Vidiien. Si c'était une puissance extérieure comme les Devores qui avait infligé un tel traitement au peuple Vidiien, alors la Fédération n'aurait pas hésité à leur apporter leur soutien. Il est illogique d'assumer que parce que l'abus de pouvoir est interne, Starfleet et la Fédération sont moins tenus de leur porter assistance." Tuvok conclut son discours et avança jusque derrière le lit médical où se trouvait le Docteur Pel.
"Vous avez été affecté à Vidiia pour évaluer une requête d'Alliance, le Docteur a quant à lui été contacté en sa qualité d'Officier médical en chef du Voyager pour une demande d'aide médicale d'urgence. Ce sont des missions auxquelles tout vaisseau stellaire est en obligation de répondre, à moins qu'il ne s'agisse d'une violation d'un article de la Directive Première. Il s'agissait donc de deux missions indépendantes, Commandeur. Je crois que le Capitaine Janeway a clairement rappelé que la structure interne de commandement du Voyager restait indépendante." Le fait d'avoir omis de faire remarquer qu'Ashcroft ne faisait pas partie de cette structure de commandement n'échappa à aucun des officiers présents. "Puisqu'il s'agissait d'une requête faite au Voyager et non une requête officielle au travers d'une agence gouvernementale, je crois que cela tombait donc sous la juridiction des affaires internes du Voyager." Ayala, tout sourire, se déplaça pour venir se placer aux côtés de Tuvok, l'application de cette logique du Maquis laissant le Commandeur Ashcroft totalement furieux.
Le regard d'Ashcroft passa de Pel au Docteur, puis à Tuvok et Ayala, avant de se reporter finalement sur Watson. L'attente d'un soutien inconditionnel de son collègue officier diplomate le laissa interloqué quand Watson hocha solennellement la tête. "Je crois que le Commandeur Tuvok et les autres officiers sont corrects dans leur évaluation de la situation." Elle croisa le regard d'Ashcroft. "Mis à part le fait qu'il leur aurait été complètement inhumain d'autoriser un peuple à continuer de souffrir d'une maladie comme la Phage quand ils avaient les moyens de la prévenir, ils ont en fait mis la lumière sur une évidence qui va maintenant devoir être prise en compte contre la requête d'alliance des Vidiiens."
Les yeux du Commandeur s'élargirent d'incrédulité tout en dévisageant encore une fois chaque personne de la baie médicale à tour de rôle. Autant il était humilié dans sa fierté pour avoir été laissé en dehors d'une telle opération, autant il pouvait comprendre la logique de ce qu'avait fait l'équipe du Voyager. Tournant les talons, il se dirigea vers les portes de l'infirmerie en balançant les bras en l'air et en s'exclamant. "Débrouillez-vous avec cette damnée race Vidiienne, pour ma part, elle peut bien obtenir ce que vous venez."
 
***
 
Vallia était perchée sur le lit de Danara pendant que cette dernière lui faisait doucement la lecture. Le Docteur se pencha dans l'encadrement de la porte de son bureau et les observa ensemble avant de s'approcher lentement. "Comment va mon équipe médicale préférée, aujourd'hui ?"
Vallia sauta du lit et vint se serrer contre la taille du Docteur. "Maman se sent beaucoup mieux."
"Bien, et il semble que le Docteur Dayton soit d'accord avec ton diagnostic, Vallia, il suggère un peu d'exercice." Le Docteur reporta son attention sur Danara, sa voix se fit plus douce et moins assurée en plongeant dans les grands yeux verts. "Je me demandais si vous aimeriez venir faire un tour avec moi dans le holodeck. J'ai un merveilleux programme de forêt en réserve."
Danara rayonnait. "Cela me semble très agréable, Schmullus." Ses yeux se portèrent sur Vallia puis revinrent au Docteur.
"Je suis certain que Vallia l'aimera. J'ai inséré quelques personnages pour elle de l'un des programmes holographiques préféré pour enfant de la fille de l'Enseigne Wildman, Naomi, et du Capitaine Janeway." Le Docteur s'avança pour aider Danara à descendre du lit, mais la laissa ensuite se déplacer toute seule. "Tu crois que tu aurais envie de voir le holodeck, Vallia ?"
"S'il te plait, maman..." La petite fille regardait Vallia en la priant des yeux.
Danara fit un large sourire et serra la main du Docteur. "Et bien, si ce sont les ordres du médecin." Son sourire s'agrandit encore quand Vallia prit le Docteur par l'autre main.
Les membres d'équipage du Voyager originel souriaient en regardant passer le trio, la petite fille qui se trémoussait aux côtés des adultes en chemin pour le holodeck leur rappelant le souvenir de Naomi. Même les nouveaux membres ne purent s'empêcher de sourire devant cette famille apparemment heureuse qui arpentait les couloirs. Quand ils arrivèrent devant le holodeck, le Docteur prit quelques secondes pour mettre en route le programme, puis ils traversèrent les portes pour se retrouver dans un luxuriant paradis vert. La lumière du soleil filtrait au travers des feuilles et la rosée formait de minuscules arcs-en-ciel sur leur passage. "C'est merveilleux, Schmullus."
"N'est-ce pas ?" Le Docteur attira Danara plus contre lui en commençant leur balade. "Cela me rappelle vos yeux."
Danara s'arrêta, le souffle court aux paroles du Docteur, puis elle s'approcha encore de l'hologramme pour posa sa tête contre son épaule. Une soudaine volée de couleurs émergeant des branches annonça l'arrivée de Flotteur. Vallia gloussa bruyamment à la vue de cette chute désordonnée devant elle. "Vallia, voici Flotteur." Le Docteur la présenta officiellement. Flotteur s'inclina en une si grande révérence qu'il bascula vers l'avant, tombant mollement sur l'herbe. "J'ai pensé que lui et toi pourriez jouer ensemble." Le Docteur se rapprocha de Vallia, dans un air conspirateur. "Il faudra que tu gardes un oeil sur lui... Un jour, il a convaincu le Capitaine de l'aider en inondant la forêt."
Vallia gloussa de plus belle. L'idée d'un Capitaine inondant une forêt lui semblait complètement bête, mais elle hocha solennellement la tête. "Promis."
Danara sourit. "Alors vas-y et amuse-toi." Tandis que Vallia trottait vers les fourrés derrière le personnage, elle reporta toute son attention sur le Docteur. "Le Capitaine Janeway l'a aidé à inonder la forêt ?"
Le Docteur sourit. "C'est plus amusant si l'on oublie de mentionner qu'elle n'était alors qu'une petite fille." Danara rit, ajoutant sa joie au chant mélodieux des oiseaux et au bruissement des feuilles dans le vent. "Voudriez-vous m'accorder cette danse ?"
Danara hocha timidement la tête et s'avança dans les bras du Docteur, s'abandonnant doucement au son agréable de la nature qui les entourait.
 
***
 
Tout était calme dans la pièce, son seul occupant fixant en silence l'extérieur par la baie. Après avoir quitté, frustré, l'infirmerie, Ashcroft s'était immédiatement retiré dans ses quartiers et était resté là depuis lors, à repenser à la situation présente.
Avec ce qu'il venait d'apprendre sur le gouvernement, il allait devoir refuser à Vidiia une alliance avec la Fédération. Ils ne pouvaient se permettre de signer un traité avec une race commettant de telles actions.
La sonnerie de la porte l'interrompit dans ses pensées et le fit sursauter. Il se retourna en demandant l'ouverture de la porte et découvrit son assistant de longue date qui attendait dans le couloir.
"Puis-je entrer ?" demanda-t-elle sur un ton plaisant. Il acquiesça. "Je suis venue vous demander votre décision quant à l'alliance."
"Je pensais que vous le feriez", répondit-il en indiquant à Watson de prendre un siège puis en s'asseyant lui-même en face d'elle. "La Fédération ne peut pas accepter Vidiia comme alliée."
"Est-ce votre décision finale, Commandeur ?" Il la dévisagea, surpris de sa question, et après un moment, elle reprit. "D'après ce que je vois, si les Vidiiens venaient à se débarrasser de leur gouvernement actuel, une alliance avec nous serait bénéfique à nos deux partis."
"Comment cela ?"
Elle haussa légèrement les épaules. "Nous savons tous les deux qu'avec la situation politique actuelle dans le Quadrant Delta, Vidiia a besoin d'un allié fort pour remonter la pente. De notre côté, une connexion avec le Quadrant Delta serait un atout précieux pour la Fédération."
"Exact, mais renverser un gouvernement..." Sa voix se perdit alors qu'elle se levait de son siège.
"Je sais, c'est une mesure sévère, mais une fois les Vidiiens guéris, je suis sûre qu'ils répandront la vérité jusqu'à ceux qui étaient maintenus dans l'ignorance. S'ils n'abandonnent pas le pouvoir de leur plein gré, ils auront une révolution sur les bras."
S'approchant de la porte, elle adressa un dernier regard à son officier supérieur. "Je vous demande juste de penser à cette possibilité, Commandeur. Bonne nuit."
Sur ce, elle sortit de ses quartiers, le laissant seul retourner cette idée dans sa tête.
 
***
 
"Et voilà", dit-il, téléchargeant les derniers blocs de données dans l'ordinateur portable. "Il y a assez de choses à lire pour te tenir occupée au moins une décennie."
Danara hocha la tête et sourit tristement en jetant un oeil aux données. "Qu'est-ce que tu as mis là-dedans, exactement ?"
"Données culturelles de la plupart des espèces du Quadrant Alpha, ouvrages de littérature, musique de tous les coins de la Fédération, recettes, jeux..." Il haussa les épaules. "Enfin, à peu près tout ce qui était en même temps intéressant et non interdit de diffusion. Les connaissances médicales n'étant pas non plus un domaine technologique, j'y ai également ajouté quelques dossiers."
"Quelques ?"
Il lui fit un sourire complice. "A peu près toute la base de données du Voyager."
"Le serment ?" demanda-t-elle avec un sourire.
"Il y est. Dans toutes ses versions connues, plus son histoire et tout ce qui pouvait avoir un rapport avec."
"Merci. D'après ce que tu m'en as dit, je pense qu'il faudrait instaurer une tradition similaire sur Vidiia."
"'Primum non nocere."
"Danara releva la tête. "Quoi ?"
"'En premier lieu, ne pas faire le mal'", expliqua-t-il, puis il cita un nouveau passage. "Dans les maladies, prends l'habitude de deux choses. Aider et au moins ne pas causer de tort."
"Hippocrate ?"
"Oui. Une autre de ses oeuvres." Il indiqua le portable. "Tout est dedans."
"Merci, j'apprécie énormément. Je vais aimer apprendre à connaître vos cultures."
"Voilà, je crois que le chargement est terminé." Une fois le portable déconnecté, le Docteur jeta un regard à la Vidiienne. "Nous devrions y aller."
"Je sais." Elle soupira, tournant la tête vers la pièce principale. "Vallia ?"
"J'arrive, maman !" La petite fille fit irruption dans le bureau du Docteur, un large sourire aux lèvres. Elle courut immédiatement jusqu'à sa mère et lui enserra les jambes. "On rentre à la maison, maintenant ?"
"Oui, chérie, nous y allons."
Après un hochement de tête, l'enfant leva la tête vers le Docteur. "Tu viens avec nous ?"
Le Docteur s'accroupit et pencha la tête. "Oui, je viens, Vallia. Mais je ne vais pas rester longtemps."
"Pourquoi pas ?"
"Et bien, on a besoin de moi ici et ta maman a du travail sur Vidiia."
"Ah, d'accord." Etait-ce son imagination, ou bien semblait-elle un peu triste d'apprendre cette nouvelle ? Pour le moment, elle le fixait avec des yeux emplis d'espoir. "Est-ce que tu reviendras nous voir, des fois ?"
"Ca suffit, Vallia", fit Danara.
"Oui, maman."
Le Docteur se releva doucement et passa la porte, l'ordinateur dans la main. "Venez, nous devons aller à la salle de téléportation."
D'un hochement de tête net et franc qui effaça son air jusque-là triste, Vallia courut hors de l'infirmerie. Danara la suivit à une allure moins pressée.
Côte à côte, ils traversèrent les couloirs jusqu'à l'ascenseur, Vallia sautillant joyeusement devant eux. Quelques membres d'équipage les croisèrent, tout sourire.
Avec un soupir, Danara glissa sa main dans celle du Docteur. Il baissa la tête, surpris, mais se contenta de sourire. Il lui retourna son geste et serra fort ses doigts dans un geste de soutien.
 
***
 
C'était la fin de l'après-midi quand ils se matérialisèrent. Le soleil, d'une teinte rouge à ce moment de la journée, était encore visible juste au-dessus de l'horizon tandis que le trio traversait un petit jardin aux allures terrestres.
Vallia se cramponnait à leurs mains en sautant entre le couple, son humeur joyeuse se communiquant à eux. Partageant un sourire, les deux docteurs levèrent les bras pour soulever l'enfant haut dans les airs.
Elle rit à coeur joie, atterrissant en douceur sur le chemin de sable. "Encore !"
Ils recommencèrent volontiers et une fois de plus, Vallia s'éleva dans les airs, le ciel au-dessus d'elle semblant soudain un peu plus proche. "Encore !" demanda-t-elle en riant.
Ainsi passèrent les minutes suivantes, deux médecins jouant avec une petite fille comme ses parents l'auraient fait, eussent-ils encore été vivants.
A chaque minute qui passait, ils sentaient le lien se resserrer jusqu'à ce que, finalement, ils lèvent la tête de Vallia. Leurs regards se croisèrent et ils restèrent simplement là comme ça, les yeux dans les yeux, partageant en silence les mêmes pensées.
"Encore, maman, Docteur !"
Leur regard s'attarda encore un peu, le couple échangeant un sourire avant que chacun ne reporte son attention sur la petite fille.
Son rire réconfortant s'entendit très loin quand Vallia s'éleva une nouvelle fois vers le ciel pendant que les deux adultes prenaient plaisir à partager ce moment de bonheur.
 
***
 
Le Docteur fredonnait doucement en regardant avec Danara la nuit étoilée de Vidiia. L'air était doux et chaud, les étoiles scintillaient dans les cieux et une musique qui lui semblait si douce-amère lui trottait dans la tête. Il l'attira tout contre lui, se délectant de sa chaleur à ses côtés.
"Qu'est-ce que tu fredonnes ?" fit Danara en levant la tête vers lui, curieuse.
Le Docteur baissa la tête vers elle, gravant ses traits dans son esprit. Son expression radieuse, ses douces joues, ses tendres lèvres, ses yeux d'émeraude brillant comme des pierres précieuses dont il était tombé amoureux. "Une chanson qui me fait penser à toi... à nous."
Danara posa sa main sur ses lèvres, comme pour le graver dans sa mémoire comme il venait de le faire. Il se pencha lentement jusqu'à ce que ses lèvres touchent les siennes, douces et tendres, et l'embrassa, ajoutant un autre souvenir à ceux qu'ils avaient déjà partagés. Ils se séparèrent doucement et se regardèrent en silence.
"Chante-la pour moi ?" demanda doucement Danara, brisant le silence entre eux.
Le Docteur sourit tristement. "Ce n'est pas très..."
Danara passa ses doigts sur ses lèvres. "Chante-là pour moi, Schmullus."
Le Docteur hocha la tête et, plongeant ses yeux dans les siens, éleva la voix pour chanter.
"E lucevan le stelle...
ed olezzava la terra..."
Danara soupira et ferma les yeux pendant que le traducteur remplissait son office, même si elle n'avait aucun problème pour comprendre le sens des mots rien qu'aux sentiments que sa voix évoquait.
"stridea l'uscio dell'orto...
e un passo sfiorava la rena.
Entrava ella, fragrante,
mi cadea fra le braccia."
Jamais encore les paroles de cet opéra n'avaient exprimé si bien ses sentiments. Le Docteur ressentait chaque fibre de son corps se faire l'écho de ses paroles et leur donner un sens au-delà de ce qu'un simple chant l'aurait pu.
"Oh! dolce baci, o languide carezze,
mentr'io fremente
le belle forme disciogliea dai veli!"
Pour Danara, chaque mot était empreint d'émotion, à son unique intention. Il lui était presque insupportable de l'avoir retrouvé pour à nouveau devoir le voir repartir.
"Svani per sempre il sogno mio d'amore...
L'ora e fuggita
e muoio disperato!
E non ho amato mai tanto la vita!"
Quand les dernières paroles eurent franchi ses lèvres, leurs regards se croisèrent à nouveau. Leurs coeurs battaient à l'unisson, leurs mains étaient jointes ensembles, la joie et la peine que l'un ressentait répondaient à celles de l'autre. Cette fois, ce fut le Docteur qui rompit le silence, mais sans briser la magie de l'instant. "Je t'aime, Danara." Sa voix était douce en se faisant l'annonce de la vérité qui se trouvait dans leurs deux coeurs.
Danara posa sa tête contre la poitrine du Docteur. "Je t'aime, Schmullus."
 
***
 
Il soupira. Faire un rapport sur eux pour leurs exactions lui aurait semblé la meilleure chose à faire quelques semaines plus tôt à peine, mais maintenant, Ashcroft ne pouvait que secouer la tête.
Ni Tuvok, ni Ayala, ni même le Docteur n'auraient la moindre réclamation de sa part dans leurs dossiers. Ils avaient tous fait ce qu'ils croyaient devoir faire pour une cause juste et aucun d'entre eux n'avait réellement enfreint de loi ou de protocole. En fait, beaucoup auraient été d'accord avec leur évaluation. Ils devaient s'obliger à porter assistance à ce peuple.
De plus, il s'était raisonné. Etre absolument strict n'améliorerait pas non plus sa réputation. Ce grade de Capitaine lui tardait et il n'avait pas l'intention de ruiner ses chances en faisant un rapport sur trois personnes qui avaient, à vrai dire, rien fait de mal.
Jetant un dernier coup d'oeil aux informations sur la tablette qu'il tenait en main, le Commandeur secoua la tête.
Il ne pouvait absolument pas prendre de décision par lui-même dans cette situation. Il faudrait qu'il en réfère au quartier général pour qu'ils fassent eux-mêmes le choix, soit abandonner définitivement cette alliance, soit attendre jusqu'à ce qu'un nouveau gouvernement Vidiien soit créé.
Personnellement, Ashcroft pensait à un futur possible avec Vidiia, mais il savait que ce choix pourrait s'avérer trop à la limite de la Directive Première pour que le Président l'autorise.
Le temps décidera, conclut-il en soupirant.
 
***
 
Main dans la main, ils traversèrent lentement le jardin, réticent à se séparer. Leurs retrouvailles avaient été si brèves...
"Et bien, je crois qu'il faut nous dire adieu", murmura-t-elle doucement.
"Non, pas adieu." Tournant la tête de Danara pour qu'elle lui fasse face, il continua avec une détermination calme. "Juste... jusqu'à ce que nous nous retrouvions." Ses yeux s'élargirent de surprise et il posa un doigt sur ses lèvres pour éviter toute question. "Je reviendrai, Danara. Je te le promets."
Malgré ses larmes, elle lui sourit. "Je t'attendrai." Elle frotta sa joue contre sa main et embrassa sa paume. "Tu vas me manquer."
Touché de sa confession, il mit sa main sous son menton et lui releva la tête. Toujours aussi lentement, il baissa la sienne jusqu'à ce que ses lèvres touchent les siennes tout doucement.
Un long moment plus tard, il se redressa pour s'imprégner une dernière fois des contours de son visage. "Je t'aime, Danara."
"Je t'aime, Schmullus", répondit-elle dans un murmure en sentant ses doigts se poser sur sa bouche.
Il finit par se reculer de la Vidiienne jusqu'à ce que, à nouveau, ils ne se touchent plus que de la main. Avec un soupir, il appuya sur son badge. "Docteur au Voyager. Un à remonter."
"Bien compris. Prêt à téléporter."
Ses doigts glissèrent de ceux de Danara au moment où les étincelles bleutées d'énergie apparurent autour de lui. Se concentrant sur les brillants yeux verts de Danara, il lui sourit doucement.
Sa voix était quelque peu modifiée quand il répéta ses précédentes paroles, juste avant de disparaître.
"Je te le promets..."
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Note : les paroles du texte sont extraites de l'opéra de Giacomo Puccini, "Tosca - E lucevan le stelle."
 
Traduction française:
 
Brillantes étaient les étoiles...
Douce était la Terre...
 
Grinçant s'ouvrit la porte du jardin...
et un pas foula le sable.
Elle entra, parfumée,
et me tomba dans les bras.
 
Oh doux baisers, oh tendres caresses,
Tandis que je suis tout tremblant,
ses belles formes se dévoilaient !
 
Envolé pour toujours, mon rêve d'amour...
Le temps est révolu
et je meurs de désespoir.
Et jamais de ma vie je n'ai aimé si tendrement !
 
Deuxième note : Hippocrate, entrée du Petit Larousse illustré :
Médecin grec, né dans l'île de Cos (v. 460 - 377 avant J.C.). Son système repose sur l'altération des humeurs. Son éthique médicale est à l'origine du serment que prêtent les médecins.
 

FIN.

Ecrit par: Alicja Sara Maria
version française: Laurent
Producteurs: SaRa, MaquisKat et Coral
Remerciements aux différents correcteurs: SaRa (version originale), Laurent (version française).

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