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Episode 9.04 - PRIS DANS LA TOURMENTE
Par: Naaz (snowowl32@yahoo.com) et Bec (coffeenut47@aol.com)
Version française: Christophe, Marie-Laure et Laurent (stvoyager@free.fr)

Note: Star Trek: Voyager, personnages et autres produits dérivés sont des marques déposées de Paramount Pictures. Aucune infraction aux droits d'auteurs de Paramount voulue. La Saison 8 virtuelle de Voyager (Voyager Virtual Season 8, VS8) est une entreprise à but non lucrative. L'histoire est propriété de son auteur. Pas de reproduction sans sa permission.

"Le Voyager doit faire face à des forces ennemies qui menacent de le pousser dans un océan de traîtrises."

Catherine Janeway se tenait sur son pont, regardant en silence l'écran principal en même temps que le reste de l'équipage du pont resté muet. L'image affichait une scène de destruction massive, vestiges de vaisseaux accompagnés de débris de tout genre et de pièces d'épaves flottantes jonchant la zone, lui donnant un air général de dépotoir.
Toutefois, ce n'était pas un dépotoir. C'était tout ce qui restait d'une bataille acharnée. Le pont était silencieux tandis que les officiers examinaient les décombres, la même pensée dans tous les esprits.
Seuls les Borgs pouvaient laisser des décombres comme ceux-là. Les coins tranchants des restes des vaisseaux, les lumières vertes qui clignotaient de temps à autre et surtout la quantité de débris et la taille des pièces elles-mêmes contribuaient à la même conclusion.
Toutefois, personne, ni même Catherine, n'était prêt à exprimer ses pensées jusqu'à ce que les scans préliminaires soient finis, comme si l'exprimer tout haut en ferait une réalité. Si les Borgs avaient été battus par les Sernaix, alors Starfleet tout entier avait une chance encore plus mince qu'ils ne le pensaient jusque là de se défendre dans l'éventualité d'une bataille. Et Catherine n'était pas préparée à admettre cela jusqu'à ce qu'elle le doive vraiment.
Un bip rompit le silence sur le pont.
"Capitaine", dit Harry. "Nous recevons une transmission du commandement de Starfleet."
Catherine pouvait presque entendre la tension s'accroître en intensité sur le pont. Personne n'attendait quoi que ce soit de la direction générale de la Fédération, du moins pour le moment.
"Passez-le moi sur ma station", ordonna-t-elle.
Elle le lut, son visage restant très ferme. Quand elle leva la tête, l'équipage du pont craignait le pire, mais elle donna simplement un ordre.
"Nous sommes en guerre."
 
***
 
Catherine se tenait avec son Premier Officier sur le pont, attendant que les derniers préparatifs de la bataille finale soient achevés avant de couvrir le court trajet qui les reconduirait dans l'espace de la Fédération. Le pont était silencieux, tout le monde occupé, et les seules personnes debout étaient elle et Barton, surveillant la progression.
Elle commençait déjà à perdre patience avec son nouveau Premier Officier. Barton semblait avoir l'intention de remettre en question chaque agissement de Catherine, discutant sans fin jusqu'à ce qu'elle mette le holà et abuse de son rang pour la faire taire. Elle semblait essayer intentionnellement de rendre le travail de Catherine difficile. Que ne donnerait-elle pas pour avoir Chakotay à ses côtés ces temps-ci... Oh, ce qu'il lui manquait terriblement. Elle rêvait de sa force tranquille à ses côtés...
Elle émergea de ses pensées par un tressaillement. Elle pourrait y penser plus tard.
"Monsieur Tuvok", demanda-t-elle, se tournant vers la station de sécurité, heureusement placée au même endroit qu'elle l'était sur le vieux Voyager. "Les préparatifs sont-ils achevés ?"
"Affirmatif, Capitaine", répondit l'officier. "Tous les systèmes sont à leur efficacité maximale."
Catherine hocha la tête. "Pilote, calculez une trajectoire pour le Quadrant alpha et lancez à mon..."
"Annulez cela", l'interrompit Barton.
Catherine lui fit face, incrédule. "Je vous demande pardon ?" demanda-t-elle.
"Il est trop dangereux de retourner maintenant dans le Quadrant Alpha. Les risques sont trop importants."
Catherine n'arrivait pas à croire ce qu'elle entendait. Que cette femme ait effectivement eu l'audace de la contredire sur le pont...
"Nous avons des ordres", indiqua-t-elle fermement, ne voulant pas perdre de temps à discuter alors que leurs amis chez eux pouvaient être en danger. "On a besoin de nous là-bas."
"Si nous retournons là-bas", soutint davantage Barton, "nous avons toute probabilité de ne pas survivre. Les chances sont contre nous. Nous devrions rester ici et attendre."
"Je me fiche des risques !" glapit Catherine de colère, sa patience s'amenuisant très rapidement. "Suis-je le Capitaine ou est-ce vous ?"
"Capitaine, je continue à croire..."
Catherine se demandait vaguement si cette femme se souciait du bien de ses collègues officiers. Parce qu'en ce moment même, la manière dont elle agissait, y compris la manière qu'elle avait de tenter d'éviter à tout prix de rentrer dans l'espace de la Fédération, indiquait le contraire, et Catherine avait du mal à croire que quelqu'un pouvait être si lâche. Non, elle avait maintenant le sentiment qu'il se tramait quelque chose sous la surface, une raison sous-jacente qui expliquait la réticence du Premier Officier à rentrer dans l'espace de la Fédération. Et Catherine allait trouver ce que c'était.
"Je n'ai en aucun cas besoin de me justifier auprès de vous", siffla Catherine, perdant finalement son sang-froid. "Pilote, calculez une trajectoire pour le Quadrant alpha et en avant toute, MAINTENANT !"
Tom savait ce qu'il avait à faire. Silencieusement, il programma une trajectoire et lança la commande sans plus de cérémonie.
Catherine bouillonnait encore lorsque le vaisseau fit sa douce transition en transwarp. Elle ne savait pas quel était le problème que son Premier Officier avait avec elle, mais elle avait bien l'intention de le découvrir. Rapidement.
 
***
 
B'Elanna berçait doucement le bébé endormi dans ses bras, debout près de l'immense baie vitrée. Mais elle ne portait pas attention aux étoiles filant derrière elle, regardant attentivement Miral téter au biberon, plus par habitude que par faim. Elle vida le récipient jusqu'à la dernière goûte, puis bâilla largement lorsque B'Elanna lui retira la tétine de sa petite bouche, repoussant la bouteille et s'en débarrassant là où il y avait de la place. Bougeant Miral dans une position droite pour qu'elle puisse regarder par-dessus son épaule vers l'obscurité étoilée derrière elle, B'Elanna commença à lui tapoter doucement le dos, la massant délicatement pour faire remonter le rot qui aurait pu nuire à l'enfant. Elle était devenue une véritable mère et c'était presque une seconde nature pour elle maintenant.
De sa position sur le sofa, entouré de tablettes de données, Tom les regarda un moment, s'arrêtant pour s'imprégner de la scène. B'Elanna était une personne différente quand elle était en présence de son enfant, une personne que la plupart des membres d'équipage ne voyait que très rarement. Miral avait fait ressortir ses qualités intérieures, ses côtés affectueux, aimants et maternels. L'air content et satisfait qui embellissait le plus souvent ses traits lorsque Miral était présente était normalement remplacé par un allure stricte de commandement lorsqu'elle se trouvait en présence du reste de l'équipage. Cela provenait de son enfance, il le savait. C'était sa façon d'être prudente, de ne pas baisser sa garde pour laisser ses émotions exposées au reste de l'équipage. Mais, d'une certaine façon, le spectacle de B'Elanna et Miral ensemble était encore plus beau. Il était davantage capable d'apprécier à quel point elle se transformait en mère quand elle était en présence de Miral.
Il aimait regarder comment fonctionnait la magie de Miral sur sa mère. Il y avait quelque chose entre une mère et son enfant, un lien presque palpable entre eux. Tom était fasciné par la façon dont B'Elanna pouvait tenir son bébé, exactement dans la position la plus confortable, pensant à l'enfant qui se grandissait pour se loger exactement dans les courbes de son corps et à la manière dont B'Elanna regardait son enfant. Il était instantanément évident aux yeux des spectateurs que Miral était sa fille, même sans l'arête révélatrice.
B'Elanna bougeait doucement d'un côté à l'autre, observant les paupières de sa fille devenir de plus en plus lourdes. Les paupières se fermèrent sur ses yeux noirs expressifs qu'elle avait hérités de sa mère. Se tournant doucement vers le sofa, elle articula silencieusement vers Tom, "je vais juste la poser", puis se dirigea vers la chambre de Miral, juste au bout du salon, marchant pieds nus sur le tapis beige clair.
Un moment plus tard, B'Elanna ressortit de la pièce, Miral toujours dans ses bras, un air inquiet sur son visage. "Tom", appela-t-elle avec précipitation, sur un ton aussi calme que possible, regardant son mari en quête de conseil.
Tom se leva immédiatement, se hâtant pour la rejoindre de l'autre côté de la porte de Miral. "Qu'il y a t-il ?" demanda-t-il doucement, essayant de garder sa voix basse pour ne pas réveiller l'enfant.
"Regarde", murmura B'Elanna, faisant un geste en direction de la chambre de Miral. Tom alla jeter un ¤il au coin de la porte puis s'arrêta de stupéfaction. Un petit ours en peluche voletait dans l'air, tournant doucement, à environ un mètre au-dessus du tapis.
Il se tourna vers B'Elanna, une expression de confusion sur son visage. "Qu'est ce que c'est que ça ?"
"Je n'en sais pas plus que toi", déclama B'Elanna doucement. "Une quelconque idée de ce que cela peut être ?" Elle serra Miral de manière protectrice entre ses bras, répondant naturellement à une menace inconnue.
Tom haussa les épaules. "Une Plaque gravifique défectueuse ?"
"Peut-être devrions-nous appeler quelqu'un", suggéra B'Elanna, regardant l'ours tournoyer en l'air, presque étrangement. "Je ne veux pas que Miral dorme ici, Tom."
"Mets-la dans notre lit pour le moment", indiqua Tom, entrant bravement dans la chambre de Miral. B'Elanna se figea à l'entrée, curieuse de ce qui allait se passer. Toutefois, son besoin de protéger son enfant se dissipa et elle retourna dans le salon, mettant Miral dans sa propre chambre où elle espérait qu'elle serait en sécurité.
Une fois B'Elanna partie, Tom saisit l'ourson en l'air et fut surpris de ne ressentir aucun effet. Il n'était pas vraiment certain de savoir à quoi il aurait dû s'attendre, mais il resta là un moment, attendant une quelconque réaction tardive. Mais rien ne venait et Tom resta debout au milieu de la pièce, agrippant nerveusement un ours en peluche.
Enfin, il se résigna à ce que rien ne se passe et reposa l'ours en peluche sur l'étagère parmi les autres jouets de Miral, avant de retourner dans le salon. B'Elanna était déjà là, se tenant près de la fenêtre, regardant les étoiles. En entendant Tom entrer, elle se tourna vers lui.
"Alors ?" demanda-t-elle ?
Tom haussa les épaules. "Je n'en ai aucune idée. Peut-être devrait-on le faire vérifier."
"Absolument", acquiesça B'Elanna. "Je pensais que cela pourrait être un amortisseur inertiel qui fonctionnerait de nouveau mal. Après tout, Harry a beaucoup de problèmes avec, en ce moment."
"Cela se peut", dit Tom, s'approchant près de la fenêtre et nouant ses bras avec amour autour de sa taille fine. B'Elanna se relaxa dans l'étreinte, se penchant délicatement en arrière contre lui.
"Nous devrions faire venir Harry pour qu'il jette un ¤il quand il aura un moment de libre", décida-t-elle, souriant tandis que Tom lui posait un léger baiser dans le cou.
"Cela me semble une bonne..." Tom interrompit sa phrase par un autre baiser, puis la termina. "idée."
B'Elanna sourit, entourant ses bras derrière elle pour étreindre la base de son cou.
 
***
 
Le cuirassé surgit dans l'espace d'une façon presque féerique, avec ses contours, ses angles saillants et ses bords tranchants. Il lui manquait l'apparence lisse du style des vaisseaux de la Fédération. En comparaison, comme tous les autres vaisseaux Sernaix, il avait l'air d'un insecte, presque biologique. Si sa forme angoissante n'était pas assez intimidante, sa taille colossale s'en chargeait. Les autres vaisseaux étaient rapetissés devant sa présence impressionnante. Même les plus grands vaisseaux de Starfleet faisaient pâle figure en comparaison.
Vaillamment, les vaisseaux de la Fédération approchaient les uns après les autres le plus gros vaisseau à des vitesses variées, chacun tentant une stratégie d'attaque différente, une différente formation, dans l'espoir vain de réussir. Et les uns après les autres, ils étaient touchés très tôt dans leur approche, subissant tous de très lourds dommages. Le cuirassé était un danger avec laquelle il fallait compter.
Après de nombreuses tentatives pour détruire, ou du moins infliger des dégâts à l'un des systèmes vitaux du cuirassé, l'USS Freedom prit un coup de trop. Traversant directement le bouclier, la torpille bleue venant du cuirassé fit exploser le plus petit vaisseau dans une cascade d'étincelles et une avalanche de débris, tandis que le noyau de distorsion se rompait, détruisant le vaisseau et emportant soixante-dix membres d'équipage avec lui.
Cela provoqua une série de destructions et, très vite, les plus gros vaisseaux ne furent plus rien d'autre que des débris et de la poussière dans l'espace. Le nombre de morts croissait dramatiquement de minute en minute. Le cuirassé n'était toujours absolument pas endommagé, ne serait-ce que légèrement pour gêner ses capacités de défense. Son bouclier était d'un genre jamais vu par la Fédération. Il n'y avait pas de fréquence de bouclier à isoler, rien qui ne pouvait passer à travers. Il était apparemment impossible d'y causer de réel dommage.
Des débris flottant dans l'espace, les vestiges d'une bataille, étaient tout ce qu'il restait d'anciens vaisseaux robustes et de leurs équipages courageux. Ils flottaient dans l'obscurité, presque comme un avertissement pour quiconque entrerait dans le secteur. Des parties de cloisons dérivaient parmi les décombres. Des plaques de dédication aux noms visibles flottaient parmi les amas de métaux.
Cela semblait impossible.
 
***
 
Les lumières de ses quartiers clignotaient encore lorsque Chakotay s'assit l'air inquiet, se persuadant que Grant savait ce qu'il faisait. Sauf que c'était exactement ce qui inquiétait Chakotay. Quoi que Grant espérât accomplir ici, Chakotay avait toujours le sentiment tenace qu'il ne voyait pas tout ce qui se passait à bord et que cela n'avait pas seulement un rapport avec une bataille gagnée contre les Sernaix.
Le vaisseau fut à nouveau légèrement ébranlé, comme s'il y avait eu encore un coup tout près. Chakotay savait que ce n'était qu'une question de temps avant que les plus gros vaisseaux de la flotte de la Fédération ne manquent et que les Sernaix décident qu'ils constituent une cible intéressante. Il ne se faisait pas l'illusions, ce n'était que l'habileté de l'équipage, le système de camouflage ou quoi que ce soit d'autre qui gardait l'ennemi démoniaque à distance. Non, ils n'étaient pas assez honorables ni assez glorieux pour eux... pour le moment.
Chakotay se redressa et s'arma de courage pour affronter Grant une fois de plus. Il aurait mieux fait de s'opposer à Catherine pendant l'incident de l'Equinox. Au moins, il la comprenait, avec ses buts, son programme, et finalement, ils étaient du même côté. Il n'aimait pas traiter avec un inconnu et c'est ce qu'était Grant, un inconnu. Il avait l'irréfutable sentiment que ce n'était pas un allié.
Sa décision prise, Chakotay sortit de sa cabine et se dirigea vers la passerelle, prenant seulement assez de temps pour vérifier les dommages. Légers jusqu'ici. Bon Dieu. Dans un sens, il aurait été plus simple de convaincre Grant de battre en retraite si les dommages du Logan avaient été plus importants. Tel quel, Grant était plus enclin à poursuivre la lutte jusqu'au bout. Il entra dans l'ascenseur, son dernier refuge pour se ressaisir et rassembler ses arguments. Son esprit dériva vers toutes les fois où il avait fait ça avant d'aller voir Catherine. "Catherine, si je me sors de cette situation, je promets de ne plus jamais considérer comme difficile le fait de te convaincre. Même si tu l'es." Un léger sourire apparut sur ses lèvres tandis que sa voix résonnait dans le petit ascenseur. Puis son sourire disparut. "Je suis avec toi, que tu me vois ou non."
L'ascenseur s'ouvrit sur la passerelle animée du chaos normal des batailles. Le flash brillant d'un canon Sernaix sur l'écran principal détourna son attention de Grant tandis que l'impulsion énergétique enveloppait un vaisseau de classe galaxie. Quand le flash s'atténua, il ne restait plus que des débris. Un autre tir manqué secoua le vaisseau et Chakotay trébucha dans la zone de commandement. "S'il vous faut autre chose pour vous convaincre qu'il ne sert à rien de rester dans cette bataille." Chakotay fit un geste vers l'écran où les débris du malheureux vaisseau de classe Galaxie se dispersaient dans le champ de bataille. "Si nous battons en retraite maintenant, Starfleet sera peut-être capable de soutirer quelque chose de cette bataille et des données tactiques que nous en avons récoltées."
Grant leva les yeux vers Chakotay dédaigneusement. "Je pense, Monsieur Chakotay, que vous avez été dans le Quadrant Delta trop longtemps. Là-bas, fuir ses ennemis est peut-être une bonne tactique, avec seulement un vaisseau et un équipage limité. Ici dans le Quadrant Alpha, avec une pleine flotte en renfort, la retraite ne signifie qu'une chose..." Grant laissa ses mots en suspens pour que Chakotay les interprète comme il le voulait.
Il fallut à Chakotay toute sa volonté pour se calmer et s'empêcher de revenir aux manières du Maquis pour ne pas destituer de force Grant de son commandement du Logan. Son poing se serra fermement et il pouvait sentir ses ongles se planter dans sa paume, la douleur le calmant suffisamment pour garder son contrôle. "Si vous devez rester sur la passerelle, rendez-vous utile. Sinon..." Encore une conclusion sous-entendue. "Je suggère que vous retourniez à vos quartiers."
Chakotay s'arma de courage et se dirigea vers la console tactique. 'Je retire ce que j'ai dit, Catherine,' pensa Chakotay en visant un éclaireur Sernaix. 'Comparée à Grant, tu es la personne avec laquelle il est le plus facile de s'entendre. Bon Dieu, Q est plus...' Il n'eut pas le temps de finir sa pensée qu'une autre secousse brusque attira son attention sur le renfort de l'intégrité de leur bouclier.
 
***
 
Une faille dans le tissu de l'espace déchira le tableau des tirs croisés et des vaisseaux coincés dans cette bataille mortelle. Doucement, sûrement, une flotte d'énormes vaisseaux aux formes inconnues des humains apparut, avançant avec grâce vers la masse des vaisseaux de la Fédération engagés dans cette bataille sans espoir contre le vaisseau cuirassé Sernaix.
Leur grâce cachait leur caractère mortel et leur puissance. La bataille ne s'était pas déroulé favorablement pour la Fédération. Peu importe la puissance de leurs vaisseaux et la force de leurs martèlements contre le cuirassé, rien ne semblait avoir d'effet sur l'énorme vaisseau. Il continuait inexorablement de les détruire sans pitié, repoussant à chaque nouveau coup un peu plus les vaisseaux de la flotte affaiblie de Starfleet vers la retraite.
Les options se faisaient de plus en plus rares. La retraite devenait de plus en plus probable pour le moment. Toutefois, cela aurait permis aux Sernaix d'avancer sans aucun contrôle encore plus loin à l'intérieur du territoire de la Fédération. D'un autre côté, toutefois, si la Fédération ne se retirait pas, les pertes en vies et en vaisseaux surpasseraient rapidement celles du conflit de Wolf 359 contre les Borgs. Et les Borgs étaient une partie de plaisir, comparée aux Sernaix.
Mais avec l'ajout des nouveaux venus, tout avait changé. C'est pour cela que les Ayreths, comme ils se faisaient appeler, avaient rejoint le combat aux côtés de la Fédération et que le cours de la bataille tournait.
D'un seul coup, les vaisseaux de Starfleet n'étaient plus si infortunés au combat. Combinés avec la force des Ayreths, ils portaient davantage de coups au cuirassé, leur permettant finalement d'infliger suffisamment de dommages au gros vaisseau. Lentement, ils usèrent les défenses du cuirassé grâce, en grande partie, à l'intense puissance de feu que possèdaient les vaisseaux Ayreths.
Les Sernaix semblèrnt au bout d'un certain temps ressentir qu'ils étaient dominés. A la hâte, à contrec¤ur, ils se retirèrent. Ils devraient accomplir leur mission inavouée plus tard.
Starfleet et la Fédération respirèrent enfin tous ensemble avec soulagement quand les vaisseaux Sernaix disparurent au beau milieu de l'espace. Presque immédiatement, la décision fut prise de se retirer de cette zone et, un par un, les vaisseaux restants de la Fédération commencèrent à rentrer, à moitié assommés par la bataille et les pertes inhérentes.
Des pertes qui dépassaient maintenant officiellement celles subies à Wolf 359.
Des pertes suffisantes pour que tout le monde s'assoie et admette enfin la flagrante vérité devant laquelle ils étaient restés aveugles.
Les Sernaix devaient être arrêtés.
 
***
 
Tom sourit lorsque Miral lui enfonça un jouet dans les mains, comme s'il s'agissait d'un cadeau. "Merci, mon c¤ur", dit-il doucement, l'embrassant avec douceur sur le front. Miral eut un petit rire nerveux puis se retourna vers le jouet qui retenait actuellement son attention. Il s'agissait d'une petite réplique d'un vaisseau spatial avec de nombreux effets sonores qui l'amusaient beaucoup.
Tom était à genoux à côté d'elle, sur le sol de sa chambre. La petite pièce, bien qu'à bord d'un vaisseau, avait été faite pour ressembler le plus possible à sa chambre d'enfant sur terre, avec un lit d'enfant incurvé en pin, des jouets partout autour, une descente de lit et divers accessoires pour essayer d'éclairer la pièce initialement d'un gris monotone. Cela fonctionnait dans une certaine mesure. Des tâches de couleur parsemées stratégiquement aidaient beaucoup à la rendre plus joyeuse et plus ressemblante à une chambre d'enfant.
Des jouets étaient alignés sur l'étagère supérieure et de petites illustrations sous cadre étaient accrochées au mur selon une diagonale. Des cadeaux de baptême avaient été placés sur des étagères à hauteur de la taille et de nombreuses cartes, toujours de son premier anniversaire, ornaient les étagères minces les plus élevées.
Dans le coin se trouvait un amas de boites de jouets, chacune avec des clowns et des petits animaux dessinés à l'extérieur. A l'intérieur se trouvaient différents jouets rangés dans des boites aux couleurs vives, au cas où Miral les voudrait. Ayant le privilège d'être le seul enfant à bord, Miral était gâtée, adorée par la grande majorité de l'équipage, et il en résultait qu'elle avait constamment plein de boites de jouets, ainsi qu'un nombre important de pseudo oncles et tantes.
Tom sourit quand Miral porta son attention vers un énorme panda adorable derrière elle. C'était un cadeau, et il faisait partie des jouets favoris de la collection de Miral. Entendant B'Elanna dicter une commande au réplicateur à travers la porte ouverte, Tom regarda Miral et attrapa doucement le panda. Il plaça le jouet en peluche sur l'étagère derrière elle au milieu des nombreux autres jouets. Miral agita ses mains, regardant avec convoitise le panda, la boite sur le sol soudainement oubliée. Tom gloussa.
"Ne sois pas si gourmande, mon ange", lui dit-il affectueusement, lui touchant le bout du nez avec son doigt. "Tu sais, je crois que maman vient juste de nous répliquer le dîner, ce qui signifie..." Il grogna en la soulevant. Elle devenait vraiment de plus en plus lourde. "C'est l'heure de ta sieste."
Soudain, un bruit sourd derrière Tom le fit se retourner brusquement, attirant immédiatement sa fille plus près de lui dans un réflexe protecteur. Avec soulagement, il vit que le panda de Miral était la source du bruit. Il venait de tomber par terre.
Retournant vers le lit d'enfant, Tom lui déposa délicatement un baiser sur le front, passant doucement son doigt sur la crête frontale Klingonne à peine visible qu'il adorait. "Dors bien, mon ange", dit-il, la laissant sur le doux matelas du lit de bébé et la couvrant avec la couverture bleue pâle. Il tendit les mains vers le mobile au dessus du lit et le remonta doucement, regardant en adoration les yeux de Miral attirés par l'Oiseau de Guerre Romulien et le Voyager qui tournaient.
"Tom ?" L'appel de B'Elanna le tira de sa rêverie et il laissa Miral fixer merveilleusement le mobile.
"Oui ?" lui demanda-t-ilen entrant dans la pièce principale de leur logement familial. B'Elanna se tenait près du Réplicateur, attendant son avis. La table était déjà prête pour le dîner, avec une bouteille de vin et deux longs verres à pied. Une petite bougie était au centre de la table, éclairant la pièce d'une lueur vacillante.
Elle se tourna vers lui. "Lasagne ou Risotto ? Je ne peux pas me décider."
"Lasagne", répondit Tom sans hésiter. Il lui sourit. B'Elanna lui retourna son sourire.
"Ais-je seulement besoin de demander ?" se demanda-t-elle sans s'attendre à une réponseen appuyant sur les touches appropriées de la petite console à côté du Réplicateur. "Oh. As-tu mis en route le dispositif de surveillance pour le bébé ?"
"Pas encore", répondit Tom, repartant immédiatement dans la chambre de Miral pour brancher cette petite boîte bien pratique. C'était sans aucun doute une invention moderne, toutefois c'était un article nécessaire, un petit carré qui pouvaitt être placé sur un buffet et s'ouvrir en un communicateur de telle sorte que les activités de bébé puissent être facilement surveillées. Chez B'Elanna et lui, l'appareil était constamment allumé, et ils le laissaient rarement éteint quand ils étaient dans la pièce.
Attrapant le petit cube, il se dirigea vers la sortie puis fit une pause à côté du lit de Miral, reposant ses paumes sur la bordure haute en bois et se penchant pour regarder son bébé déjà plongé dans un sommeil paisible. Son visage était calme et elle tenait fermement le petit panda dans ses bras, le tenant presque d'une manière protectrice. Tom sourit en baissant sa main vers le lit du bébé, se préparant à remettre automatiquement le panda sur l'étagère. Il s'arrêta, décidant que ce n'était pas important.
Il admira sa fille en train de dormir pendant encore un petit moment avant de retourner vers la pièce principale.
 
***
 
"Beau boulot, tout le monde", Chakotay félicita vraiment l'équipage de la passerelle, tapant le pilote dans le dos tout en parlant. Grant avait déjà quitté la passerelle pour se diriger vers l'infirmerie afin de se faire soigner les blessures de l'explosion d'une console, immédiatement après que les Ayreths aient rejoint la bataille, laissant Chakotay aux commandes. Malgré l'amère bataille à laquelle ils venaient de participer, il y avait un sentiment de chaleur qu'il n'y avait pas eu auparavant. Le travail d'équipe les avait rapprochés, les avait unis. Cela leur avait donné un but unique et les avait fait fonctionner comme une vraie unité, une nécessité pour survivre.
Le vaisseau n'avait pas échappé à la nature atroce de la bataille, loin de là. Il était en mauvais état et il y avait eu des pertes. La passerelle elle-même avait été sévèrement touchée. Ils avaient visé le centre de commande du vaisseau. En conséquence, des cloisons étaient tombées, des bouts de métal tordus et de la poussière recouvraient la moquette jusque là impeccable et de la fumée s'élevait en tourbillons des plafonds, en plus d'autres pièces de métal tordu pendantes. Déjà, l'équipage travaillait ensemble pour nettoyer la passerelle, repoussant les débris qui bloquaient les stations vitales et les trappes d'accès qui devaient être libérées.
Il sourit pour lui-même, décidant que c'était les éléments d'un bon équipage et d'une bonne structure de commande, après tout. "Très bien", dit-il, prenant le commandement. "Débutez les réparations. Estimez combien de temps cela prendra globalement et faites-moi un rapport. Mettez la priorité sur le réacteur de distorsion et sur l'armement ainsi que sur les boucliers. Pour le moment, ce sont eux qui comptent."
Tandis que l'équipage commençait à s'affairer pour commencer le travail, Chakotay laissa la place au Chef de la sécurité. "Le pont est à vous." Puis il quitta la passerelle par l'ascenseur. "Pont deux", ordonna-t-il, ressentant une légère secousse à l'estomac lorsque l'ascenseur descendit d'un niveau puis s'ouvrit sur un couloir.
Chakotay sourit à l'enseigne qu'il croisa puis retourna ses pensées vers la bataille précédente. Cela avait été dangereux. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas participé à une bataille de cette ampleur. C'était toujours déroutant, quelle qu'en soit la cause. Même au temps du Maquis, il méprisait les batailles, se cramponnant à la conviction qu'il y avait toujours des moyens de résoudre un conflit sans violence. Mais il était conscient qu'étant donné la mentalité des Cardassians qui leur faisaient face, la violence était le seul moyen de résoudre le problème. Cela ne l'empêchait pas d'exécrer toute effusion de sang complètement inutile.
Soudain, il ressentit un coup sévère derrière la tête et tomba sur le sol dur, le goût acidulé du sang dans la bouche. Se sentant pris de vertige, il se sentit comme tiré par les pieds contre sa volonté. Il tenta de parler, mais se rendit compte qu'il en était incapable. Les vertiges et le sentiment de nausée au creux de son ventre rendaient cela presque impossible. La douleur derrière sa tête allait en s'accroissant, lancinante comme des coups de couteau, ne s'estompant pas comme une douleur sourde. Chakotay était presque certain qu'il allait s'évanouir. Le monde tournait de manière incontrôlable devant ses yeux. Tout tournait autour de lui, se brouillait et devenait flou.
Enfin, tout devint noir et Chakotay se sentit jeté sur quelque chose qui faisait office de fauteuil. Par le vrombissement distant d'un champ de force, Chakotay réalisa qu'il avait été attaché fermement sans possibilité de s'échapper. Il tenta d'ouvrir les yeux mais fut incapable de voir quoi que ce soit. La pièce était toute noire, sans aucune source de lumière. Enfin apparemment, car il n'était pas complètement certain d'avoir recouvré sa vue.
Progressivement, il reprit conscient et fut capable de penser malgré la peine et l'étourdissement. C'était plus facile maintenant qu'il était assis. Il n'y avait pas de lumière. Il devait être dans l'une des rares pièces du pont deux, car il n'avait pas de souvenir d'un ascenseur. Mais qui l'avait capturé ?
La réponse vint par l'intermédiaire d'une voix d'un timbre doucereux. "Commandeur Chakotay."
Chakotay parla d'une voix rauque, essayant de ne pas laisser l'immense peine qu'il ressentait trahir sa voix et se répercuter sur sa voix. "Capitaine Grant."
Un faible gloussement fut sa réponse. "Très bien, Chakotay, je suis impressionné."
Chakotay fit une pause pendant un moment. "Que voulez vous ?" demanda-t-il.
Il y eut une autre brève pause. "Des informations", annonça la lente et habituelle voix traînante.
"A quel propos ?" Chakotay s'étouffa, toussant légèrement. Le léger goût acidulé du sang dans sa bouche se ressentait de plus en plus, entraînant de légers raclements.
"Les Sernaix", Commença Grant calmement. "Dites-moi tout ce que vous savez à leur propos."
Chakotay resta silencieux pendant un moment, peu sûr des informations à donner en particulier et de ce qu'il ne devait pas divulguer.
"Répondez-moi !" hurla Grant, son ton exigeant faisant écho dans toute la pièce.
"Nous les avons rencontrés l'an dernier, à la date stellaire..."
"Non !" l'interrompit Grant bruyamment. "Donnez-moi des informations utiles, ayant de la valeur."
"Je ne sais pas ce que vous voulez", lui dit Chakotay.
"Bien", dit Grant, retrouvant soudainement son sang-froid. "Parlons de quelque chose que vous connaissez, alors. Catherine Janeway."
Chakotay fut instantanément sur ses gardes. "Qu... Quoi ?" La douleur avait soudainement disparu tandis qu'il s'inquiétait pour Catherine.
"Comment est elle en tant qu'adversaire ?" Demanda Grant d'un ton décontracté.
"Redoutable", dit Chakotay, laissant une petite pointe de fierté paraître dans la voix. "Pleine de ressources."
Grant encaissa, avant de lancer sa question suivante. "Quelles sont ses faiblesses ?"
"Elle n'en a aucune", mentit Chakotay.
Grant s'approcha de Chakotay, qui entendit les pas s'approcher de lui. 'Une pièce avec un sol dur', pensa-t-il pour lui-même, stockant cela mentalement, l'ajoutant à la liste de ce qu'il devait savoir de la pièce. Lorsque Grant parla à nouveau, Chakotay pouvait sentir légèrement son souffle chaud sur son visage. "Vous mentez", dit-il d'un ton calme et exaspérant. "Partagez ces informations. Quelle est la faiblesse de Catherine Janeway ?"
"Je ne sais pas", répondit Chakotay, paraissant aussi sincère qu'il le pouvait.
Grant soupira. "Je savais que ce serait difficile, Chakotay. Il y a quelque chose en vous, quelque chose d'exaspérant... Vous ne vous en rendez pas compte."
"Pas compte de quoi ?"
"Il y a des forces en présence ici, Chakotay", l'informa Grant, bien documenté. "Des forces puissantes. Vous devriez être du côté des vainqueurs."
"Pour autant que je sache, je le suis", l'informa Chakotay solennellement.
Grant haussa les épaules dans la pénombre. "Bon, je vous aurais donné le choix, d'une certaine façon. Vous êtes vraiment doué dans cet exercice, n'est-ce pas ? Détourner mon attention. Catherine Janeway, je crois que c'était d'elle dont nous discutions. Bon, Quel est son style pendant les batailles ?"
"Qu'est-ce que vous voulez dire ?" demanda Chakotay, tentant de faire traîner la conversation le plus longtemps possible. Il avait déjà interrogé quelques personnes en son temps et il avait une idée assez juste de la manière dont finirait son interrogatoire. Plus longtemps ils parleraient, plus longtemps il leur faudrait pour les retrouver.
"Quelle est la première chose qu'elle fait lorsqu'elle est approchée par un vaisseau menaçant plein d'aliens hostiles ?" s'enquérit Grant.
"Elle lève les boucliers", dit Chakotay avec évidence, ne voulant pas donner trop de détails sur les tactiques de Catherine.
Grant rit. "Vous êtes protecteur envers elle, trop protecteur. Vous ne me direz rien sur elle. Mais peut-être... Peut-être me parlerez-vous de Monsieur Kim ?"
"Harry ?" La surprise de Chakotay se remarqua dans sa voix. "Il est l'officier des opérations à bord de Voyager. Il joue de la clari..."
"Si je voulais son fichier personnel, je le lirai", dit hargneusement Grant.
Chakotay se hasarda soudain à une question. "Alors pourquoi êtes-vous du côté de ces vainqueurs-là ?" demanda-t-il calmement. "N'est-ce pas un peu lâche ?" Il attendit une réponse dans le noir, se réjouissant d'avoir pu lui retourner la réflexion qu'il avait prise en plein visage sur le pont. Puis, soudainement, il hurla fort quand un poing entra en contact avec son visage, sans prévenir.
Il y eut bien plus que le goût acidulé du sang cette fois, et il se retrouva en train d'en cracher. Le côté gauche de son visage lui faisant terriblement mal et son nez était très probablement cassé. Il pouvait même ressentir de la bile remonter de son estomac, le goût du sang le rendant physiquement malade.
"Ne me traitez jamais de lâche", dit Grant doucement, avec un détachement glacial. Enfin, il soupira. "Je constate que vous avez été d'un grand secours comme d'habitude." Faisant une pause, il secoua la tête. "Quel dommage", murmura t-il, enlevant le champs de force et assenant à Chakotay un autre coup qui l'envoya très rapidement dans l'inconscience. "Vous auriez pu nous être très utile."
Allumant les lumières en éclairage maximum, Grant commença à ranger ses quartiers, épongeant le sang sur le sol et retirant le store de sa fenêtre. Enfin, il regarda vers le corps inanimé de Chakotay, étendu sur le sol, et secoua la tête. Il devait s'en débarrasser, rapidement, mais cela devait être fait proprement. Si l'équipage l'apprenait et le rendait responsable...
Grant se déplaça vers le meuble à côté de son lit et enleva entièrement le tiroir, le déversant sur le lit. Il mit sa main dans l'espace laissé libre par le tiroir et tapota l'intérieur du meuble jusqu'à ce qu'il trouve la seringue hypodermique. Elle se déconnecta avec un clic, puis Grant revint vers la forme flasque de Chakotay et la pressa contre son cou avec un sifflement. Ne perdant pas de temps, il tapa sur son communicateur, réalisant qu'avec tous les travaux de réparation en cours, il n'y aurait pas de scan de détection interne." Grant à nacelle de secours numéro un. Téléportez le Commandeur Chakotay directement et décollez."
Chakotay se dématérialisa devant lui, disparaissant dans un scintillement de lumière bleue étincelante. Grant secoua la tête pour lui-même en repensant à tout cela, puis se mit à ranger la chaise.
 
***
 
Tom Paris se demandait souvent quelle force il devait remercier pour avoir fait de lui l'homme le plus heureux de l'univers.
A ce moment précis, il regardait sa fille, Miral Paris, jouer sur le tapis de jeux coloré en patchwork avec un des nombreux jouets éducatifs qu'on lui avait offert pour son anniversaire. De temps en temps, elle riait nerveusement, s'amusant vraiment avec son jeu.
Il sourit quand elle donna un franc coup avec son poing serré sur le gros bouton et rit avec allégresse quand la girafe holographique miniature apparut, planant au-dessus de la boîte blanche. Miral tendit une main pour caresser l'animal, lui faisant un sourire rayonnant et roucoulant en bougeant sa tête pour en frotter le museau contre son poing.
Sur le canapé, B'Elanna bougea légèrement. Tom lança un coup d'oeil, inquiet. Depuis qu'ils étaient repartis dans l'espace, elle avait du mal à dormir la nuit. Après son service, elle était retournée dans ses quartiers et s'était immédiatement couchée sur le canapé, même s'il était peu confortable, un bras pendant sur le côté et l'autre par dessus l'accoudoir.
Alors qu'elle bougeait et se replaçait, les yeux de Tom retournèrent vers son bébé qui caressait curieusement une miniature, un lapin blanc holographique qui voletait juste devant elle. Il rit quand elle caressa sa fourrure dans le mauvais sens par manque de connaissance. Etre un lapin holographique, cela se limitait à remuer le museau aux contacts.
Il était heureux que quelqu'un ait eu la bonne idée d'offrir ce cadeau à Miral. Le nom de la personne le lui ayant offert lui échappait, mais B'Elanna et lui étaient d'accord sur le fait que c'était un cadeau génial. Tout laissait à penser que Miral serait élevée dans l'espace, avec très peu de chances d'apprécier de véritables créatures.
Se levant de son fauteuil, Tom marcha jusqu'au réplicateur. Extrêmement conscient que B'Elanna dormait, il commanda à voix basse, "Jus d'orange, mélange 28." Il prit la boisson quand elle se matérialisa sur le plateau gris métallisé, puis retourna s'asseoir près de la table à café dans le salon de leurs quartiers.
Miral était lasse de ce jeu et le caneton fut laissé flottant dans les airs au-dessus du jouet abandonné alors qu'elle prenait un jouet derrière elle. Tom reconnut instantanément la balle musicale Bétazoïde. Elle détectait l'humeur de l'enfant quand il la touchait pour transformer l'impulsion en sons. Mais quand la musique commença à rompre le silence ambiant, Tom se leva rapidement et alla prendre le jouet des mains de Miral, jetant un coup d'oeil anxieux au-dessus de son épaule vers l'endroit où dormait B'Elanna.
"Désolé, trésor", s'excusa t-il à Miral en éloignant le jouet de quelques mètres. Il était conscient qu'elle pouvait l'attraper de nouveau, toutefois Tom espérait que son attention serait attirée par un autre jouet pour qu'il n'ait pas besoin de lui retirer complètement.
Miral protesta bruyamment, ses grands yeux se remplissant rapidement de larmes. Tom sentit le remord l'envahir, mais il savait qu'il devait rester ferme. Il attrapa un jouet de la boîte derrière elle et le plaça devant elle, le faisant fonctionner lui-même dans un vain espoir d'attiser sa curiosité.
Ce fut un échec. Miral commença à se frotter le visage. Tom connaissait suffisamment sa fille pour savoir qu'elle allait commencer à pleurer bruyamment et sut qu'elle allait par la même occasion réveiller B'Elanna. B'Elanna était une mère née et, malgré sa fatigue, il savait d'expérience qu'elle allait se réveiller au premier sanglot de Miral.
"Chut, chut", dit-il doucement pour tenter de calmer sa fille. "Allez, Miral, tu ne veux pas réveiller maman, chérie... Chut, allez."
Miral devint soudainement calme, un air de concentration intense sur son visage alors que ses yeux plein de larmes regardaient Tom. Puis, soudain...
"Aille", fit Tom avec surprise quand quelque chose le toucha au pied. Se retournant, il vit que le responsable était la balle. Elle continuait d'avancer vers Miral, coulissant sur le sol et vers ses mains. Immédiatement, la douce musique basse remplit la pièce.
Trop surpris pour retirer le jouet de Miral et oubliant B'Elanna, Tom la regarda sourire avec allégresse, bougeant ses mains sur la balle. Les couleurs tourbillonnaient sous sa surface transparente et la musique continuait à jouer, douce et calme.
"Salut." Tom se retourna vers le bruit derrière lui, toujours muet. B'Elanna s'était réveillée et se redressait maintenant sur le sofa, se frottant les yeux. Elle se passa les doigts dans les cheveux avant de se lever.
"Combien de temps ais-je dormi ?" demanda-t-elle, s'approchant de lui doucement en tentant de se concentrer pour réveiller ses yeux endormis.
"Miral..." Tom se tut, toujours sous le choc... Il se tourna pour regarder sa fille sur le tapis de jeux avec une crainte mêlée d'admiration. "Miral vient juste de..."
"Miral a fait quoi ?" B'Elanna se fit du souci immédiatement.
"Elle..." Tom se tut de nouveau. "Non", dit-il, secouant la tête. "Non, elle n'a pas pu."
"De quoi parles-tu ?" demanda B'Elanna avec impatience.
"Elle... a fait venir un jouet à elle."
Le silence qui constituait la réponse de B'Elanna était seulement brisé par le bruit du jouet de Miral.
"Pardon ?" Demanda B'Elanna, regardant Tom avec incrédulité. "Elle a fait venir un jouet à elle ? Tom, je crois que celui qui ne dort pas assez ici, c'est toi."
"B'Elanna, tu dois me croire", insista Tom. "Miral a fait venir un jouet à elle. Il a tout simplement glissé sur le sol... et m'a percuté le pied."
"C'est une balle, Tom, ça roule", fit remarquer B'Elanna, tâchant de cacher son amusement de la situation.
"B'Elanna, ça... " Tom se tut à nouveau, incapable de trouver de quoi contredire son point de vue sur la situation. "Je sais ce que j'ai vu", dit-il obstinément.
"Tom, c'est un bébé", essaya de le raisonner B'Elanna, tentant désespérément de ne pas éclater de rire. "Elle ne peut pas faire venir un jouet à elle... C'est ridicule !"
"Elle l'a fait venir à elle", dit Tom d'un ton un petit peu plus élevé. "B'Elanna, je ne suis pas fou, je sais ce que j'ai vu."
B'Elanna plaça sa main sur son épaule, dans un geste que Tom interpréta comme condescendant. "Tom, je ne dis pas que tu es fou. C'est parce que c'est la première fois que tu es père... Tous les pères aiment à penser que leurs enfants sont meilleurs et plus doués que les autres..."
"B'Elanna..."
"Et même si c'est mignon", l'interrompit-elle, déterminée à finir son discours. "Tom, penses-y pendant un instant. C'est ridicule. Qu'aurais-tu dit si Sam Wildman était venue te voir durant notre troisième année dans le Quadrant Delta pour te dire que Naomi pouvait commander à un jouet de venir à elle sans la moindre aide ? L'aurais-tu crue ?"
"Je l'aurais au moins prise au sérieux", dit Tom, toujours vexé.
"Je te prends au sérieux, Tom", dit B'Elanna, d'un ton las. "Mais penses à ça. Miral est une enfant. Comment pourrait-elle faire pour qu'un jouet vienne à elle ? Et dans ce cas, comment des adultes pourraient-ils accomplir cela sans technologie ? Sans être la descendance d'une race avec des pouvoirs mentaux avancés ? Miral n'est rien de cela, c'est juste une enfant normale. Et autant je suis certaine que tu crois ce que tu dis avoir vu, autant je refuse de croire une seconde que Miral ait réussi à faire cela."
Tom soupira." Je sais ce que j'ai vu, B'Elanna. Et ce que tu dis est des plus logiques... Et dans la même situation avec les rôles renversés, je n'aurais probablement pas été capable de te croire. Mais je sais ce que j'ai vu, je sais ce qu'a fait notre fille. Il va falloir qu'on accepte nos désaccords. Parce que je n'accepterai pas que cela ne ce soit pas produit."
B'Elanna cacha un sourire à ce refus évident qu'il puisse avoir tort. "D'accord pour moi", lui dit-elle avec douceur. "Dans tous les cas, c'est l'heure de la douche, je crois. Je reprends mon service dans..." Elle regarda de l'autre côté de la pièce, plissant les yeux pour lire l'heure sur le chronomètre. "Deux heures", grogna-t-elle, secouant la tête.
Tom attendit qu'elle quitte la pièce puis s'agenouilla près de sa fille, maintenant joyeusement en train de jouer avec la balle musicale. Il prit la balle de ses mains, ignorant le remord lorsque l'air d'allégresse disparut de son visage, et la plaça à une certaine distance d'elle une fois de plus. "Désolé, mon coeur", lui dit-il doucement. "Maintenant vas-y... Vas-y..."
Il fixa Miral, l'incitant à faire venir le jouet vers elle. Miral le fixa en retour, ses grands yeux bleus suppliants.
"Allez, Miral", dit-il avec plus de vigueur. "Vas-y, mon coeur... Fais juste venir le jouet à toi..."
Miral semblait peu enthousiaste. Elle continua à regarder Tom, ses yeux se remplissant de larmes.
"D'accord..." Tom se retourna rapidement vers son coffre à jouets et en sortit un nouveau jouet, cette fois un ours en peluche. Il le plaça à une courte distance entre elle et la balle, toutefois hors de sa portée. "Allez, mon coeur. Attrape l'ours..."
Miral regarda l'ours en peluche un moment, puis son regard se tourna à nouveau sur Tom. Elle semblait peu impressionnée par ses actions bizarres.
"Hum..." Tom tourna la tête et commença à fouiller dans le coffre à jouets une fois de plus pour y trouver l'inspiration. Finalement, il en ressortit un petit jouet du 20ème siècle, un train électrique qu'Harry lui avait offert. "Voilà..." Il le plaça sur le sol. "Allez mon ange, tu adores ton train..." Il tendit sa main et le poussa doucement sur le tapis pour lui montrer comment faire, le regardant bouger.
Miral regardait, ravie par les lumières du train. Lorsque Tom s'arrêta de le faire bouger d'avant en arrière, les lumière s'arrêtèrent et Miral le regarda. "Vas-y", dit-il d'un air encourageant. "Attrape le train. Tu peux le faire... vas-y..."
Tom se retourna brusquement lorsqu'il entendit le son familier de la porte qui s'ouvrait. B'Elanna revenait dans la pièce principale en peignoir de bain. "J'ai oublié une serviette", expliqua-t-elle. Puis elle s'arrêta quand elle saisit la scène. "Tom, qu'est-ce que tu fais ?"
"Je la teste", expliqua-t-il d'un air gêné.
"Tu penses toujours qu'elle... ?" B'Elanna semblait amusée, secouant sa tête doucement d'incrédulité, puis continua de traverser nu-pieds la pièce. "Et ?"
"Et nous y travaillons", dit Tom, sur la défensive, ne voulant pas avouer son manque de succès à sa femme.
"Très bien", B'Elanna ne semblait pas convaincue. Elle réapparut de leur chambre à coucher, portant une serviette lilas, et revint à grands pas. "Bien ... Amuses-toi bien à la tester", dit-elle pour le taquiner. "Qu'essayes-tu de tester, de toute façon ?"
Tom regarda derrière lui vers sa fille. "Si Miral peut apporter un jouet à..." il s'interrompit en la voyant pousser le train d'avant en arrière, faisant rayonner de tous feux les couleurs sur le jouet. "Elle l'a fait", s'exclama-t-il.
"Mais oui, Tom." B'Elanna roula des yeux à son mari et repartit dans la salle de bains.
Tom regarda fixement son enfant, frustré. "Il fallait que tu le fasses quand je ne regardais pas", lui dit-il, d'un ton légèrement irrité. Elle le regarda fixement des yeux, affichant un large sourire. "Allez..." Il fit glisser le train loin d'elle, puis tourna la tête vers Miral qui le regardait, apparemment embarrassée par ses actions.
"Allons", dit-il pour l'encourager, faisant des gestes vers le train. "Tu peux le faire, mon coeur... Allez !"
Miral cligna des yeux. Il soupira à cette absence de réponse. "Allons, Miral", l'encouragea Tom, se couchant sur le ventre et déplaçant le train de nouveau, observant comme les feux colorés tournaient rapidement. Il sourit en la voyant se concentrer attentivement sur le train. Il était sûr qu'elle allait le faire venir. Lentement, Tom cessa de déplacer le train, le faisant s'arrêter à quelques pieds seulement de Miral.
Elle leva la tête vers lui, gargouillant d'une façon incohérente en faisant avancer le jouet. "Continue", dit Tom en guise d'encouragement. "Allez..."
Il fit une pause un instant, soudainement certain qu'elle ne tirerait mentalement le train vers elle que si elle le regardait. Puis, comme rien n'arrivait, Tom soupira et se rassit correctement, la regardant. Tu es une petite rusée", déclara-t-il à sa fille, lui chatouillant doucement le nez avec son index tout en parlant. "Mais nous allons bien trouver autre chose... Laisse-moi voir..." Il revint au coffre à jouets, commençant à fouiller, puis se retourna comme quelque chose avait frappé son oeil.
Le train glissait sans à-coup sur le tapis en direction des bras ouverts de Miral.
Tom sentit sa mâchoire se baisser quand sa fille prit le train, roucoulant heureusement en le saisissant. "B'Elanna", appela-t-il d'une voix rauque, observant dans l'étonnement total, tandis que Miral poussait le jouet dans les deux sens sur le tapis.
Un grognement ennuyé vint de la salle de bains et B'Elanna colla sa tête dans le chambranle, les cheveux humides et ébouriffés. "Quoi ?" demanda-t-elle rapidement, visiblenment irritée.
"Elle l'a fait", dit Tom, détournant ses yeux de Miral pendant un instant et se tournant à B'Elanna, penchée sur le chambranle et vêtue de son peignoir de bain. "Je l'ai vue. Je l'ai vue le faire!"
B'Elanna gémit. "Tom, elle ne peut pas avoir fait... Appelles le Docteur pour qu'il vérifie ta vue. Tu a forcément des visions."
"B'Elanna, je ne plaisante pas", dit Tom avec insistance, ses yeux bleus sérieux la priant de le croire. "Elle a fait venir le train jusqu'à elle. Elle l'a vraiment fait."
"Elle ne peut pas avoir fait ça, Tom, ce n'est pas possible", dit B'Elanna, roulant des yeux tout en se lançant dans un autre discours. "C'est une enfant, il n'y a aucune possibilité qu'elle puisse faire venir à elle des objets ! Ce n'est simplement pas..." Elle se tut, levant un sourcil en fixant soudainement sa fille. "...possible," chuchota-t-elle, finissant sa phrase sur un ton de crainte et d'incrédulité, en se rapprochant d'un pas de sa fille et de son mari.
Tom se retourna pour voir ce que B'Elanna regardait avec autant de stupéfaction. A sa surprise, l'ours en peluche de couleur caramel se déplaçait tout seul vers Miral, flottant au-dessus du plancher. "Je te l'avais dit!" s'exclama Tom, regardant B'Elanna.
Elle regardait fixement sa fille dans l'incrédulité la plus complète, la bouche ouverte en l'observant, presque hypnotisée tandis que l'ours en peluche se rapprochait de sa fille pour finalement tomber dans ses bras. Elle regarda, muette, vers Tom, sa bouche s'ouvrant et se fermant lentement, comme un poisson.
"Je sais", dit Tom, souriant, avec le ton ennuyeux d'un habitué à l'événement. "Tu aurais dû me croire."
B'Elanna, cependant, ne tenait pas compte des mots de son mari. Elle continuait de regarder fixement, les yeux grands ouverts, son enfant, assise sur le tapis de jeux et étreignant l'ours en peluche. Finalement, elle tourna la tête vers Tom, toujours abasourdie. "Tu as vu... ce qu'a fait... Miral. L'ours... ?" fut tout ce qu'elle réussit à dire.
Tom hocha la tête. "Oui, j'ai vu." Il regarda de nouveau Miral, toujours légèrement choqué, mais moins perplexe.
B'Elanna s'agenouilla au bord du tapis de jeux à côté de Tom. "Qu'est-ce qui se passe ?" chuchota-t-elle, regardant Tom. "Qu'est-ce qui ne va pas chez Miral ?"
"Je ne pense pas que quelque chose aille mal", dit doucement Tom pour rassurer sa femme, notant le ton légèrement inquiet que sa voix avait pris. "Miral va parfaitement bien. Mais je pense que nous devrions la montrer au Docteur... à tout hasard."
B'Elanna hocha la tête en accord, fixant des yeux sa fille avec inquiétude, l'expression sérieuse demeurant même quand Miral détourna son attention de l'ours pour faire un sourire à ses parents, gargouillant tout heureuse de ce qu'elle avait réussi à faire.
 
***
 
Le tunnel vert de transdistorsion se tordait et tournoyait au dehors par la baie d'observation tandis que le Voyager-A fonçait vers la bataille. L'atmosphère était tendue. Un sentiment d'attente gênée était présent sur tout et chacun tandis qu'ils se rapprochaient des coordonnées décidées, sachant que la scène ne serait très probablement pas jolie du tout.
Catherine était assise silencieusement, jouant inconfortablement avec ses mains. Elle savait que la bataille serait de dimensions épiques si elle impliquait un vaisseau nodal Sernaix, et tandis qu'une partie de son esprit lui criait de se détendre, l'autre partie se sentait dévastée à la possibilité que Chakotay puisse être parmis les nombreuses pertes dans la bataille.
C'était une possibilité à laquelle elle ne pouvait pas faire face, encore qu'elle fut incapable de la repousser de son esprit. Et elle savait qu'elle ne serait pas soulagée avant plusieurs heures, probablement des jours. Elle devait juste vivre avec cela et prier, oui, prier, qu'il aille bien.
A sa gauche, le Commandeur Barton s'assit, étrangement calme. En fait, la passerelle toute entière était calme. Le seul son était celui des respirations assourdies et le bourdonnement bas des moteurs de distorsion qui propulsaient le navire.
Enfin une console émit des signaux sonores, les alertant de leur arrivée imminente aux coordonnées du champ de bataille. Tuvok prit la parole.
"Capitaine, je ne détecte pas de navires Sernaix dans la région, ni de signes d'une bataille en cours. Je crois que nous sommes arrivés trop tard, ou bien que les Sernaix ont battu en retraite."
Et bien, au moins ils n'allaient pas avoir à se battre, ce qui était une bonne chose. Mais dans le cas de la première possibilité et non l'autre, s'ils étaient vraiment arrivés trop tard...
Catherine se leva, ignorant ces pensées. "Arrêt complet. Pilote, sortez-nous de transdistorsion et voyons ce à quoi nous avons affaire ici." Elle repoussa le flottement momentané de nervosité qui l'envahissait et se concentra sur l'image.
Sa prémonition était juste. Ce n'était pas beau à voir.
"Mon Dieu", souffla Catherine, avançant lentement, incapable de croire ce qu'elle voyait.
Cela ressemblait plutôt à la conséquence d'une tornade qu'à une bataille. Les débris étaient éparpillés dans l'espace autour d'eux. Tous types d'épaves flottantes, des pièces de navires, des nacelles de distorsion, flottant lentement par l'espace, se tordant et tournoyant sans ordre apparent ou raison. Et la plupart était reconnaissable comme étant des parties des navires de Starfleet.
Le carnage était horrible, hallucinant et un frisson involontaire traversa ceux qui observaient la scène depuis la sécurité relative de la passerelle du Voyager. Le secteur était complètement mort, avec seulement quelques navires de la Fédération restants disparaissant en distorsion un à un, laissant le Voyager seul pour regarder la scène.
"Balayage pour recherche de signes de vie, Tuvok," ordonna Catherine, ses yeux ne quittant pas l'écran principal. "Survivants, nacelles de secours, quoi que ce soit..."
Elle n'entendit pas sa réponse, regardant fixement l'écran, son esprit dans le trouble. Ils étaient arrivés trop tard après tout... Bien merci, cependant, les Sernaix semblaient avoir battu en retraite pour une raison inconnue, ou alors le peu de navires qui avaient survécus n'existeraient même plus.
Mais ce n'était quand-même qu'un petit réconfort face aux pertes accablantes. a la quantité de débris et de navires brisés sur l'écran, Catherine savait que des milliers de vies avaient dû être perdues, tout cela à cause d'un seul navire.
Des milliers de vies.
Comment se remettraient-ils jamais de cela ? Oui, les hommes perdus et des femmes avaient su que c'était un risque auquel ils feraient face en servant dans Starfleet comme officiers, et pourtant il était toujours horrible de penser que la mort de chacun pourrait passer inaperçue face à une telle dimension. Une telle perte de vies.
Catherine soupira. Elle devait découvrir pourquoi la bataille s'était brusquement terminée. Et il y avait seulement une façon de le faire.
"Je serai dans mon bureau", lança-t-elle en direction de Barton. "Vous avez la passerelle." Elle se leva et partit de côté, retenant son souffle face au 'Oui monsieur! ' qu'elle savait qu'elle entendrait.
"Oui monsieur!" vint effectivement de Barton alors que Catherine disparaissait, et malgré sa préparation mentale, elle ressentit l'éclair d'irritation au défi de l'autre femme.
Mais ce n'était pas le moment de s'en inquiéter.
"Ordinateur, ouvre un canal sûr avec le Quartier Général de Starfleet et mets moi en relation avec l'Amiral Paris. Priorité un."
"Canal ouvert", fit la voix de l'ordinateur. "Initialisation du message."
Catherine s'affaissa dans son fauteuil de bureau confortable et regarda le logo de la Fédération, attendant que l'ordinateur la connecte au bureau de l'Amiral Paris, essayant de ne pas s'arrêter sur l'horreur de la scène toujours visible par la baie d'observation. Brusquement, la possibilité de la mort de Chakotay était devenue dix fois plus forte et elle ne pouvait pas se permettre de laisser son esprit errer dans cette direction.
Elle fut sauvée par l'apparition du visage de l'amiral sur son écran d'ordinateur.
"Amiral"
"Capitaine." Son visage semblait tiré, inquiet. Catherine savait que ce serait une conversation formelle.
"Qu'est-ce qui est arrivé ?" demanda-t-elle simplement.
"Nous nous sommes battus contre un nouveau type de navire", dit-il laconiquement pour toute réponse. "Nous étions horriblement dépassés... Je suis sûr que vous pouvez voir les résultats."
Catherine respira à fond. "Mais les Sernaix auraient pu détruire la flotte entière s'ils l'avaient souhaité. Rien n'aurait pû les empêcher de le faire. Pourtant, quelque chose les a stoppés. Qu'est-ce que c'était ?"
Paris marque une pause un instant, comme s'il délibérait de ce qu'il allait lui dire.
"Les Ayreths."
Catherine sentit un frisson lui passer rapidement à travers le corps. La dernière fois qu'ils avaient vu les Ayreths, c'était il y avait presque un an, dans la bulle qu'ils n'étaient censés ne jamais quitter. Si les Ayreths étaient ici maintenant, et donc qu'ils avait quitté la bulle, alors la situation devait être beaucoup plus grave qu'ils n'avaient pensé. Encore que si les Ayreths avaient quitté la bulle, il devenait possible que Starfleet puisse former une alliance avec eux, puisque les deux groupes avaient un ennemi commun.
D'un seul coup, elle réalisa que l'Amiral Paris parlait de nouveau.
"Capitaine, vous avez sans doute le navire le plus avancé technologiquement de la Flotte et en tant que tel, vous avez les meilleures chances de défaire les Sernaix dans le cas où vous seriez forcés de vous battre contre eux. Cependant, je veux que vous gardiez un oeil prudent sur le secteur. Nous ne savons pas où les Sernaix sont allés, ni quand ils reviendront, mais nous savons qu'ils reviendront. Jusque-là, nous devons nous tenir sur nos gardes à tout moment et partout. Nous ne pouvons pas risquer une attaque surprise."
Catherine hocha la tête. "Je garderai cela à l'esprit."
L'amiral Paris inclina la tête et l'écran s'étint, laissant Catherine regarder fixement le logo de la Fédération bleu et blanc. Ce n'était pas la première fois qu'elle se demandait si elle avait fait le bon choix en utilisant une force si destructive pour libérer le Voyager de la 'bulle', encore qu'elle savait que si elle ne l'avait pas fait, l'équipage tout entier n'aurait très probablement pas survécu. Pourtant, les répercussions de cet unique acte étaient terrifiants...
Cela signifiait-il que d'une certaine manière, elle était responsable de ce carnage à l'extérieur ?
Elle ne pouvait pas débattre de cela maintenant. En cet instant, sa place était sur la passerelle, et non pas cloîtrée ici avec son Premier Officier aux commandes.
Son Premier Officier.
Elle avait une motivation pour retourner sur la passerelle. Elle ne voulait pas que son précieux navire soient dans les mains de cette femme plus longtemps que nécessaire, pas après tout ce que Barton avait fait contre elle et pour saper sa confiance.
Se levant rapidement, Catherine fit le tour de son bureau et se sortit dans la passerelle.
"Commandeur", adressa-t-elle à Barton, pensant aux ordres de l'Amiral Paris. "Continuez le balayage continu du secteur et..."
Elle fut coupée par la voix grave de Tuvok, annonçant qu'il avait trouvé un survivant. Sa tête se tourna immédiatement vers lui.
"Où ?" demanda-t-elle instamment, sentant un sursaut d'excitation dans le creux de son estomac. Finalement, quelqu'un qui avait effectivement vécu la bataille pourrait leur livrer un rapport direct des événements.
"Dans une nacelle de sauvetage, à environ trente degrés de notre avant tribord. Cependant, les signes de vie sont extrêmement faibles. Le téléporter immédiatement à l'infirmerie serait recommandé dans ce cas."
"Faites-le," ordonna Catherine. "Et Monsieur Kim, téléportez la nacelle en baie de chargement deux." Elle attendit, les bras croisés, tandis que la nacelle et le survivant étaient téléportés à bord, puis se retourna vers la station des opérations.
"Lieutenant, je veux que vous rassembliez une équipe et analysiez..."
Pour la deuxième fois en deux minutes, elle fut coupée par le bip de de communicateur.
"Docteur à Janeway."
"Ici Janeway. Quel est le statut de notre patient, Docteur ?"
Il y eut un léger silence tandis que le Docteur réfléchissait à sa réponse. Catherine sentit un malaise passer en elle. Quel pouvait bien être le problème avec ce survivant ?
"Capitaine, je recommande fortement que vous veniez à l'infirmerie immédiatement. Nous pourrons discuter le statut du patient à ce moment-là." L'urgence de sa voix contredisait la façon avec laquelle il avait parlé et Catherine savait que cela devait être important, quoi que ce soit.
Elle ferait mieux d'aller là-bas rapidement.
"J'arrive", dit-elle au Docteur, montant rapidement les marches de la plate-forme de commandement jusqu'à l'ascenseur. "Commandeur, vous avez la passerelle", finit-elle par dire au moment où les portes se refermaient derrière elle.
Qu'était-il vraiment arrivé ? Le Docteur ne l'appellerait pas à l'infirmerie immédiatement en cas de réception d'un patient. Cela devait être vraiment sérieux. Et si les Sernaix étaient impliqués...
 
***
 
Les portes de l'infirmerie s'ouvrirent pour laisser passer Catherine, pressée.
"Docteur", dit-elle immédiatement, avançant à la hâte et cherchant autour d'elle après lui, "qu'est-ce que..."
Elle s'arrêta net.
Là, sur le lit médical, se trouvait Chakotay, immobile comme un mort.
Non.. fut la seule pensée qui lui traversa l'esprit tandis qu'elle se précipitait à ses côtés. Elle toucha son visage, stupéfaite, et se rendit compte qu'il était dans un état encore pire que ce qu'elle avait pensé. Sa peau était livide, presque verte et sa respiration était lente et peu profonde. Il semblait sur le point de mourrir. Elle sentit sa gorge se nouver. Elle ne pouvait pas le perdre maintenant, pas après tout ce qui était arrivé. Starfleet l'avait d'abord emmené loin d'elle. Elle n'allait pas le regagner maintenant seulement pour le perdre aussitôt.
"Docteur ?" Gémit-elle. "Pourquoi... Qu'est-ce qui est arrivé... ?" Elle avait l'impression que le monde tournoyait autour d'elle, ne laissant qu'elle, Chakotay et le lit médical immobiles dans son champ de vision. En réalité, elle ne pouvait toujours pas croire qu'il était couché là, si immobile.
Le docteur la regarda avec bienveillance. "Il a été empoisonné."
"Empoisonné ?! Par qui ?"
Le docteur soupira tristement. "Nous ne pouvons que faire des suppositions." Il administra le contenu d'une seringue hypodermique dans le cou de Chakotay et recula. "Capitaine, je suis... désolé. Le poison semble s'être répandu rapidement. Je ne suis même pas certain à cent pour cent de pouvoir encore le sauver ." Il observa avec compassion les yeux de Catherine s'élargir sous le choc et sa main lentement couvrir sa bouche. Elle était abasourdie.
"Je me suis attaché à arrêter la diffusion du poison et je lui ai injecté des antitoxines générales pendant que j'essayais de déterminer la nature du poison pour synthétiser un antidote. Ce qui reste à voir, c'est si je peux y arriver avant que les antitoxines générales perdent leur efficacité. La seule chose que je peux vous assurer à ce point", continua-t-il, essayant de la réconforter quelque peu. "C'est que sans l'intervention du Voyager, même s'il ne s'était écoulé qu'une seule heure de plus avant que nous ne l'ayons trouvé, il aurait certainement été mort." Ce n'était qu'un faible réconfort pour Catherine qui demeurait debout, dévastée, le regard toujours fixé sur la forme de Chakotay. Elle se força à mettre de côté la douleur et le mal qu'elle ressentait à intérieur d'elle-même, et se retourna vers le Docteur, le masque du capitaine fermement remis en place, essayant toujours de surpasser le choc de ce qu'était arrivé à Chakotay.
"Merci," dit-elle doucement. "Je... Je vais rester un peu avec lui, si vous n'y voyez pas d'objection." Elle se déplaça jusqu'à la chaise près du lit tandis que le Docteur les laissait seul par respect.
Ce n'est qu'à ce moment qu'elle laissa tomber le masque. Elle sentait son coeur se serrer péniblement en l'observant, souhaitant il fasse un mouvement, gémisse, fasse quelque chose qui indiquerait qu'il n'était pas complètement parti.
Mais il ne fit rien de tout cela.
Le docteur s'activait derrière elle, préparant l'équipement et les traitements nécessaires. Catherine s'enfonça dans la chaise et déglutit avec difficulté. C'était Chakotay, l'homme qu'elle aimait de tout son coeur, et il était couché là, probablement en train de mourrir. Que pouvait-elle faire ? Rien.
Catherine se pencha au-dessus du lit et toucha doucement son visage, puis saisit sa main et l'apporta à ses lèvres.
"Je t'aime, Chakotay", chuchota-t-elle tandis que quelques larmes solitaires coulaient sur leurs mains étreintes. "Reviens-moi, s'il te plaît..."
 
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Ecrit par: Naaz & Bec
version française: Christophe, Marie-Laure et Laurent
Producteurs: SaRa, MaquisKat et Coral
Remerciements aux différents correcteurs: Judy, Reptile (version originale), Laurent (version française).

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